L’heure de rendre des comptes a-t-elle sonné pour Facebook?

Le p.-d.g. de Facebook, Mark Zuckerberg, doit endosser personnellement mardi la responsabilité des «erreurs» commises par le réseau social, qui n’a pas su anticiper les mauvais usages de la plateforme.
Photo: Jim Watson Agence France-Presse Le p.-d.g. de Facebook, Mark Zuckerberg, doit endosser personnellement mardi la responsabilité des «erreurs» commises par le réseau social, qui n’a pas su anticiper les mauvais usages de la plateforme.

Washington — Le p.-d.g. de Facebook Mark Zuckerberg a présenté mardi ses excuses personnelles et officielles devant le Sénat américain pour les erreurs commises sur la protection des données et la manipulation politique.
 

« Il est évident aujourd’hui que nous n’avons pas fait assez pour empêcher ces outils d’être utilisés de façon malintentionnée […]. Nous n’avons pas pris une mesure assez large de nos responsabilités et c’était une grosse erreur. C’était mon erreur et je suis désolé », a-t-il dit, en pleine tourmente sur le scandale de fuite de données vers Cambridge Analytica.
 

« Cela prendra du temps pour mener à bien tous les changements nécessaires » pour limiter ces mauvais usages, a-t-il ajouté.
 

Le jeune milliardaire est entendu par les parlementaires américains au cours d’auditions qui ont commencé mardi et se poursuivront mercredi. Elles visent à établir comment les données de dizaines de millions d’usagers de Facebook ont pu se retrouver entre les mains de CA.
 

Le groupe et son patron sont violemment critiqués pour avoir été laxistes dans la protection des données.
 

Il doit s’expliquer aussi sur sa façon de lutter contre la manipulation politique sur le réseau.


C’est la première fois que le multimilliardaire passe sur le grill des élus américains, très remontés contre Facebook, empêtré dans des polémiques à répétition qui ont pris une tournure retentissante mi-mars avec l’éclatement du scandale Cambridge Analytica.

Suivez en direct la première audition de Mark Zuckerberg devant le Congrès américain

 

 

Tournant dans l’histoire du groupe selon les uns, simple exercice de relations publiques pour les autres, ce témoignage sera en tout cas un test pour le dirigeant, qui peine à se défaire d’une image de « geek » arrogant et peu à l’aise en public.

Comme depuis des semaines, il fera amende honorable, répétera avoir péché par « idéalisme » et « optimisme » et détaillera les mesures passées ou à venir pour rectifier les errements d’autrefois.

Vous avez été affecté par la fuite de données de l'affaire Cambridge Analytica? Vous pouvez contacter nos journalistes à redaction@ledevoir.com.

Avant le début de sa première audition, prévue peu après 14 h 45, Facebook a annoncé qu’il allait rétribuer les personnes qui signalent une mauvaise utilisation de données personnelles par des applications tierces, comme la firme britannique.

Il sera aussi entendu mercredi à la Chambre des représentants.

« Il est évident aujourd’hui que nous n’avons pas fait assez pour empêcher [Facebook] d’être utilisé de façon mal intentionnée. [...] Nous n’avons pas pris une mesure assez large de nos responsabilités et c’était une grosse erreur. C’était mon erreur et je suis désolé », a-t-il prévu de dire.

Un mea culpa sera-t-il suffisant ?

Il aura fort à faire pour attendrir les parlementaires, qui sont nombreux à se dire décidés à légiférer pour mieux encadrer Facebook et les groupes internet en général. Pour beaucoup, l’heure de rendre des comptes a sonné.

« Si [Facebook] peut in fine miner nos institutions démocratiques, il va falloir que nous fassions quelque chose pour nous protéger », a déclaré lundi le sénateur démocrate Bill Nelson après avoir rencontré le dirigeant de 33 ans, qui avait troqué son traditionnel t-shirt pour un costume-cravate sombre.

Le républicain John Kennedy ne se dit pas forcément en faveur d’une régulation. Mais « ma principale inquiétude, c’est que Facebook ne sache pas » remédier de lui-même aux problèmes, a-t-il dit.

M. Zuckerberg tentera d’expliquer comment les données de quelque 87 millions d’utilisateurs se sont retrouvées entre les mains de la firme d’analyse de données Cambridge Analytica (CA). Cette dernière a ensuite travaillé pour la campagne du candidat républicain à la présidentielle américaine de 2016, Donald Trump.

Il devra aussi expliquer pourquoi il a attendu 2014 pour décider de limiter l’accès aux données personnelles par les applications tierces, comme celle par laquelle ont transité les informations récupérées par CA.

Le groupe aux plus de deux milliards d’utilisateurs est aussi vilipendé depuis des mois pour avoir servi — comme Google ou Twitter — d’outil de désinformation et de manipulation politique, orchestrée selon la justice américaine par le Kremlin dans le but de favoriser l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche. Moscou a toujours nié.

Regagner la confiance de ses utilisateurs est crucial pour le groupe, car son modèle économique est fondé sur l’exploitation des données personnelles, qui permettent aux annonceurs de cibler finement leurs messages publicitaires.

Facebook, qui fait l’objet d’enquêtes et de plaintes tous azimuts des deux côtés de l’Atlantique, a commencé lundi à informer ses utilisateurs dont les données ont pu arriver chez CA.

Parmi les autres annonces récentes : vérifier l’identité des personnes ou organisations diffusant des messages électoraux ou politiques, clarifier les paramètres de confidentialité ou encore collaborer avec des chercheurs indépendants sur son influence dans les élections et la démocratie.

Jusqu’ici, Facebook assure ne pas observer d’impact financier malgré un mouvement appelant les utilisateurs à quitter le réseau social et les inquiétudes d’annonceurs publicitaires. Son action a toutefois chuté de près de 15 % à Wall Street depuis la révélation de l’affaire.

Facebook accusé de censure pro-régime au Vietnam

Un groupe de 50 opposants, blogueurs et défenseurs des droits de l’homme au Vietnam ont écrit une lettre ouverte à Mark Zuckerberg accusant Facebook de collusion avec le régime autoritaire vietnamien dans sa chasse aux voix discordantes.

La lettre, envoyée lundi soir, déplore une hausse des « suspensions de comptes et de suppressions de contenus » depuis 2017.

Facebook, contacté par l’AFP, n’était pas joignable dans un premier temps pour répondre à ces accusations.

En avril 2017, le régime communiste vietnamien avait annoncé que Facebook avait accepté de retirer des contenus violant la législation locale, dont des fausses informations et des comptes sous de faux noms, mais sans mention explicite de contenus anti-régime.

« Il semble qu’après cet accord de coordination avec un gouvernement connu pour empêcher l’expression en ligne et pour jeter en prison les militants, la suspension de comptes n’a fait qu’augmenter », poursuivent les 50 signataires.

Plusieurs comptes Facebook ont notamment été fermés lors d’un important procès de dissidents à Hanoï la semaine dernière, accusent les militants.

Le dissident Le Van Son, signataire de la lettre, a expliqué mardi à l’AFP que sa page Facebook était fréquemment censurée et qu’elle avait été temporairement fermée la semaine dernière après qu’il a exprimé son soutien envers les six dissidents jugés.

« Mon compte Facebook reflète mes opinions et me permet de parler de la démocratie, de la liberté de la presse et d’expression au Vietnam », explique Le Van Son.

« Je n’ai jamais violé les règles en postant des photos indélicates, des fausses informations ou en écrivant des grossièretés humiliantes », insiste-t-il.

Le Vietnam s’est doté l’an dernier d’un département fort de 10 000 employés, sous l’égide de l’armée, destiné à traquer les « vues fausses » sur les réseaux sociaux.