L’église de Saint-Eustache risque-t-elle de fermer?

Les troupes anglaises ont attaqué les patriotes à Saint-Eustache, le 14 décembre 1837, tout près de l’église, dessinée à l’arrière-plan, dans laquelle les insurgés se sont retranchés.
Photo: Wikimedia, domaine public Les troupes anglaises ont attaqué les patriotes à Saint-Eustache, le 14 décembre 1837, tout près de l’église, dessinée à l’arrière-plan, dans laquelle les insurgés se sont retranchés.

Une pétition circule pour que l’église historique de Saint-Eustache ne soit pas victime d’une profonde réorganisation du diocèse dont elle dépend. Le diocèse de Saint-Jérôme doit en effet annoncer le 15 juin prochain combien de ses 58 églises devront fermer leurs portes avant d’être vendues ou démolies. Plusieurs craignent que le bâtiment religieux de Saint-Eustache ne fasse partie du nombre.

Construite en 1783, cette église de pierres fut considérablement modifiée en 1850. Elle avait été lourdement endommagée par un incendie provoqué par les troupes britanniques durant les soulèvements révolutionnaires de 1837.

L’armée britannique avait assiégé alors l’église où s’étaient retranchés les hommes du Dr Chénier. Plusieurs dizaines de personnes y seront tuées, parmi lesquelles Chénier lui-même dont les restes seront emportés par l’armée et connaîtront une suite d’infortunes posthumes. Les murs de l’église de Saint-Eustache révèlent encore les traces du combat.

C’est un texte du périodique régional Mon Journal qui a d’abord suscité un fort vent d’inquiétudes au sujet de l’avenir de cette église, montrant du doigt le fait que l’archevêché ne considère pas qu’elle jouit d’une plus grande valeur qu’une autre.

À bout de souffle

Le vicaire général du diocèse de Saint-Jérôme, Mgr Martin Tremblay, a expliqué au Devoir que l’objectif premier du diocèse n’est pas la préservation du patrimoine. « Notre mission n’est pas d’entretenir des bâtiments patrimoniaux. Ce n’est pas notre charte. Notre mission est d’annoncer la parole de Jésus-Christ. »

Si l’Église catholique a accumulé des trésors patrimoniaux au fil du temps, cela ne doit pas la détourner de ses objectifs premiers, explique le vicaire général.

« Quand on voit le budget de toutes les paroisses du diocèse, on en arrive à voir que plusieurs ne sont plus capables », a-t-il expliqué au Devoir. « Soit on les laisse aller et mourir de leur belle mort, soit on repense tout ça. »

Toutes les églises sont donc analysées, explique le vicaire, en vertu de leur rentabilité et de leur capacité à porter un message religieux. « Il est certain que des bâtiments nous nuisent. »

Comité de sauvegarde

À Saint-Eustache, la secrétaire de la paroisse, Mme Francine Lacroix, confirme que le sort de l’église ne sera pas connu avant la fin du printemps. « L’évêque, Mgr Morissette, doit donner une réponse le 15 juin. »

Mme Lacroix rappelle que l’église de Saint-Eustache est classée et qu’un comité se voue à sa sauvegarde. « Il y a toutes sortes de rumeurs. L’imaginaire est parfois plus grand que la réalité. » Mais pour elle, « il n’y a pas lieu de penser que l’église ne sera plus en fonction ».

Mme Nycole Pepper, coordonnatrice de la paroisse, affirme pour sa part que les finances sont précaires, mais que le côté historique et patrimonial de l’église de Saint-Eustache la rend plus susceptible d’être conservée que d’autres. C’est ce qu’a aussi confirmé au Devoir, sous le couvert de l’anonymat, une source bien placée dans la hiérarchie ecclésiastique.

Démolitions

Mais qu’arrivera-t-il justement des autres églises ? Mgr Tremblay explique qu’une personne sera engagée pour en disposer. « L’église de Saint-Hermas va se vendre moins facilement qu’une église en plein coeur de Saint-Jérôme. […] C’est certain qu’il y aura aussi des églises qui vont être démolies. »

À l’assemblée des évêques, le secrétariat dirigé par Mme Francine Lacroix n’était pas en mesure de confirmer pour le moment si des mesures semblables de réduction du nombre d’églises sont en cours dans d’autres diocèses.