Le patron de Facebook présentera ses excuses

Mark Zuckerberg témoigne mardi devant le Comité de l’énergie et du commerce de la Chambre des représentants.
Photo: Win McNamee / Getty Images / Agence France-Presse Mark Zuckerberg témoigne mardi devant le Comité de l’énergie et du commerce de la Chambre des représentants.

Le patron fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, se présente mardi et mercredi devant des élus fédéraux des États-Unis pour s’excuser publiquement de la nonchalance de sa compagnie dans le cadre du scandale Cambridge Analytica.

Il s’agit de sa première intervention du genre depuis le début de la crise des données politico-numériques. M. Zuckerberg a par contre refusé de témoigner devant le Parlement européen.

Le plus grand réseau social numérique du monde a mis longtemps avant d’avouer ses responsabilités dans ce dossier brûlant lié au profilage des citoyens, un des nerfs des cyberguerres politiques contemporaines. La compagnie a commencé lundi à avertir ses usagers qui ont fait l’objet d’un détournement de données au cours des dernières années.

Environ 87 millions de personnes ont reçu des alertes sur leurs comptes. La grande majorité (environ 7 personnes sur 9) se trouvent aux États-Unis. Le reste est concentré au Royaume-Uni, en Indonésie et aux Philippines. Environ 622 000 Canadiens pourraient avoir été touchés par la fuite. Le nombre de ces usagers résidant au Québec n’a pas été dévoilé.

« Nous n’avons pas fait assez pour empêcher ces outils d’être utilisés de façon malintentionnée », dit le texte de l’intervention que fera publiquement mercredi Mark Zuckerberg devant le Congrès.

Le patron de Facebook témoigne mardi devant le Comité de l’énergie et du commerce de la chambre des représentants. La déclaration a été transmise publiquement lundi. « Nous n’avons pas pris une mesure assez large de nos responsabilités et c’était une grosse erreur. C’était mon erreur et je suis désolé. »

Le document du p.-d.g. liste les efforts de sa compagnie pour limiter les tentatives de manipulations des informations sur ses plateformes. Facebook a par exemple retiré 30 000 comptes diffusant de fausses informations pendant les dernières élections en France. Le géant dit employer 15 000 personnes pour assurer la sécurité de ses comptes et filtrer leurs contenus. Elles seront 5000 de plus d’ici la fin de l’année.

Arrogance

Le jeune milliardaire, réputé pour son arrogance, a passé les derniers jours à préparer sa sortie publique avec des experts juridiques et des spécialistes de la communication. M. Zuckerberg a en plus été reçu en audiences à huis clos lundi par un groupe restreint d’élus américains.

La gestion de cette crise a influé sur la réputation et la valeur boursière de l’entreprise. La compagnie est clouée au pilori pour la divulgation de données. La saignée spéculative a coûté des dizaines de milliards à l’entreprise.

La firme britannique de communication stratégique et politique Cambridge Analytica a pu utiliser des masses de données personnelles en provenance des comptes des usagers du mégaréseau social. Le candidat républicain à la présidentielle américaine, Donald Trump, figurait parmi ses clients. Facebook est aussi critiqué parce que la plateforme a servi de relais à une campagne de déstabilisation de cette élection présidentielle, une désinformation attribuée à des trolls russes.

Le p.-d.g. a reconnu partiellement ses responsabilités dans un message publié le mois dernier. Il a appuyé encore plus sur cette faute la semaine dernière en conférence de presse. L’annonce lundi de la création d’un groupe-conseil indépendant formé d’universitaires va dans ce sens (voir encadré).

Facebook appuie depuis vendredi une proposition législative pour forcer la divulgation de l’identité des commanditaires de publicités politiques en ligne. Le projet veut par la même occasion forcer la vérification des sources de publicités dites sensibles.

Le sceau des savants

À quelque chose malheur est bon. Ébranlé par le scandale du détournement des données de ses utilisateurs par la firme Cambridge Analytica, le géant Facebook annonce qu’il va mettre en place une commission d’experts universitaires pour l’aider à rendre plus neutre et objectif l’accès à ses données pour la recherche savante. Le groupe-conseil va aussi définir un programme de recherche sur l’impact des réseaux sociaux sur la société « en commençant par les élections ». Les scrutins à venir au Brésil, en Inde, au Mexique et de mi-mandat aux États-Unis seront particulièrement visés par l’examen universitaire. Le comité va gérer une mécanique d’évaluation par les pairs des projets qui auront accès aux données et qui recevront des fonds pour les étudier. Cette création annoncée lundi est présentée comme un « nouveau modèle de partenariat entre l’industrie et la recherche universitaire ». Le communiqué précise que Facebook n’aura pas le droit d’examiner ou d’approuver les résultats d’enquête avant leur publication. Ce nouveau modèle a été proposé par des professeurs de droit des universités Harvard et Stanford.