«C’était mon erreur et je suis désolé», dira Zuckerberg au Congrès américain

Mark Zuckerberg
Photo: Alex Wong / Getty Images North America / Agence France-Presse Mark Zuckerberg

Le p.-d.g. de Facebook, Mark Zuckerberg, a prévu d’endosser la responsabilité personnelle des « erreurs » commises par le réseau social, qui n’a pas su anticiper les mauvais usages de ses ressources, lors de ses auditions très attendues au Congrès cette semaine.

« Nous n’avons pas fait assez pour empêcher ces outils d’être utilisés de façon malintentionnée. [...] Nous n’avons pas pris une mesure assez large de nos responsabilités et c’était une grosse erreur. C’était mon erreur et je suis désolé », a-t-il prévu de dire, selon le texte de son intervention transmis lundi par la commission du Commerce de la Chambre des représentants qui doit l’entendre mercredi.

Mark Zuckerberg, qui est arrivé lundi à Washington vêtu d’un costume-cravate — une tenue contrastant avec son style d’ordinaire décontracté — doit aussi être entendu mardi au Sénat.

Dans ce texte, il énumère une nouvelle fois les mesures déjà prises et les mesures promises pour rectifier le tir, énième tentative pour limiter les dégâts d’un scandale qui coûte cher à Facebook en terme d’image, et a fait chuter sa valeur en Bourse.

Les auditions devant les parlementaires américains mardi et mercredi feront figure de test pour le jeune dirigeant de 33 ans et le réseau social qu’il a créé, qui revendique aujourd’hui plus de deux milliards de membres.

Il se retrouve cloué au pilori pour avoir laissé fuiter les données personnelles de plusieurs dizaines de millions d’utilisateurs — jusqu’à 87 millions, selon Facebook — qui sont arrivées entre les mains de l’entreprise d’analyse de données Cambridge Analytica (CA), qui travailla ensuite pour la campagne du candidat républicain Donald Trump à la présidentielle américaine de 2016.

Soucieux de préparer le terrain pour ces auditions devant plusieurs commissions parlementaires à Washington, M. Zuckerberg a multiplié annonces et entrevues ces dernières semaines, promettant de faire mieux avec une série de mesures, dont certaines entrent en vigueur lundi, pour mieux protéger les données des usagers et mieux lutter contre la manipulation politique via le réseau.

Mark Zuckerberg, qui peine à se défaire de l’image de jeune homme arrogant et peu communicatif qui lui colle à la peau, devra à la fois convaincre les parlementaires, très remontés contre Facebook et nombreux à vouloir davantage encadrer légalement le réseau social, mais aussi ses utilisateurs, dont la confiance est largement ébranlée par les scandales.

Des avertissements sur les fils d’actualités

C’est aussi lundi que Facebook a promis de commencer à informer — via une alerte sur leur fil d’actualités — ses utilisateurs dont les données ont pu tomber sans qu’ils le sachent entre les mains de CA via une application de tests psychologiques, téléchargées sur Facebook par environ 300 000 personnes.

À l’époque, en 2013, le système permettait à ce type d’applications extérieures d’accéder au profil de ceux qui l’avaient téléchargée, mais aussi à ceux de leurs amis, une possibilité supprimée depuis qui explique le nombre très important de membres potentiellement concernés.

Les paramètres de confidentialité — jugés par beaucoup incompréhensibles, voire trompeurs — devraient aussi commencer lundi à être plus lisibles et plus facilement accessibles aux usagers.

« Vous savez on ne peut pas juste donner aux gens un moyen de s’exprimer. Il faut aussi s’assurer que ce moyen n’est pas utilisé pour orchestrer depuis l’étranger des ingérences étrangères dans les élections ou diffuser des fausses informations », a affirmé Mark Zuckerberg, dans une entrevue au magazine The Atlantic.

Plaintes et enquêtes

Le réseau fait l’objet d’enquêtes et de plaintes tous azimuts des deux côtés de l’Atlantique depuis l’éclatement mi-mars du scandale CA. Facebook, comme Google ou Twitter, ont aussi servi malgré eux de tremplin à une vaste opération de déstabilisation des élections américaines en 2016, attribuée par la justice américaine à la Russie dans le but d’aider Donald Trump à se faire élire.

Facebook a annoncé dimanche avoir suspendu une autre firme d’analyse de données, Cubeyou, après que la chaîne CNBC eut affirmé qu’elle avait collecté des données personnelles d’utilisateurs à leur insu à des fins commerciales, via des tests psychologiques présentés comme à visée purement scientifique.

Et vendredi, le réseau social avait promis de vérifier l’identité des personnes ou organisations passant des annonces publicitaires électorales ou abordant des sujets de société polémiques.

Nouveau signe de bonne volonté, Facebook a aussi accepté lundi de collaborer avec des chercheurs indépendants sur une étude destinée à évaluer son influence dans les élections et la démocratie.

Jusqu’ici, Facebook affirme n’avoir vu qu’un impact financier infime du scandale CA, malgré un mouvement appelant les utilisateurs à quitter le réseau social et les inquiétudes d’annonceurs publicitaires.

Facebook tire la quasi-totalité de ses revenus de la publicité, ciblée finement grâce aux données personnelles que les usagers mettent sur le réseau social.

Symbole toutefois de la désaffection pour le réseau, le cofondateur d’Apple, Steve Wozniak, a annoncé son départ de Facebook.

« Les gens donnent tous les détails de leur vie à Facebook », a-t-il dit au quotidien USA Today. « Facebook fait beaucoup d’argent avec les recettes publicitaires là-dessus. Ces profits sont tous basés sur les informations des usagers, mais les usagers ne reçoivent aucun profit en retour », a-t-il dit.

Mark Zuckerberg sommé de s’expliquer devant le Parlement européen

 Le p.-d.g. de Facebook, Mark Zuckerberg, doit impérativement venir s’expliquer devant le Parlement européen sur le scandale provoqué par l’utilisation illégale de données personnelles de millions d’utilisateurs, a averti lundi le président de son principal groupe, le Parti Populaire européen (PPE).

« Le refus de M. Zuckerberg de se présenter devant le Parlement européen est un manque de respect inacceptable », a dit Manfred Weber, dans un entretien à l’AFP.

Mark Zuckerberg a été invité par le président Parlement européen, Antonio Tajani, à venir expliquer devant les représentants des 500 millions de ressortissants de l’UE comment leurs données personnelles ont pu être recueillies et exploitées en violation des droits à la confidentialité.

Les autorités chargées de la protection des données dans l’Union européenne se sont saisies de l’affaire Cambridge Analytica, entreprise liée à la campagne présidentielle de Donald Trump en 2016, accusée d’avoir recueilli sans leur consentement les informations personnelles de millions d’usagers de Facebook.

« M. Zuckerberg ne doit pas sous-estimer la capacité du Parlement européen de décider des actions contre Facebook et contre lui en tant que patron de Facebook », a averti M. Weber.

« Nous avons en Europe une protection de données personnelles, et la possibilité de créer de gros problèmes à Facebook », a-t-il ajouté.

« Il nous doit le respect. Il doit venir s’expliquer devant le Parlement européen comme il va le faire devant le Congrès des États-Unis », a insisté M. Weber.