Portrait des conversions au Québec

Il n’existe aucune statistique permettant de chiffrer les conversions religieuses dans le recensement canadien. Mais en croisant des données sur les origines, par exemple « canadienne-française », la langue et la religion déclarée (sans qu’elle soit nécessairement pratiquée), le chercheur et enseignant au Département des sciences des religions de l’UQAM, Frédéric Castel, a tenté de dessiner à gros traits le portrait type du converti et d’expliquer l’ampleur — somme toute marginale — du phénomène.

Quelle ampleur le phénomène des conversions a-t-il ?

On n’est plus dans des mouvements de conversions de masse comme ceux vécus dans les années 1970-1980 au Québec. Il y avait alors des dizaines de milliers de conversions de Canadiens français aux Églises évangéliques. Aujourd’hui, le nombre de convertis, notamment à l’islam, augmente, mais les convertis à cette religion ne représentent qu’environ 2 % de tous les musulmans (245 000), une proportion stable qui suit la démographie mais qui n’a rien de spectaculaire.

Au Canada, il y aurait (recensement 2011) : 4000 convertis au bouddhisme ; 6500 convertis à l’islam ; plus de 80 000 convertis aux traditions protestantes, surtout évangéliques.

Y a-t-il un profil type du converti ?

Je vous dirais qu’il y a des profils de processus. Les gens qui se convertissent au bouddhisme vont passer par une quête personnelle, lire des livres et aller vers la pratique de la méditation. J’appellerais ça le processus spirituel. L’autre est motivé par la recherche d’une communauté, comme c’est le cas pour l’islam. Je l’appellerais le processus social, car il ne vient pas d’une quête qui nous propulse, mais se fait au hasard des rencontres avec un collègue, un voisin, un ami qui pratique une religion. […] En ce qui concerne le judaïsme, certains vont y adhérer selon la logique de la quête spirituelle, comme c’est le cas dans le mouvement kabbaliste auquel appartient Madonna, mais en majorité, les gens qui vont vers le judaïsme répondent plutôt au mode social.

À quel âge les gens se convertissent-ils ?

Bouddhisme : entre 40 et 50 ans. Parce que l’adoption de cette religion se fait davantage au terme d’une quête personnelle. Il y a aussi un phénomène de génération. Le bouddhisme est présent en Occident depuis plus longtemps, soit les années 1970, avec la méditation, le yoga, le dalaï-lama. C’est le mouvement hippie.

Islam : entre 20 et 30 ans. Ici, il y a deux critères. C’est davantage le modèle de la rencontre qui entraîne la conversion. Plus on est jeune, plus on est curieux et ouvert d’esprit. L’islam est arrivé beaucoup plus tard que le bouddhisme au Québec, soit dans les années 1990-2000.