L’industrie d’observation des baleines critiquée par le BST

Bien que les bateaux puissent naviguer à 25 nœuds dans le parc marin, les opérateurs devraient réduire leur vitesse à 10 nœuds dans les eaux où se trouvent des baleines, fait valoir le BST.
Photo: Martine Doucet Getty Images Bien que les bateaux puissent naviguer à 25 nœuds dans le parc marin, les opérateurs devraient réduire leur vitesse à 10 nœuds dans les eaux où se trouvent des baleines, fait valoir le BST.

Des accidents cachés, une sécurité déficiente, des sorties en mer effectuées par mauvais temps : le BST tire la sonnette d’alarme quant aux dangers qui règnent sur les canots pneumatiques effectuant des croisières d’observation des baleines dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent.

François Dumont, enquêteur principal régional pour le Bureau de la sécurité des transports (BST), est implacable : il s’agit d’une industrie qui évolue en vase clos, qui manque de transparence et qui n’est pas surveillée adéquatement.

Le BST a déposé cette semaine un rapport d’enquête troublant sur un incident survenu au large des Bergeronnes, sur la Côte-Nord.

Le rapport du BST dresse un constat sombre de la sécurité qui régnait à bord de l’embarcation. Aucun système de récupération d’homme à la mer ne se trouvait dans l’embarcation. Les bouées de sauvetage n’avaient pas pu être déployées puisque l’utilisation d’un couteau était nécessaire pour défaire les sangles. Les passagers n’avaient pas été informés quant à la manière d’utiliser l’équipement de secours. Et aucune évaluation des risques n’avait été effectuée par l’opérateur.

Or, selon M. Dumont, il ne s’agit pas d’une situation isolée, mais plutôt d’un exemple des manquements à la sécurité qui existent dans cette industrie.

Pas d’évaluation des risques

Lorsque des embarcations quittent le quai pour observer les baleines, les entreprises ne font qu’observer « aveuglément » la réglementation en vigueur dans le parc marin, « sans évaluer les risques inhérents à leurs activités », déplore M. Dumont.

Celui-ci cite notamment l’exemple de la vitesse. Bien que les bateaux puissent naviguer à 25 noeuds dans le parc marin, les opérateurs devraient réduire leur vitesse à 10 noeuds dans les eaux où se trouvent des baleines, fait-il valoir.

Pour corriger la situation, le BST interpelle directement Transports Canada. L’organisme demande au ministère d’exiger que les exploitants de navires effectuent une évaluation de risques formelle de leurs activités et que des mesures soient prises pour réduire ces dangers.

Le BST déplore également un manque de transparence criant dans l’industrie des croisières d’observation des baleines. « Cette industrie, de manière générale, ne rapporte pas ses accidents », laisse tomber François Dumont.

De 2006 à 2016, huit « événements maritimes » survenus au cours d’excursions d’observation de mammifères marins dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent ont été rapportés au BST.

Il est toutefois clair aux yeux de François Dumont qu’il ne s’agit que d’une portion des accidents qui se sont réellement déroulés.

Un constat alarmant

Selon François Dumont, le constat est alarmant. « Tout est bien décrit dans le rapport, insiste-t-il. L’industrie des croisières aux baleines dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent a tout intérêt à prendre acte de ce rapport d’enquête et à prendre les mesures nécessaires pour améliorer la sécurité et leur transparence. »

Bien qu’elle remette en question certaines conclusions, Croisières Essipit a « salué » le rapport du BST. « C’est un pas vers une réglementation uniforme, ce qui était nécessaire », a fait valoir en entrevue Marc Chaloult, coordonnateur des traités et affaires publiques pour le conseil de la Première Nation des Innus Essipit, propriétaire de Croisières Essipit.

Celui-ci a toutefois insisté pour dire que les croisières en canots pneumatiques sont tout à fait sécuritaires. L’incident qui est à l’origine du rapport du BST est un événement isolé, a-t-il assuré.