Agressions sexuelles en Basse-Côte-Nord: les Oblats visés par une demande d’action collective

Le conseiller Normand Bellefleur Junior, l'avocat Alain Arsenault et la nièce du père Joveneau, Marie-Christine Joveneau
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le conseiller Normand Bellefleur Junior, l'avocat Alain Arsenault et la nièce du père Joveneau, Marie-Christine Joveneau

Un groupe de victimes présumées d’agressions sexuelles commises par des membres des Oblats de Marie-Immaculée a déposé une demande d’autorisation d’action collective contre la congrégation religieuse jeudi matin, en Cour supérieure.

Proposée par le cabinet d’avocats Arsenault Lemieux, la demande fait suite à des allégations d’inconduites qui auraient été commises par les pères Alexis Joveneau et Omer Provencher dans des communautés innues de la Basse-Côte-Nord.

La demande est représentée par Noëlla Mark, une Innue d’Unamen Shipu, anciennement La Romaine. Elle affirme avoir été agressée sexuellement pendant plusieurs années, dès ses 9 ans, par le père Alexis Joveneau. Décédé en 1992, le religieux a oeuvré pendant 39 ans dans la communauté, « considéré comme le véritable chef ».

« La Congrégation est responsable des dommages subis par la demanderesse et les membres du groupe et […] savait ou devait savoir que le père Alexis Joveneau agressait sexuellement des personnes sous sa responsabilité », peut-on lire dans le document.

Des indemnités en dommages moraux de 300 000 $ par victime sont réclamées.

Peur, anxiété, problèmes de consommation, difficultés dans les relations intimes, « de nombreuses personnes ont vécu et vivent encore beaucoup de difficultés à la suite de ces agressions. Des traumatismes ont marqué chaque victime et l’ensemble de notre communauté », déplore Noëlla Mark dans une lettre, n’ayant pu se présenter à la conférence de presse jeudi.

La communauté a ouvert une cellule de crise la semaine dernière et accueilli au moins six psychologues et travailleurs sociaux supplémentaires pour écouter la population.

D’autres victimes ?

S’il a d’ores et déjà rencontré une trentaine de victimes alléguées, d’autres pourraient à leur tour briser le silence, assure Me Arsenault, qui doit se déplacer prochainement dans trois autres communautés.

Toute personne qui aurait été agressée sexuellement par des Oblats entre 1950 et 2018 peut ainsi se joindre à l’action collective.

Le « prix à payer » pourrait toutefois diminuer dans le cas de négociations avec la congrégation religieuse. « Les Oblats ont dit vouloir discuter, ce qu’on prendra en compte pour qu’il y ait une compensation plus rapide, mais ça peut faire diminuer les montants d’argent ».

Plus tôt ce mois-ci, la congrégation a présenté ses excuses aux victimes et mis en place une ligne d’écoute à leur intention. Un geste salué jeudi par le conseiller Normand Bellefleur Junior, venu appuyer les démarches pour obtenir « reconnaissance, justice et guérison ».

« C’est un grand pas pour nous de nous libérer de l’emprise [du père Alexis Joneveau] », a-t-il dit. Le religieux bénéficiait d’une grande confiance au sein de la communauté. À tel point qu’il aura fallu à Noëlla Mark attendre novembre 2017 avant d’agir, « n’ayant pas l’autorisation des “aînés” de la communauté d’Unamen Shipu qui [le] vénéraient », peut-on lire dans la requête.

Briser le silence

Pour Me Arsenault, cette requête est la première étape, pour « que les gens se libèrent ». « Je répète souvent aux victimes que la vérité, ça fait mal, mais le silence, ça tue. »

Plus de 30 ans après avoir quitté Unamen Shipu, Marie-Christine Joveneau a décidé de raconter son histoire. Elle est venue de Belgique pour appuyer les démarches lancées contre son oncle, qui l’aurait « agressée toutes les nuits pendant neuf mois » en 1981, l’année de ses 21 ans.

« Dire la vérité, c’est tellement libérateur, et je n’aurais pas eu le courage de le dénoncer si Noëlla n’avait pas commencé à témoigner en décembre dernier », a-t-elle confié.