Violences sexuelles à l’école

Les adolescentes ont parlé de fellations faites sous la menace, d’attouchements et d’autres formes d’agressions sexuelles commises par des élèves entre les murs des écoles.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Les adolescentes ont parlé de fellations faites sous la menace, d’attouchements et d’autres formes d’agressions sexuelles commises par des élèves entre les murs des écoles.

Des élèves d’écoles secondaires de Montréal et des intervenantes communautaires lancent un cri du coeur : des violences sexuelles surviennent dans les écoles, mais ne sont pas prises au sérieux.

Selon ce que Le Devoir a appris, sept élèves, accompagnées de deux intervenantes, sont venues livrer des témoignages troublants en pleine séance du conseil des commissaires de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), mercredi soir.

Elles ont raconté des histoires qui ont bouleversé les commissaires. Les filles ont parlé de fellations faites sous la menace, d’attouchements et d’autres formes d’agressions sexuelles commises par des élèves entre les murs des écoles. Ces étudiantes proviennent de trois écoles secondaires publiques de la CSDM, d’une école secondaire privée et d’une autre école pour des élèves ayant des besoins particuliers.

« Les violences sexuelles dans les écoles sont tellement courantes qu’elles deviennent banalisées », dit Émilie Martinak, une des intervenantes qui ont accompagné les sept élèves lors de leur témoignage devant le conseil de la CSDM, mercredi.

Mme Martinak et son équipe ont décidé d’alerter les commissaires pour secouer l’apathie du milieu scolaire — directions d’école, enseignants et autres membres du personnel. Les plaintes d’élèves restent généralement sans suite, selon elle.

Urgence d’agir

Mme Martinak coordonne un programme de prévention de l’exploitation sexuelle à la Maison d’Haïti, un organisme communautaire du quartier Saint-Michel, à Montréal. Le projet accompagne chaque année entre 112 et 129 élèves de Montréal.

Son constat est accablant : 90 % des participantes disent avoir déjà subi des attouchements dans les écoles, dont 20 % de manière répétitive. Presque toutes les filles disent avoir déjà reçu des photos non sollicitées d’organes génitaux de garçons. Et les cas de fellations obtenues sous la menace et l’intimidation ne sont pas rares, déplore Émilie Martinak.

Le gouvernement a fini par agir contre les violences sexuelles dans les universités quand des femmes ont dénoncé les agressions. Il faut maintenant agir contre les violences sexuelles dans les écoles secondaires.

 

Comme à l’université, elle estime qu’un protocole clair est essentiel dans toutes les écoles secondaires pour accueillir les plaintes, mener les enquêtes, sanctionner les agresseurs et accompagner les victimes.

« Les filles qui dénoncent un attouchement ne sont pas prises au sérieux, dit Émilie Martinak. Elles se font dire par les surveillants “Je n’ai rien vu” ou “Tu l’as cherché”. Les écoles ont tendance à fermer les yeux et à blâmer les victimes. »

Les directions d’école collaborent néanmoins avec la Maison d’Haïti et d’autres groupes communautaires pour prévenir les violences sexuelles, souligne l’intervenante.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Émilie Martinak et Marjorie Villefranche, de la Maison d'Haïti, soutiennent du mieux qu’elles le peuvent les jeunes filles victimes de violences sexuelles à l’école. Mais c’est l’école et la commission scolaire qui devraient être en première ligne, expliquent-elles.

La CSDM interpellée

La présidente de la CSDM, Catherine Harel Bourdon, dit avoir été émue par ce qu’elle a entendu mercredi soir. « Les élèves ont été très courageuses. Elles voulaient des ressources, elles ont été entendues », dit-elle au Devoir.

Mme Harel Bourdon précise qu’une sexologue vient d’être embauchée pour former le personnel des écoles et « mieux outiller nos milieux » pour faire face à ce type de situation.

Car elle le reconnaît, il est possible que les plaintes des victimes ne soient pas bien reçues dans certaines écoles. « On travaille beaucoup à outiller, parce qu’on a 16 000 employés, donc en fonction de la personne à laquelle la jeune fille va parler, c’est important que le plus grand nombre soit outillé. Et ce qu’on veut, de plus en plus, c’est cibler auprès des jeunes vers qui ils peuvent aller. »

En ce moment, les écoles de la CSDM traitent ces cas à l’aide du protocole contre l’intimidation et la violence. En fonction de ce protocole, selon les dossiers, les victimes seront accompagnées pour porter plainte à la police et seront soutenues sur le plan psychologique.

« Mais il faut qu’elles dénoncent, répète Mme Harel Bourdon. Et ce que les jeunes filles sont venues nous dire [mercredi], c’est que parfois elles ont peur, elles ne comprennent pas bien leurs sentiments et leurs émotions et ne vont pas dénoncer. […] Le mouvement #MeToo, ça a touché tout le monde. Si des femmes adultes ont peur de dénoncer, imaginons une jeune fille de 13-14 ans, qui n’a pas tous les outils et qui est dans une crise d’adolescence. »

Réflexion sur les moyens

Est-ce que les écoles secondaires pourraient avoir un protocole spécifique pour traiter les violences sexuelles, comme c’est désormais le cas dans les cégeps et les universités ? C’était aussi une demande du groupe Citoyenneté Jeunesse lors des consultations sur le projet de loi 151, qui s’applique dans les établissements postsecondaires.

Catherine Harel Bourdon n’est pas fermée à l’idée. « Ça va être beaucoup aux intervenants et à la sexologue de nous guider. Si on voit qu’on a beaucoup de jeunes qui dénoncent des événements et qu’on sent le besoin de pousser plus loin le protocole pour bonifier certaines interventions plus précisément sur la question des agressions sexuelles, on va le faire. »

La présidente de la CSDM souligne également que les violences sexuelles ne sont pas uniques à un quartier ou à une école, mais que c’est « un phénomène social qui peut arriver dans tous les milieux ».

Un phénomène répandu

Au Centre d’aide aux familles latino-américaines, un organisme qui accompagne les jeunes dans plusieurs écoles de Montréal, on confirme qu’il s’agit d’un phénomène bien présent dans les écoles secondaires.

« Oui, il y a des agressions, on ne peut pas le cacher, et ce n’est pas juste dans une école, mais dans plusieurs écoles », répond la directrice, Cecilia Escamilla. Selon elle, lorsque les jeunes femmes portent plainte, la réponse est bonne. « Les travailleurs sociaux font le suivi, et vite, on ne laisse pas les jeunes filles dans le vide. Mais ce qui manque, dans les écoles, ce sont des programmes de prévention contre les agressions sexuelles. »

La commissaire indépendante Violaine Cousineau dit avoir été « bouleversée » par les témoignages des élèves. « Elles sont venues nous dire qu’il y a des agressions sexuelles dans nos écoles, c’est extrêmement troublant. Ça nécessite une réponse musclée et immédiate, comme l’an dernier dans les universités », dit-elle.

6 commentaires
  • Danielle Brossard - Abonnée 30 mars 2018 09 h 10

    La mixité passée au malaxeur ?

    Suite à la révolution tranquille, nous avons instauré la mixité des sexes dans nos écoles secondaires citadines au plus grand plaisir de tous, exaspérés de la domination de l’église qui imposait son code de conduite plutôt répressif. On a aussi mis nos «fous» dehors, eux aussi soumis à un régime des plus répressif s, pour les envoyer … dans la rue, sans aucune autre alternative. Ces changements se sont fait très rapidement. Mais avons-nous pris le temps d’évaluer et de mettre en place des mesures palliatives et toutes les ressources nécessaires pour favoriser, sécuriser et encadrer leur mixité ? Le vivre-ensemble nécessite un minimum d’encadrement et d’un code de vie, encore plus lorsqu’il s’agit de personnes plus vulnérables et sans défense. Pour un résultat optimal, avant de passer tous les ingrédients au malaxeur, ça prend une recette de base éprouvée. Mais en avons-nous utilisée une ou avons-nous plutôt improvisé la recette ? Dans les deux cas, la recette est à peaufiner.

    • Serge Lamarche - Abonné 30 mars 2018 15 h 26

      Ben voyons donc, la mixité n'a rien à voir. Les écoles unisexuelles encourageait les abus homosexuels. C'est vraiment mieux maintenant.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 30 mars 2018 09 h 44

    Ce n'est pas nouveau...

    J'avais 12 ans et aujourd'hui 80 et j'ai été agressé par un professeur/directeur d'école. A cette époque, il ne fallait pas révéler ce fait à nos parents car ils nous disaient de se taire et que ce n.était pas vrai. Heureusement qu'un père de famille dont la fille a été attaquée nous a défendu et obligé le professeur à quitté son lieu pour un autre sinon on l'aurait dénoncé à toute la paroisse. Ce qui arrive aujourd'hui ne me surprend pas car les autorités ne veulent pas s'attaquer à cette plaie. C'est plus important que la construction de transport et de pont ainsi que les infrastructures et il faut mettre l'argent et les moyens pour corriger cette situation très grave. Le ministre de l'éducation Proulx ne voit pas le problème et aime mieux parler de sujets qui attirent des votes.

    • Louise Melançon - Abonnée 30 mars 2018 10 h 51

      Les agressions sexuelles ont toujours existé.... mais dans nos sociétés dites civilisées, il semblait que c'était des cas plus rares... Maintenant, on reconnaît que c'est plus "généralisé", c'est un "phénomène"... Est-ce la mixité qui est responsable? ou la perte de repères moraux?... On a laissé tomber la religion... mais la morale, ce n,est pas une question de religion... Quand je lis cet article, ce matin, je me dis... on recule comme civilisation....

    • Serge Lamarche - Abonné 30 mars 2018 15 h 28

      Au contraire, la civilisation avance et de connaitre les plaintes le prouve.

  • Serge Lamarche - Abonné 30 mars 2018 15 h 31

    Groupes de gens forcés

    Je crois que tous les groupes de gens forcés a rester ensemble auront tendance créer des situations abusives. C'est vrai pour les écoles, les milieux de travail, même les familles!