Les jeunes et la foi

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Un fidèle brandit un paréo à l’effigie du drapeau brésilien en attendant l’arrivée du pape François pour la messe de clôture des Journées mondiales de la jeunesse, sur la plage de Copacabana, à Rio de Janeiro, en juillet 2013.
Photo: Tasso Marcelo Agence France-Presse Un fidèle brandit un paréo à l’effigie du drapeau brésilien en attendant l’arrivée du pape François pour la messe de clôture des Journées mondiales de la jeunesse, sur la plage de Copacabana, à Rio de Janeiro, en juillet 2013.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Ce n’est pas parce que les jeunes désertent les bancs de l’église le dimanche matin qu’ils n’ont plus la foi. Les jeunes croyants préfèrent aujourd’hui se retrouver au sein de communautés vivantes pour prier, mais aussi partager leur manière de voir le monde et donner de leur temps. Ils souhaitent également que la religion soit au service de leur épanouissement personnel.

Si les statistiques manquent pour dresser un portrait des jeunes croyants en général et des jeunes chrétiens et catholiques en particulier, plusieurs indices permettent de penser qu’en Occident, de moins en moins de jeunes manifestent leur foi ou revendiquent l’avoir.

Sabrina di Matteo est la directrice du centre Benoît-Lacroix, un organisme d’animation chrétienne affilié à l’Université de Montréal. Elle indique par exemple que lorsque la question de la religion est posée aux États-Unis, chez les jeunes adultes, la mention de la non-affiliation religieuse est celle qui est en plus forte croissance ces dernières années. Elle présume par ailleurs que les résultats seraient les mêmes au Canada ou en Europe de l’Ouest.

De son côté, la directrice du centre Présence religieuse intercommunautaire (PRI), Chantal Jodoin, fait remarquer qu’elle fréquente différentes paroisses et que lorsqu’elle se rend à la messe dominicale, à 43 ans, elle fait largement baisser la moyenne d’âge. Elle ajoute qu’on assiste également à un vieillissement des célébrants, la moyenne d’âge des prêtres se situant au-delà des 80 ans au Québec.

Une remarque que ne conteste pas le recteur du Grand Séminaire de Montréal et de l’Institut de formation théologique de Montréal (IFTM), Jorge Pacheco, qui souligne que le Grand Séminaire accueille aujourd’hui une vingtaine de séminaristes destinés à la prêtrise chaque année. Il rappelle qu’il y a une cinquantaine d’années, les cohortes comptaient en moyenne 350 étudiants.

Pas à la messe du dimanche

Des constats qui pourraient avoir de quoi déprimer, s’ils ne cachaient pas une tout autre réalité. À savoir que si la jeunesse catholique n’est pas là où on l’attend traditionnellement, à savoir à la messe du dimanche, cela ne signifie pas que sa foi ne soit pas vivante.

« Il y a peu de jeunes familles à la messe, reconnaît Chantal Jodoin. Elles ne s’y sentent peut-être pas non plus très bien accueillies. Les enfants qui courent dans les allées de l’église ou qui pleurent, ça en irrite certains, qui ne se gênent pas pour le faire remarquer. »

On les retrouve alors ailleurs. Ils font partie de groupes qui organisent des soirées de prières, de louanges, de partage biblique, ou des activités d’enseignement évangélique. Certains vivent des expériences de silence, ils se déconnectent, font des pèlerinages, participent aux Journées mondiales de la jeunesse (JMJ). Ils vont à la messe également, mais rarement le matin. Le centre Benoît-Lacroix la programme notamment en soirée et cela n’a pas grand-chose à voir avec la messe traditionnelle. La musique y est centrale, le décorum, notamment l’éclairage, est important également.

« C’est toute une expérience qui émerge de cela, note Sabrina di Matteo. Les jeunes croyants cherchent un groupe d’appartenance, des communautés vivantes composées de pairs de leur âge avec lesquels ils peuvent échanger, partager leur foi, mais aussi donner. Nombreux sont ceux qui partent en voyage de coopération internationale ou qui préparent et vont distribuer des sandwichs aux sans-abri, tout en passant un peu de temps avec eux. »

Pour les jeunes d’aujourd’hui, être chrétien, ce n’est pas une obligation, comme ça a pu l’être pour les générations précédentes, c’est un choix. Peu d’entre eux ont été élevés dans la foi. Peu d’entre eux ont fréquenté l’église en famille.

« Avant, il fallait aller à la messe. Aujourd’hui, tu es plutôt pointé du doigt quand tu y vas, souligne Réjean Bernier, directeur adjoint du centre de formation chrétienne Agapê. Ils ne sont pas dans l’endoctrinement, ils vivent une expérience et ils veulent la pousser, la partager. Être chrétien, ça passe par la prière, mais c’est surtout une manière de voir le monde, d’avoir les bras ouverts sur le monde. Dans l’autobus, c’est être ouvert aux gens et leur sourire plutôt que d’être enfermé avec ses écouteurs et son écran. »

Tous ces sujets seront abordés durant le prochain Synode des évêques, qui aura lieu au Vatican en octobre prochain. Le pape François semble vouloir mettre la jeunesse au coeur de son pontificat et ainsi, la thématique du prochain Synode portera sur les jeunes, la foi et le discernement des vocations. Cette grande réunion est destinée à écouter les préoccupations des jeunes croyants afin de mieux les accueillir et les accompagner dans leur cheminement spirituel.

Pour une Église plus ouverte

Pour préparer cette rencontre, un grand questionnaire a été adressé aux paroisses afin qu’il soit rempli par les jeunes. Les premiers résultats ont été publiés. Pas ceux du Québec, mais la Conférence des évêques de France a rendu ses conclusions. Il en ressort que les jeunes souhaitent que la religion soit au service de leur épanouissement personnel.

Ils en appellent également à une Église plus ouverte aux femmes, aux divorcés, aux couples remariés, aux homosexuels. Sur l’avortement également, ils aimeraient que la position évolue. Ils veulent enfin une institution plus transparente, qui communique plus, notamment via les réseaux sociaux, une Église rassembleuse, exemplaire. Une Église qui fait un peu plus de place aux jeunes dans ses instances.

« Nos jeunes ne sont pas des cruches qu’il faut remplir, lance Sabrina di Matteo. Ils ont des maîtrises, des doctorats, ils veulent être des acteurs de la réflexion sur l’avenir de l’Église. C’est eux, la relève, il faut les écouter. »

« J’ai participé aux consultations dans le diocèse de Montréal et je dois dire que les préoccupations sont les mêmes qu’en France, précise Chantal Jodoin. Les jeunes ont des idées, l’Église doit les écouter si elle souhaite les intégrer. Ce que je trouve particulièrement intéressant, c’est que ce ne sont pas seulement les jeunes catholiques qui ont été consultés. Car c’est important de savoir ce que pensent les jeunes qui sont loin de l’Église. »

Or, la baisse de l’engagement dans la vie consacrée et la pénurie de prêtres font en sorte qu’il est de plus en plus difficile de les rejoindre.

« Il faudrait plus amener la parole de l’Église dans les écoles et les cégeps, estime le recteur Pacheco. Il y a des enfants et des adolescents qui sont en plein questionnement et qui ne savent même pas ce que c’est que la foi, qui n’ont jamais entendu parler de la religion puisque la transmission ne s’est pas faite dans les familles. Nous arrivons à accompagner les jeunes qui gravitent dans nos paroisses. Mais ceux qui ne s’en approchent pas, il est très difficile de les atteindre. »