Tendre la main aux autres

Alice Mariette Collaboration spéciale
«Le temps de Pâques est un temps pour que la lumière et l’espérance rayonnent, c’est le moment de tendre la main», pense l’archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Le temps de Pâques est un temps pour que la lumière et l’espérance rayonnent, c’est le moment de tendre la main», pense l’archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La fête de Pâques est un temps de rassemblement. Pour l’archevêque de Montréal, Mgr Christian Lépine, c’est le moment de souligner l’importance de la rencontre, de la main tendue et de la confiance dans le regard sur l’autre.

Lors de son discours à Rio en 2013, devant quatre millions de jeunes, le pape François avait dit vouloir construire une civilisation de la rencontre. « Ceci est un message qui a éclairé ma propre vie pastorale », explique Mgr Lépine. À l’occasion de Pâques, il souhaite avant tout rappeler la nécessité d’aller vers les autres, quelles que soient les différences et les appréhensions.

« Le temps de Pâques est un temps pour que la lumière et l’espérance rayonnent, c’est le moment de tendre la main », pense-t-il, ajoutant qu’il ne faut pas oublier que nous sommes tous des êtres humains. « À l’occasion de Pâques, je fais un appel pour que chacun et chacune aient comme horizon l’ensemble de l’humanité, pour dépasser les différences et pouvoir voir la dignité de tous », ajoute Mgr Lépine.

Célébrer le vivre-ensemble

Au quotidien, l’archevêque de Montréal échange avec des personnes seules. « Beaucoup de gens vivent sans personne à Montréal, cet isolement peut être dû à la pauvreté ou à l’âge », commente-t-il. À l’occasion de Pâques, il souhaite ainsi rappeler l’importance de penser à ceux qui ne font pas partie de réseaux. « Nous sommes toujours à la recherche de moyens de tendre la main aux personnes seules. Parfois, c’est dans notre propre famille, parce qu’on est tous occupés, on est pris dans une dynamique sociale, mais il faut faire ce dépassement de soi, sortir de son horaire régulier pour aller les voir », ajoute-t-il.

Par ailleurs, l’archevêque trouve belle l’expression « vivre ensemble » et estime qu’elle est très importante dans une grande ville comme Montréal, où se croisent différentes cultures. « Pourquoi ne pas aller saluer quelqu’un qui n’a pas l’air de notre culture ? Il faut prendre le temps d’aller la voir et d’échanger avec elle. Selon mon expérience, quels que soient les préjugés, quand on rencontre les gens, alors les idées reçues tombent, parce qu’elles se construisent sur le fait qu’on ne fait pas connaissance. Quand on échange, on découvre l’autre, on réalise que c’est un être humain et on voit la différence comme quelque chose qui vient nous enrichir et non pas comme un obstacle », défend Mgr Lépine. Il pense que Pâques est aussi un temps d’espérance, non pas pour une seule culture, mais pour tous les êtres humains. « La culture est à l’interface de nos rencontres humaines. On doit surmonter les inquiétudes, les ignorances, les peurs, ne pas rester seul enfermé avec ses ruminations, sortir pour aller à la rencontre de l’autre, c’est un chemin vers la paix sociale », ajoute-t-il.

Solidarité et engagement social

À Montréal, mais aussi ailleurs au Québec et au Canada, l’archevêque constate une véritable volonté de solidarité. « Ce qui compte surtout, c’est de mettre en valeur ce désir de solidarité, pour ne pas perdre ce trésor. On parle de compassion, en étant sensible aux situations de détresse qui peuvent être vécues et la réponse, c’est de tendre la main. Mais, il ne faut pas le tenir pour acquis et renouveler ce souci de l’autre, chez nous ou ailleurs », croit-il.

D’ailleurs, en novembre dernier, le diocèse a ouvert le centre Le Pont — situé dans le presbytère de la paroisse Notre-Dame-des-Victoires — qui accueille de façon temporaire des familles, des femmes et des enfants demandeurs d’asile. « Les réfugiés vivent des moments de crise, ce sont des moments où nous sommes appelés à fournir un effort spécial, pour donner à ceux qui vivent des tragédies. Avoir ce sens de solidarité et voir l’autre en tant qu’être humain, cela demande un effort de partage, mais en fin de compte, cela vient enrichir notre humanité », commente Mgr Lépine.

En outre, l’archevêque de Montréal insiste sur la force du rassemblement. « Parfois, les problèmes apparaissent avec une grande ampleur, mais il ne faut pas oublier qu’avec des petits gestes, ensemble, on peut répondre à de grands défis. Il ne faut jamais cesser de combattre la pauvreté, de travailler pour la santé ou l’éducation. Ce sont des formes d’engagements sociaux indispensables pour le bien commun », mentionne-t-il. Il ajoute que tous les problèmes peuvent être résolus. « Cela ne veut pas dire que ça va être facile, mais il faut le faire tous ensemble, avec des petits gestes à notre portée qui vont porter leurs fruits, s’additionner et se compléter », défend-il.