Inconduite sexuelle au féminin

Selon une étude, la manipulation est également une arme de coercition très utilisée par les femmes pour forcer un homme à avoir un contact sexuel.
Photo: Flair Images Selon une étude, la manipulation est également une arme de coercition très utilisée par les femmes pour forcer un homme à avoir un contact sexuel.

Un peu plus de 40 % des femmes québécoises auraient déjà essayé de contraindre un homme à avoir des relations sexuelles contre son gré, dévoile une des premières études à se pencher sur la coercition sexuelle au féminin.

« C’est un pourcentage très élevé, ça nous a surpris, mais ça s’explique sans doute par le fait que nos questions étaient très, très larges », répond l’auteure de l’étude, Geneviève Parent, professeure au Département de psychoéducation et de psychologie à l’Université du Québec en Outaouais.

Ainsi, les 41 % incluent toute une gamme de tactiques qui auraient été utilisées par les femmes « au moins une fois dans leur vie », que ce soit en relation de couple ou non, et que la tentative se soit soldée par une relation sexuelle ou non.

« Dans les 41 %, on inclut celle qui, à l’âge de 17 ans, a essayé une fois de bouder pour avoir des préliminaires et celle qui a intoxiqué ses partenaires à de multiples reprises pour avoir des relations sexuelles complètes, il y a donc des nuances à apporter », précise la chercheuse en entrevue au Devoir.

Ses chiffres sont un peu plus élevés que les quelques rares autres études qui se sont penchées sur le phénomène de la violence sexuelle au féminin. Selon elle, la moyenne des études se situe plutôt entre 15 et 30 %. « C’est extrêmement variable d’une étude à l’autre, ça dépend toujours de la façon dont les questions sont posées », explique la chercheuse.

Séduction et manipulation

Geneviève Parent a sondé près de 300 femmes, recrutées en milieu universitaire. Parmi celles qui ont avoué avoir déjà tenté de forcer un homme à avoir un contact sexuel, le tiers affirmait avoir utilisé des stratégies de séduction insistante, continuant de toucher ou de caresser la personne malgré son refus.

La manipulation est également une arme de coercition très utilisée par les femmes, selon cette étude. Elles peuvent bouder, mais également s’en prendre aux compétences sexuelles de l’homme. « Ça va souvent avec des commentaires du genre : “on le sait bien, tu ne veux pas qu’on ait de sexe parce que ceci ou cela” », ajoute Mme Parent.

Dans une moindre proportion, des femmes ont tenté d’intoxiquer des hommes ou ont profité de leur intoxication pour avoir des relations sexuelles. Enfin, aucune femme n’a rapporté avoir utilisé la violence physique pour parvenir à ses fins.

« Les femmes vont avoir tendance à utiliser des méthodes considérées comme plus subtiles », constate la chercheuse, qui s’étonne toujours de voir comment certains gestes — par exemple, une main sur la cuisse d’une personne non consentante — ne suscitent pas la même indignation lorsqu’ils sont commis par une femme.

L’étude de Geneviève Parent visait à reproduire celle d’une chercheuse américaine, mais elle s’est heurtée aux limites du modèle américain pour tenter d’expliquer le phénomène.

La chercheuse avance donc des hypothèses avec prudence. Elle trace deux grandes trajectoires pour expliquer la coercition au féminin, en lien avec un « script sexuel selon lequel l’homme ne peut refuser des relations sexuelles, car il est attendu qu’il soit un perpétuel demandeur de celles-ci ».

Elle évoque une approche impersonnelle et sans émotion de la sexualité (elle voit l’agression sexuelle comme une façon d’avoir une relation sexuelle en se souciant peu de l’émotion des autres) et un problème de régulation émotionnelle : face à un refus, la femme vit des « tourments émotionnels (honte, culpabilité, colère) provoqués par « l’incongruence avec son script sexuel ».

« Il faut voir ça comme un premier pas, car on en est encore aux balbutiements pour essayer de bien comprendre le phénomène et on en a encore pour plusieurs années avant d’en arriver à des conclusions qui soient solides », conclut Geneviève Parent.

Coercition et violences sexuelles

La recherche tend de plus en plus à s'intéresser à la coercition sexuelle plutôt qu'aux violences sexuelles, note Massil Benbouriche, chercheur au département de psychologie de l'Université de Wayne State, aux États-Unis.

Le chercheur signe un éditorial dans un numéro consacré à ce thème dans la revue Sexologies, qui publie également l'article de Geneviève Parent, de l'université du Québec en Outaouais, sur la coercition sexuelle perpétrée par les femmes.

« Les études suggèrent que la grande majorité des violences sexuelles serait commise par des individus issus de la population générale, qui ne sont pas et ne seront probablement jamais identifiés par les autorités, explique le chercheur. En proposant d'étudier un spectre plus large de comportements que les seules infractions sexuelles, la notion de coercition sexuelle permet alors d'apprécier plus justement des violences sexuelles dans leur ensemble. »

La coercition englobe des techniques plus subtiles de manipulation ou de pressions psychologiques qui mènent à un rapport sexuel qui n'est pas consenti. « Lorsqu'on parle de violence sexuelle, dans la tête des gens, il y a une dimension de violence physique ou de crime, alors que la coercition, c'est davantage dans l'idée de contraindre. »

La question du consentement tend également à évoluer, constate Massil Benbouriche. « Lorsqu'on parle de sexe sans consentement, on se rend compte que dans un certain nombre de situations, les femmes disent avoir trouvé "plus facile" de céder que de continuer à résister, ce qui pose un certain nombre de questions sur notre façon de concevoir le consentement. Longtemps, on a interprété le consentement comme étant quelque chose de binaire : la personne veut ou ne veut pas. Mais de plus en plus, on s'en va vers des modèles qui sont plus dimentionnels. On se rend compte que dans la réalité, il y a beaucoup plus de zones de gris dans le consentement. »