Hors des centres urbains, une place – et une vie – pour les communautés LGBT+

Les réalités des membres des communautés LGBT+ en région sont variables et souvent tributaires de la bonne volonté des leaders de ces communautés.
Photo: iStock Les réalités des membres des communautés LGBT+ en région sont variables et souvent tributaires de la bonne volonté des leaders de ces communautés.

Vivre sa diversité sexuelle en plein jour relève encore du défi dans plusieurs milieux ruraux, mais de plus en plus de couples et de parents de même sexe affichent pleinement leur différence hors des grands centres. À preuve, la tenue récente d’un premier colloque sur le sujet par Fierté agricole.

En février, plusieurs élus, représentants d’institutions financières, de l’Union des producteurs agricoles du Québec, un célèbre dramaturge et des gens des quatre coins du Québec ont eu l’impression d’assister à un moment historique : ils n’avaient pas complètement tort. Tous étaient réunis à Drummondville pour le premier colloque sur le thème de la diversité sexuelle en milieu rural, organisé par Fierté agricole, groupe composé majoritairement d’agriculteurs gais fondé en 2008.

« À Montréal, on a tendance à penser qu’on est le centre du monde et qu’on connaît tout », souligne en riant Mona Greenbaum, directrice générale de la Coalition des familles LGBT, une des conférencières du colloque qui se promène à travers le Québec depuis assez longtemps pour savoir que la diversité sexuelle existe aussi à la campagne.

« Des familles homoparentales parfaitement intégrées, dit-elle, on en trouve un peu partout. De toute façon, dès qu’il y a un enfant, c’est très difficile d’être dans le placard », ajoutant que les réalités sont variables et souvent tributaires de la bonne volonté des leaders (élus municipaux, directeurs d’école, professionnels de la santé, etc.) de ces communautés.

Photo: Catherine Legault Le Devoir Des «malaises», les membres des communautés LGBT+ en vivent à profusion dans des milieux «moins exposés aux différences», constate Mona Greenbaum, directrice générale de la Coalition des familles LGBT.

Ce changement progressif des mentalités, c’est une des missions de Fierté agricole, au départ un regroupement d’agriculteurs cherchant à briser l’isolement (parfois immense) qu’impose le dur labeur à la ferme. Mais pour Joé Desjardins, président de Fierté agricole, ce colloque était aussi une occasion de sensibiliser tous les partenaires du monde rural, qu’ils soient gouvernementaux ou du monde des affaires. « Quand un intervenant vient dans ma ferme, mon conjoint, c’est l’employé, le frère, la relève, surtout pas mon conjoint, alors que, devant une femme, il va immédiatement présumer qu’il s’agit de la conjointe, déplore ce producteur laitier. Comment engager la conversation sans créer de malaises ? Certaines relations d’affaires vont durer parfois plusieurs années… »

Une vie en vert pas toujours rose

Des « malaises », les membres des communautés LGBT+* en vivent à profusion dans des milieux « moins exposés aux différences », constate Mona Greenbaum. Le colloque fut d’ailleurs l’occasion de mettre en lumière les difficultés auxquelles ils font face : manque de ressources, de lieux de socialisation, de modèles pour les jeunes en processus d’acceptation ou vivant dans une famille homoparentale, de soutien pour les victimes d’intimidation, dont l’orientation sexuelle suscite l’incompréhension, voire l’intolérance.

Ces réalités sont d’ailleurs bien décrites dans Portrait des personnes LGBT+ de la Gaspésie et des îles de la Madeleine publié en 2017 par le Centre de recherche et d’aide au développement durable. Dans cette région aux beautés majestueuses prisées par les touristes en été, la population clairsemée sur un vaste territoire serait composée d’environ 6500 à 9200 personnes issues de la diversité sexuelle. Ces chiffres demeurent cependant approximatifs puisque plusieurs refusent d’être clairement identifiés.

Parmi les faits saillants de la recherche, les auteurs ont constaté une détresse psychologique plus grande chez les jeunes LGBT+ que dans la population en général, et l’isolement social est une réalité pour la majorité des répondants. Lorsque la cour d’école devient un lieu hostile, qu’un coming out progressif est impossible à cause de la petitesse d’un milieu où tout se sait très vite, et que l’infirmière et le médecin sont perçus avec méfiance, les conditions gagnantes sont loin d’être réunies.

Au cours du colloque, Bill Ryan, professeur en travail social à l’Université McGill, a d’ailleurs mis en lumière une réalité méconnue, celle dite des deux médecins : un à proximité pour la santé générale, et un autre à des dizaines, voire à des centaines de kilomètres pour la santé sexuelle. Afin d’éviter les indiscrétions du personnel de la clinique ou de l’hôpital de son village lors d’un test de dépistage pour une infection transmise sexuellement, ou le VIH…

Demain matin, Montréal m’attend ? Pas sûr.

Depuis des décennies, la grande ville est perçue comme un véritable eldorado pour les membres des communautés LGBT+, lieu où il est tout à la fois possible de vivre dans l’anonymat, de s’épanouir en accord avec sa propre identité et, bien sûr, de multiplier les possibilités de rencontres avec des partenaires amoureux et sexuels. À l’inverse, la ruralité a toujours été associée à une forme de pureté rassurante, de quiétude, qui ne serait bousculée que par des éléments perturbateurs venus du monde urbain.

L’exode de bien des jeunes Québécois vers la ville se poursuit, surtout vers Montréal. Mais des acteurs régionaux, dont certains issus des communautés LGBT+, sentent que le vent tourne.

C’est le cas du psychologue Éric Lefebvre, fier Abitibien qui a fait quelques détours à Montréal et à Trois-Rivières avant de revenir s’établir dans son coin de pays pendant plusieurs années. Très associés au dynamisme de la Coalition d’aide à la diversité sexuelle de l’Abitibi-Témiscamingue, les efforts de M. Lefebvre lui ont valu la Médaille de l’Assemblée nationale du Québec en 2012.

Maintenant établi en Montérégie avec son conjoint et leur adolescent adopté à l’âge de 5 ans, Éric Lefebvre incarne l’exemple parfait d’une intégration dans des communautés tissées serrées, mais pas réfractaires à la différence.

« En milieu rural, tout est à bâtir, reconnaît le psychologue sans défaitisme, mais c’est plus facile d’y faire sa place et de se démarquer, alors qu’il faut jouer du coude à Montréal. Aux jeunes qui veulent partir de leur région, je les invite à poser des questions, et à se poser des questions : si tu as déjà du mal à prendre soin de toi, seras-tu nécessairement mieux à Montréal ? »

Martin (nom fictif), lui, n’a jamais envisagé de quitter son Abitibi natale. Malheureux dans son corps de femme, il est devenu un homme, une transition, « une question de survie », effectuée avec le soutien de sa conjointe (qui ne l’a jamais quitté en cours de processus) et de son entourage, ce qui lui a permis de conserver son emploi d’intervenant social à Rouyn-Noranda dans un milieu professionnel où il est « intégré, reconnu, et apprécié ».

Même s’il comprend que des personnes trans « sentent le besoin de disparaître » dans les grandes villes, Martin affirme que les services adéquats prennent forme dans sa région pour assurer le passage harmonieux d’un sexe à un autre, sauf les chirurgies. « Tout n’est pas adapté à 100 %, mais ça se développe, ce qui maintiendra ici une grande partie de la population trans », affirme celui qui constate une plus grande ouverture de plusieurs professionnels de la santé à cette réalité.

Et ne parlez pas d’un éventuel déménagement vers Québec ou Montréal à ce grand amateur de chasse. « J’y vais régulièrement avec ma conjointe et mes beaux-frères : on s’amuse beaucoup ! »

*L’abréviation LGBT+ décrit les termes lesbiennes, gais, bisexuels, transgenres, mais aussi la réalité queer, bispirituelle (chez les peuples autochtones), pansexuelle et asexuelle.

 

L’amour LBGT+ sera-t-il un jour dans le pré ?

Sur les ondes de V se déroule en ce moment la sixième saison de L’amour est dans le pré, téléréalité où de jeunes agriculteurs célibataires peuvent rencontrer l’âme soeur. Le bilan global est impressionnant : au fil des années, huit couples se sont formés, et à leur suite 14 enfants. La question revient périodiquement, surtout depuis que la version française de l’émission a accueilli son premier agriculteur homosexuel en 2014, et un autre cette année : à l’instar de la France, à quand un candidat issu de la diversité sexuelle ?

Selon Martin Métivier, la porte est grand ouverte, mais ce n’est pas si facile d’y entrer. « Les gens s’inscrivent, nous ne faisons pas de sollicitation, précise le producteur de l’émission chez Attraction Images, et ils doivent s’engager dans une démarche sérieuse, qui implique souvent l’entourage, surtout pendant la période du tournage. Nous avons déjà eu un candidat potentiel, mais il venait tout juste de faire son coming out, et sa famille n’était pas au courant. »

Celui qui se décrit comme « le Cupidon des fermes » reconnaît qu’un candidat homosexuel « attirerait la curiosité, et peut-être pas toujours de façon positive », mais s’il remplit tous les critères, le producteur ne demanderait pas mieux. « Ma volonté, c’est de réunir des gens authentiques qui veulent trouver l’amour. » Dans le monde rural, ils ne sont pas tous hétérosexuels.

Ressources en régions

Fierté agricole : 450 768-6995

Coalition d’aide à la diversité sexuelle de l’Abitibi-Témiscamingue : 819 762-2299

Interligne (Portail de diversité sexuelle et de genre)
  • Montréal : 514 866-0103
  • Sans frais : 1 888 505-1010
Coalition des familles LGBT : 514 878-7600

GRIS Mauricie/Centre-du-Québec : 819 445-0007

Jeunes Adultes Gai-e-s (pour la Montérégie) : 450 774-1349

Réseau des lesbiennes du Québec : 1 438 929-6928