Ottawa fait appel à ses espions pour protéger la vie privée des Canadiens

L’analyste canadien Christopher Wylie au cœur des révélations
Photo: Matt Dunham La Presse canadienne L’analyste canadien Christopher Wylie au cœur des révélations

Le gouvernement canadien se tourne vers les experts des services secrets pour s’assurer que la vie privée des Canadiens est protégée contre tout détournement de renseignements personnels à partir des réseaux sociaux.

Et le président du Conseil du Trésor, Scott Brison, se dit ouvert à l’idée de resserrer les lois fédérales sur la protection des renseignements personnels, afin de protéger encore davantage les utilisateurs de réseaux sociaux. M. Brison, qui est aussi actuellement ministre par intérim des Institutions démocratiques, a indiqué mardi à Ottawa qu’il avait demandé l’expertise des services secrets et du Centre de la sécurité des télécommunications — le service d’espionnage électronique du gouvernement canadien.

Pendant ce temps, le Commissariat à la protection de la vie privée du Canada a annoncé qu’il ouvrait formellement une enquête afin de déterminer si les informations personnelles de certains Canadiens pourraient avoir été compromises. Il vérifiera aussi si Facebook a enfreint la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques.

« Les allégations mentionnées dans les reportages des médias soulèvent des questions très graves du point de vue de la protection de la vie privée. Le monde numérique et les réseaux sociaux en particulier font partie intégrante de nos vies au quotidien et les citoyens veulent que leurs droits soient respectés », a indiqué le commissaire Daniel Therrien dans un communiqué.

L’analyste canadien Christopher Wylie soutient depuis quelques jours que la firme britannique Cambridge Analytica a obtenu de façon inappropriée les données privées d’utilisateurs de Facebook afin de les utiliser notamment pour soutenir la campagne présidentielle de Donald Trump en 2016.

Le New York Times et The Observer à Londres soutiennent que l’équipe Trump a demandé à Cambridge Analytica de récolter des renseignements personnels de profils Facebook de plus de 50 millions d’utilisateurs. L’équipe Trump a nié samedi avoir utilisé ces données, affirmant qu’elle s’était plutôt servie des informations recueillies par le Comité national républicain.

M. Wylie a soutenu dans des entrevues que Cambridge Analytica avait utilisé des renseignements personnels de Facebook pour dresser des « portraits d’électeurs », faisant passer selon lui à un niveau supérieur la diffusion de fausses informations — les fake news. Cambridge Analytica a « nié catégoriquement » les allégations selon lesquelles elle aurait obtenu ces données de façon inappropriée. Son conseil d’administration a toutefois suspendu mardi le directeur général, Alexander Nix, pendant l’enquête en cours.

De nombreux élus dans le monde s’indignent que des données colligées par Facebook et d’autres réseaux sociaux puissent tomber ainsi entre les mains de tiers et altérer le résultat d’élections. Ces informations soulèvent aussi des craintes au Canada, où des élections générales sont prévues dans les deux plus importantes provinces cette année — en Ontario en juin et au Québec en octobre. Des élections fédérales sont aussi prévues pour octobre 2019.

Chez Facebook, le directeur juridique adjoint, Paul Grewal, admet que « si les informations rapportées sont vraies, il s’agit d’une violation majeure » des règlements de l’entreprise. « Toutes les parties impliquées […] nous ont certifié avoir détruit les données en question. Or, à la lumière de nouvelles informations laissant entendre que les données n’ont pas été détruites, nous avons pris la décision de suspendre ces trois parties de Facebook, dans l’attente de détails supplémentaires. »

M. Grewal promet que Facebook « entreprendra des actions à l’encontre de toutes les parties fautives » — SCL Group/Cambridge Analytica, Christopher Wylie et le psychologue Aleksandr Kogan.