Musitechnic célèbre ses 30 ans

Martine Letarte Collaboration spéciale
L’arrivée des ordinateurs et d’Internet a changé la réalité de la production audio.
Photo: Musitechnic L’arrivée des ordinateurs et d’Internet a changé la réalité de la production audio.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Musitechnic, un établissement privé de formation collégiale qui forme des étudiants en production audio, célèbre son 30e anniversaire. En trois décennies, le programme a dû être complètement refait plusieurs fois alors que le monde de la sonorisation a entièrement été révolutionné avec le passage de l’analogique au numérique. Les perspectives d’emploi pour les étudiants ont aussi été bonifiées avec l’essor de l’industrie des jeux vidéo à Montréal. Entrevue avec Luc Lafontaine, directeur de Musitechnic et diplômé de 1994.

Les premiers diplômés de Musitechnic, en 1989, ne se reconnaîtraient pas s’ils remettaient les pieds chez leur alma mater. Si, à sa création, l’école a adopté le MIDI (Musical Instrument Digital Interface), un langage de communication entre les différents appareils de musique encore utilisé aujourd’hui, l’ordinateur n’avait évidemment pas la place qu’il a aujourd’hui.

« On était avant Windows 95, avant l’interface graphique avec la souris, avant Internet : on remonte à loin, se souvient Luc Lafontaine. Mais, avec l’arrivée du MIDI en 1983, nous avons eu un aperçu du futur où tout passerait par l’ordinateur. C’est pour cette raison en fait que l’école est née. »

Les logiciels commençaient à sortir. Il y avait des synthétiseurs, mais ils étaient physiques bien sûr, pas virtuels. Il n’y avait pas non plus d’enregistrement audio dans l’ordinateur.

« Il fallait avoir autant de synthétiseurs que de sons qu’on voulait, se souvient M. Lafontaine. Ça prenait de la place et ça coûtait de l’argent. Il fallait en plus mixer en temps réel sur une console et enregistrer sur un ruban analogique ! »

Avec l’arrivée d’Internet et le développement des ordinateurs, Musitechnic a commencé au début des années 2000 à les utiliser pour remplacer l’équipement physique.

La production audio démocratisée

Cette transformation technologique est venue changer la réalité de la production audio.

« L’informatique est venue démocratiser la création et la production d’albums pour les artistes, constate Luc Lafontaine. L’autoproduction a vraiment pris son envol. L’industrie de la distribution — physique — a pratiquement disparu avec les plateformes comme iTunes. L’avantage pour les artistes, c’est que ça ne coûte presque plus rien de faire ses chansons et de les offrir en ligne aux côtés de celles de Céline Dion ! »

Par contre, cette nouvelle réalité exige que les artistes développent différentes compétences.

« Les compagnies vont souvent décider d’accompagner des artistes qui ont déjà créé un buzz autour d’eux, explique Luc Lafontaine. Elles les aideront à terminer leur album, à faire la promotion ou à organiser une tournée. On s’attend donc aujourd’hui à ce qu’un auteur-compositeur-interprète fasse une bonne partie d’autoproduction, qu’il fasse des petits spectacles, qu’il se crée une base de fans. Les artistes doivent vraiment être de plus en plus autonomes. »

Au départ, le programme de Musitechnic avait été pensé d’ailleurs pour les musiciens qui voulaient s’autoproduire. Puis, avec les années, les perspectives ont été élargies. L’école s’est mise aussi à former des techniciens de son pour toutes les sphères du domaine, que ce soit le spectacle, la télévision, le cinéma. Puis, plus récemment, le jeu vidéo s’est ajouté.

« Cette industrie est particulièrement dynamique à Montréal et elle a apporté beaucoup de nouveaux emplois dans le domaine du son, constate Luc Lafontaine. Les grandes compagnies de jeux vidéo ont toutes des studios à l’interne, mais ils sont souvent saturés, donc elles font aussi affaire avec des studios indépendants. Il y a tout un écosystème présent à Montréal pour nos finissants qui veulent travailler dans ce domaine. »

Profiter de l’école pour lancer sa carrière

Musitechnic propose l’attestation d’études collégiales (AEC) technique de production audio qui se fait en 12 mois, sur trois sessions. Le programme, créé à l’interne, a été complètement changé trois fois en 30 ans. « Chaque année, nous faisons une auto-évaluation et nous l’améliorons », indique M. Lafontaine.

Il faut payer 16 000 $ pour s’y inscrire. « Puisque nous sommes un organisme à but non lucratif, nos étudiants ont accès aux bourses, en plus des prêts », affirme le directeur, entré en poste il y a cinq ans après avoir travaillé dans l’industrie et gravi les échelons un à un chez Musitechnic.

L’école tente de tout mettre en oeuvre pour permettre à ses 150 étudiants par année de propulser leur carrière pendant leur formation. Notamment, en utilisant au maximum ses neuf studios, que ce soit pour des projets scolaires ou personnels.

« Pas moins de 55 % de la formation est pratique, et c’est important que les étudiants aient aussi du temps libre pendant cette année d’études afin de s’investir dans leurs projets personnels, affirme Luc Lafontaine. Ils doivent se faire de bonnes démos qu’ils pourront faire jouer à leurs futurs employeurs. »

Les professeurs de Musitechnic sont, en grande majorité, des gens qui travaillent dans l’industrie. « Les étudiants doivent se constituer un bon réseau pour réussir dans le domaine et nos professeurs sont un bon point de départ, affirme Luc Lafontaine. Beaucoup de diplômés aussi nous appellent lorsqu’ils travaillent sur des événements et qu’ils ont besoin de stagiaires, par exemple. Nos étudiants ont avantage à avoir du temps et à vraiment s’investir. »

Musitechnic a aussi créé un fonds d’aide aux projets de carrière pour ses étudiants.

« Nous nous gardons entre 20 000 et 30 000 $ chaque année pour soutenir les étudiants qui ont de bons projets, explique M. Lafontaine. Ça peut être très varié comme initiative, du lancement d’un studio à l’enregistrement d’un album, en passant par l’inscription à une certification afin d’augmenter leur employabilité. Nous leur offrons aussi du mentorat. L’objectif, c’est vraiment de permettre aux étudiants de lancer leur carrière pendant cette année. »