La suspension de l’enquête sur les femmes autochtones réclamée

La présidente de FAQ, Viviane Michel (à droite), se dit préoccupée par la qualité de la preuve qui sera amassée par la commission.
Photo: Paul Chiasson La Presse Canadienne La présidente de FAQ, Viviane Michel (à droite), se dit préoccupée par la qualité de la preuve qui sera amassée par la commission.

Femmes autochtones du Québec (FAQ) demande à Ottawa de suspendre l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA) jusqu’à l’automne, avant de lui accorder la permission de prolonger ses travaux. L’organisme croit qu’un ajustement des pratiques est nécessaire, estimant que, dans sa forme actuelle, l’ENFFADA s’apparente davantage à une commission de vérité qu’à une enquête.

« Cette commission-là se développe sous forme de vérité-réconciliation. On accorde beaucoup d’espace pour les familles et c’est très bien, mais l’aspect juridique est important si on veut obtenir justice », soutient Viviane Michel, présidente de FAQ.

Mme Michel, qui a assisté à plusieurs audiences, se dit préoccupée par la qualité de la preuve qui sera amassée par la commission.

Jusqu’à présent, une grande partie des familles ont témoigné sans déposer de documents institutionnels, comme des rapports de police, des dossiers médicaux ou des rapports de coroner, qui appuieraient non seulement leurs dires, mais permettraient aussi « de solidifier ce qui est dénoncé depuis des années ».

« Ça fait du bien aux familles de s’exprimer, mais le but de la commission n’est pas de s’éterniser sur la vérité-réconciliation. C’est une démarche qui a déjà été faite et qu’on a continué à faire à travers les organismes », dit Mme Michel.

Selon la présidente de FAQ, l’ENFFADA devrait plutôt profiter des pouvoirs qui lui ont été accordés pour « valider les injustices ».

FAQ croit qu’avant d’accorder une prolongation de ses travaux de deux ans, comme l’a demandé la commission le 6 mars dernier, Ottawa devrait s’assurer d’une restructuration.

Si ça continue dans le même sens, on n’aura toujours rien validé

 

« Si on veut que justice soit faite, il faut entendre toutes les personnes concernées et la commission a le pouvoir d’appeler des gens à témoigner. Elle peut faire entendre l’agent de police concerné ou le coroner concerné », fait valoir Mme Michel.

Penser différemment

L’ENFFADA, qui a jusqu’à présent entendu à travers le pays 763 témoins lors de 134 audiences publiques et de 103 audiences à huis clos, estime avoir été claire dès le début.

« La commission a deux phases, la première étant celle de consignation de la vérité, puis la deuxième étant celle d’investigation, et les deux se chevauchent », indique la commissaire Michèle Audette.

L’ENFFADA « a fait le choix » de penser les choses autrement pour assurer une écoute respectueuse à toutes les familles. La commissaire souligne que la commission voulait éviter d’avoir l’air d’un tribunal.

« C’est une approche think outside the box — penser différemment. On savait qu’on changeait la façon de faire traditionnelle, mais notre priorité, c’était d’assurer à des familles qui ont vécu des traumatismes une écoute sans la pression d’un contre-interrogatoire », explique Mme Audette.

Réaction de la ministre

Au cabinet de la ministre des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord, Carolyn Bennett, on rappelle que l’ENFFADA est autonome.

« Le mandat de cette commission indépendante est clair, et les familles doivent être au coeur de ses travaux. Les familles des victimes ont besoin de réponses au sujet des failles systémiques et institutionnelles qui ont mené au meurtre de trop nombreuses femmes autochtones », indique-t-on.

Quant à la prolongation, la ministre évalue toujours la demande déposée par les membres de la commission. La décision devrait être rendue d’ici la fin du mois d’avril. L’ENFFADA doit terminer ses travaux le 31 décembre 2017. Une extension lui permettrait de poursuivre jusqu’en 2020.