L'intelligence artificielle finira par s’imposer

 Le spécialiste en intelligence artificielle Jothi Periasamy est de passage à Montréal cette semaine en vue de la conférence qu’il présentera ce mardi dans le cadre de Datavore.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir  Le spécialiste en intelligence artificielle Jothi Periasamy est de passage à Montréal cette semaine en vue de la conférence qu’il présentera ce mardi dans le cadre de Datavore.

L’accident impliquant une voiture autonome d’Uber qui a coûté la vie à une piétonne lundi aux États-Unis ne devrait pas nous inciter à mettre un frein au développement de l’intelligence artificielle (IA) dans ce secteur, estime un expert américain.

La collision mortelle survenue dans la ville de Tembe, en Arizona, a eu lieu alors que le véhicule roulait en mode autonome, avec un opérateur derrière le volant. La victime a traversé la rue en dehors d’un passage piétonnier, a indiqué Uber.

Cet accident est fâcheux, affirme Jothi Periasamy, le scientifique en chef des données chez Experfy, mais il est sans doute attribuable au fait que le système guidant la voiture autonome n’a pas réagi adéquatement à un imprévu.

« Il peut survenir des situations où le modèle ne comprend pas les circonstances. Je ne condamnerais pas le système simplement parce qu’un accident est survenu. Il faut déterminer les circonstances de l’accident et découvrir sa cause pour améliorer le modèle », soutient le spécialiste en intelligence artificielle au sein de la compagnie de consultation et de formation basée au Harvard Innovation Lab.

Uber, qui fait partie des nombreuses entreprises engagées dans une course internationale pour développer la voiture autonome, a annoncé lundi la suspension de son programme d’essai de voitures sans conducteur.

 


Expertise nécessaire

M. Periasamy, qui donne également des cours sur l’intelligence artificielle au prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT), est de passage à Montréal cette semaine en vue de la conférence qu’il présentera ce mardi dans le cadre de Datavore, un événement consacré à l’usage des données dans le monde des affaires.

En entrevue au Devoir, il reconnaît que l’intelligence artificielle n’en est qu’à ses premiers pas, dans le domaine des voitures autonomes comme ailleurs. À son avis, la lenteur du virage technologique de certaines entreprises qui sont alléchées par les possibilités de l’IA, mais qui hésitent à passer à l’action s’explique souvent par un manque d’expertise.

« Actuellement, le marché est effervescent. Tout le monde veut s’y mettre et les gens pensent qu’il suffit d’avoir un doctorat pour trouver des solutions aux problèmes, explique l’ancien consultant qui a notamment évolué chez EY et KPMG. Ces experts ne sont pas en mesure de voir où se situe la véritable valeur des entreprises et c’est pourquoi plusieurs compagnies ne parviennent pas à implanter des solutions à grande échelle. »

Cette pénurie d’expertise a d’ailleurs été mise en évidence dans le portrait 2017 publié en février par la firme québécoise de consultation en technologies de l’information NOVIPRO. Le rapport nous apprenait que seulement 23 % des entreprises québécoises comptent investir en intelligence artificielle au cours des deux prochaines années, plusieurs compagnies estimant qu’il est difficile de retenir ou d’attirer les talents requis.

Virage inévitable

Jothi Periasamy croit malgré tout que l’intelligence artificielle bouleversera le marché du travail et le quotidien de millions de gens d’ici les dix prochaines années. Les changements perceptibles au sein des entreprises, comme l’automatisation de certaines tâches et, par le fait même, la suppression de plusieurs postes, seront avant tout motivés par une logique d’affaires, prédit-il.

« Le facteur déterminant pour apporter n’importe quel type de changement dans une entreprise est d’accroître la productivité et de maximiser les revenus », fait remarquer l’Américain d’origine indienne.

« Les gouvernements devront adopter des mesures pour atténuer ces impacts, qui pourraient avoir des répercussions sévères sur la société », précise-t-il en évoquant par exemple l’instauration de planchers d’emplois ou l’accès à des formations adaptées aux nouveaux besoins du marché du travail.