Quatre mois de prison pour avoir menacé des féministes avec des photos de Marc Lépine

«Je pense que le juge a été troublé par le recours au symbole de Marc Lépine et Polytechnique», a réagi Sandrine Ricci. Un parc a été baptisé Parc du 6-décembre-1989 en hommage aux victimes de la tragédie survenue à Polytechnique.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Je pense que le juge a été troublé par le recours au symbole de Marc Lépine et Polytechnique», a réagi Sandrine Ricci. Un parc a été baptisé Parc du 6-décembre-1989 en hommage aux victimes de la tragédie survenue à Polytechnique.

Quatre mois de prison et trois ans de probation. C’est la sentence à laquelle a été condamné Alexandre Chebeir, accusé de harcèlement criminel pour avoir envoyé des photos de Marc Lépine à des groupes féministes. Le juge semble avoir voulu infliger une peine suffisamment dissuasive et la couronne s’est dite très satisfaite. Le maximum pour une telle accusation poursuivie par procédure sommaire est de six mois.

Sandrine Ricci, coordonnatrice du Réseau québécois des études féministes (RéQEF), a porté le dossier en son nom, mais elle partage ce qu’elle estime être une « excellente nouvelle » avec les femmes et les étudiantes de ce réseau. « Il y a un drame humain là-dessous, mais il y a un drame collectif qui est qu’il y a un problème de cyberharcèlement en ce qui a trait à ces commentaires haineux qui pullulent sur les réseaux sociaux, particulièrement envers les féministes, mais pas seulement elles », a dit Mme Ricci. « Il est plus que temps que l’appareil judiciaire nous donne des moyens de lutter contre ça et que les gens comprennent que ça a des impacts réels […] et que toutes les femmes qui subissent et vivent les commentaires sachent qu’il y a des recours. »

Dans son jugement, l’honorable Yves Paradis dit avoir voulu tenir compte de l’absence d’antécédents judiciaires du jeune homme de Gatineau, qui est âgé de 24 ans. La sentence comprend une probation de trois ans assortie de diverses conditions, notamment de ne pas s’approcher de Mme Ricci et de Coralie Labelle. Cette dernière avait également porté plainte contre Alexandre Chebeir après avoir reçu des menaces de même nature — comprenant des phrases comme « Nous te vengerons Ö Marc Lépine [sic] » — sur le groupe Facebook « Sans oui c’est non », dont elle était l’administratrice en octobre 2016, au moment des faits. En juillet de la même année, Mme Ricci s’était aperçue que le harceleur s’en était pris à la page Facebook du RéQEF en publiant 19 liens vers des photos de Marc Lépine et des #JeSuisMarc.

Haine envers les femmes

« Le Tribunal partage l’opinion de l’agente de probation à l’effet que M. Chebeir présente des risques de récidive. Un problème important persiste, qu’on le qualifie de haine envers les femmes ou de préjugés défavorables envers la gente féminine », lit-on dans le jugement. Ce dernier comprend également une interdiction pour l’accusé, qui a plaidé coupable, de posséder certains types d’armes (arbalète, explosifs, etc.) pour une période de dix ans et d’autres armes, prohibées ou à utilisation restreinte, à perpétuité.

Sandrine Ricci, chercheuse et chargée de cours à l’UQAM, se réjouit de constater que le juge semble avoir tenu compte de la gravité des gestes commis. « Je pense que le juge a été troublé par le recours au symbole de Marc Lépine et Polytechnique et il a manifestement bien entendu ce que les plaignantes ont eu à dire là-dessus. »

Toutefois, un doute persiste à son esprit. « Ce qui me préoccupe, c’est qu’il y a d’autres féministes visées par des propos du même ordre et que la plainte n’a pas pu suivre son cours et n’a pas été reçue par un procureur », a-t-elle dit. Elle fait notamment référence à des étudiantes s’occupant de la revue FéminÉtudes qui ont porté plainte pour avoir reçu d’une autre personne des messages haineux et des menaces comme « Allez tous vous faire shooter », plainte qui n’a pas été retenue. « Je n’arrive pas à m’expliquer ça », a-t-elle dit.