Un monde plus équitable… et en français!

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
L’Institut de la Francophonie pour le développement durable a soutenu le projet Adduction d’eau potable à Ambesisika, à Madagascar. Dorénavant, les villageois peuvent bénéficier d’eau potable grâce à la rétrofiltration biologique.
Photo: Institut de la Francophonie pour le développement durable L’Institut de la Francophonie pour le développement durable a soutenu le projet Adduction d’eau potable à Ambesisika, à Madagascar. Dorénavant, les villageois peuvent bénéficier d’eau potable grâce à la rétrofiltration biologique.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

C’est en 1988 qu’est né l’Institut de l’énergie des pays ayant en commun l’usage du français. Aujourd’hui renommé Institut de la Francophonie pour le développement durable, il a un rôle qui s’étend bien au-delà des questions énergétiques.

« La création même de l’Institut de la Francophonie pour le développement durable, l’IFDD, et toute son évolution ont été rythmées par l’ordre du jour international », lance d’emblée son directeur, Jean-Pierre Ndoutoum. D’abord, ce sont les crises pétrolières et leur impact dans les économies des différents pays qui ont présidé à la décision des chefs d’État et de gouvernement réunis au Sommet de la Francophonie de Québec en 1987 de créer l’Institut. Ils avaient constaté à quel point les pays en développement étaient complètement vulnérables aux crises pétrolières alors que les pays du Nord réagissaient de façon vigoureuse en mettant en place des politiques ou encore des agences de maîtrise de l’énergie. Et c’est Robert Bourassa, alors premier ministre du Québec, qui a voulu que ce premier organisme connu sous le nom d’Institut de l’énergie des pays ayant en commun l’usage du français voie le jour dans la ville de Québec.

Jean-Pierre Ndoutoum
À la suite de la conférence de Rio en 1992, « toute la Francophonie, et l’Institut en particulier, est sensibilisée à la question environnementale et au développement durable. Et c’est ainsi qu’après quelques années de réflexion, en 1996, la Francophonie décide que l’environnement fera dorénavant partie des missions de l’Institut », rappelle son directeur. Plus tard encore, après la rencontre Rio + 20 en 2012, l’Institut ne va plus se limiter à l’action sur l’énergie et l’environnement, mais va étendre cette dernière au développement durable. Et c’est en 2013 que l’organisme deviendra l’Institut de la Francophonie pour le développement durable.

Si l’intervention de l’Institut est multiforme et si sa cible initiale était les États et les gouvernements, « elle a commencé à évoluer et nous avons multiplié et diversifié les publics par nos actions », précise Jean-Pierre Ndoutoum. Au départ, il s’agissait d’accompagner les États dans l’élaboration de politiques énergétiques et parfois dans leur mise en oeuvre. « Au fil du temps, on s’est rendu compte qu’il fallait aller au-delà du public constitué des fonctionnaires des administrations, et nous avons commencé à associer tous ceux qui sont partie prenante de la décision », ajoute-t-il. Et notamment, cela s’est traduit par des interventions auprès des banques de développement et des ministères autres que le seul ministère de l’Énergie et de l’Environnement. L’action s’est ensuite étendue à la société civile, qui occupe maintenant un pan important de l’activité de l’Institut.

Piliers

Ces actions s’articulent autour de quatre grands piliers qui sont le renforcement des capacités, la mise à disposition et le partage de l’information, la mobilisation de l’expertise francophone et, finalement, la réalisation de projets.

Lionelle Ngo-Samnick

« Nous renforçons les capacités humaines et techniques des agents avec lesquels nous travaillons et leur capacité institutionnelle », précise le directeur. En fait, l’IFDD permet aux universités ainsi qu’aux grandes écoles d’offrir des programmes qui correspondent aux thèmes et questions chers à l’Institut.

« En matière d’énergie, avec une école de Ouagadougou, au Burkina Faso, nous avons mené une formation en efficacité énergétique », explique le directeur. L’IFDD s’est ici impliqué pour que les étudiants soient formés à cette discipline, et le second objectif est que les bâtiments de l’école deviennent des exemples en la matière. « On a accompagné l’école pendant quelques années et, aujourd’hui, la formation se donne toujours, mais sans nous… Mission accomplie ! » lance fièrement le directeur.

Un projet similaire a vu le jour, cette fois avec une école d’architecture de Lomé, au Togo. « Avec l’idée d’amener les architectes à concevoir des bâtiments qui sont dès le départ adapté au climat local, nous avons inséré un module de formation à l’école sur des notions de constructions durables et écoénergétiques, et ce, dès la conception du bâtiment », explique Jean-Pierre Ndoutoum. Cette formation, l’Institut l’accompagne encore, mais d’ici quelques années, l’école pourra l’assumer elle-même.

Outils d’informations

Lionelle Ngo-Samnick est la spécialiste du programme en environnement de l’IFDD et, quand elle parle de mise à disposition de l’information, elle insiste sur le fait que c’est à l’aide de trois principaux outils que l’Institut y parvient.

Il y a d’abord la plateforme d’information Médiaterre, mise en place en 2003. « C’est une plateforme participative dans laquelle les animateurs proviennent d’un peu partout dans l’espace francophone. On y accède grâce à un portail par région ou par thème », explique-t-elle. Ce qui permet à une communauté de contributeurs de diffuser une information actualisée sur l’environnement. Cette plateforme est née du constat qu’il y avait peu d’information sur l’environnement diffusée en langue française à l’époque de sa création. Aujourd’hui, ce sont près de 11 000 membres qui contribuent à la plateforme en publiant plus d’un million de dépêches par an. « C’est véritablement un outil concret de diffusion de l’information, où l’Institut constitue une plaque tournante pour tous les contributeurs, et ce sont les acteurs francophones des organismes, des associations et les universitaires qui apportent la matière », précise Lionelle Ngo-Samnick.

Les publications de l’Institut sont un formidable vecteur d’information. On trouve une revue trimestrielle dont chaque numéro traite d’un sujet d’actualité avec un parti pris pour l’environnement : catastrophes naturelles, migrations environnementales, emplois verts ou désertification. D’autres collections sont constituées d’articles de fond, de guides pratiques ou méthodologiques.

Le troisième outil de partage de l’information est la présence marquée de l’IFDD dans les grandes instances environnementales. Il y ouvre son pavillon à toute une série d’événements : « pour débattre, communiquer et partager sur les enjeux de l’environnement », raconte la spécialiste.

La mobilisation de l’expertise francophone et la mise en réseau de cette expertise sont un moyen pour l’IFDD de s’assurer que l’environnement est un incontournable dans toutes les sphères de l’activité humaine. Par exemple, le projet sur l’évaluation de l’effectivité du droit de l’environnement dans les systèmes judiciaires des pays francophones fait appel aux connaissances de la professeure de droit de l’environnement Sophie Lavallée, de l’Université Laval.

« C’est un programme qui est en train de muter pour s’adapter aux enjeux émergents de l’environnement. On part du principe qu’on veut préserver l’environnement, mais pour le faire, il faut se doter d’outils. L’Institut en a ciblé un certain nombre et, parmi ceux-ci, il y a le droit de l’environnement », précise Lionelle Ngo-Samnick.

Un droit récent

Le droit de l’environnement est très jeune, parmi les plus récents. Dans sa courte vie, il a déjà beaucoup évolué sur la scène internationale avec des réglementations signées, comme la plus emblématique, celle de COP21 à Paris. « Malheureusement, cela ne se transpose pas toujours dans les législations nationales, surtout celles des pays du Sud et de l’Afrique francophone », déplore Lionelle Ngo-Samnick. Les universitaires qui se sont penchés sur cette question ont vite constaté le manque d’indicateurs pour mesurer la santé environnementale d’un État.

Un deuxième volet de ce programme permet de soutenir la formation des magistrats. « Pour pouvoir s’assurer de l’application du droit sur l’environnement, il faut que les magistrats soient formés. On ne peut pas demander à un juge de se pencher sur des questions environnementales s’il n’est pas au courant des lois ! » affirme Mme Ngo-Samnick. Actuellement, l’IFDD aide les écoles de magistrature à intégrer l’enseignement du droit de l’environnement dans leur cursus. Des manuels de formation ont été élaborés et l’Institut participe à la formation de formateurs. « Nous faisons le même exercice avec les ENAP en nous appuyant sur l’ENAP de Québec. Le but est d’introduire dans les formations des futurs administrateurs les notions de développement durable », ajoute Jean-Pierre Ndoutoum.

Finalement, un autre mandat de l’IFDD est de mettre en place des projets sur le terrain. Au départ, ces actions avaient vocation de démonstration. « Il s’agissait de faire connaître aux pays ou aux décideurs tel type de méthodologie ou de technologie bénéfique à leur pays », explique le directeur. Ces actions de démonstration ont un certain impact, mais malheureusement, leur mise en place est souvent limitée par la capacité financière de l’Institut.

Aujourd’hui, un programme d’envergure est en voie de réalisation dans les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, l’UEMOA, qui regroupe huit pays et qui est entièrement financé par l’Union à hauteur de 4 millions d’euros. Ce programme consiste à établir l’étiquetage énergétique pour les appareils électroménagers qui vont entrer dans la région. La mise en place de cette étiquette permet de chasser progressivement les appareils les moins performants du marché « et d’empêcher que l’Afrique devienne la poubelle technologique du monde », déclare M. Ndoutoum.

« Le rôle de l’Institut dans l’espace francophone n’est pas seulement technique et il dépasse largement la simple langue française. Notre action vise l’équité citoyenne, qui permet un accès à l’information à tous », conclut Jean-Pierre Ndoutoum.