Les Maghrébins sous la loupe d’une chercheuse

Quelque 50 Maghrébins, presque à parité hommes-femmes, ont eu à répondre à un questionnaire permettant de dresser le portrait de leur réseau social et d’évaluer leur sentiment d’intégration.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Quelque 50 Maghrébins, presque à parité hommes-femmes, ont eu à répondre à un questionnaire permettant de dresser le portrait de leur réseau social et d’évaluer leur sentiment d’intégration.

Avoir plus d’amis québécois n’est pas garant d’une intégration réussie. Par contre, il semblerait que le contraire, avoir peu d’amis au sein de la société d’accueil, est signe de davantage de discrimination et d’une moins bonne intégration.

C’est ce que révèlent les résultats préliminaires d’une étude menée par Marina Doucerain, professeure au Département de psychologie de l’UQAM, qui s’est intéressée au rôle que joue le réseau social (famille, amis et autres relations interpersonnelles) chez les nouveaux arrivants d’origine maghrébine.

Dans cette recherche financée par le Fonds de recherche du Québec – Société et culture, quelque 50 Maghrébins, presque à parité hommes-femmes, ont eu à répondre à un questionnaire permettant de dresser le portrait de leur réseau social — qui sont les personnes de ce réseau, quelle langue parlent-ils, etc. — et d’évaluer leur sentiment d’intégration.

Mais avant toute chose, la chercheuse s’est penchée sur un facteur non pas psychologique, mais plutôt biologique qui jouerait un rôle certain dans l’intégration d’un immigrant : l’arythmie respiratoire sinusale, soit la variation de la fréquence cardiaque pendant un cycle de respiration.

Or, fait étonnant, la recherche en psychologie culturelle et sociale associe ce trait physiologique à une plus grande facilité à s’engager socialement, à détecter les émotions et… à s’intégrer à la société.

« C’est un trait physiologique qui nous aide à bien naviguer dans les interactions sociales », a indiqué Mme Doucerain, également directrice du Laboratoire Culture, Identité et Langue. Plus cette arythmie est prononcée et plus grande est la capacité d’adaptation à la « vie canadienne ». Une corrélation que la chercheuse a encore une fois confirmée dans ces récentes observations des Maghrébins.

« On réplique exactement ce qu’on avait trouvé en 2016 », dit-elle, parlant de travaux auxquels elle a collaboré et qui ont été publiés dans le Journal of Cross-Cultural Psychology. « Les gens qui ont une plus grande arythmie sont ceux qui se disaient plus intégrés à la société. »

Un réseau équilibré

Sur le plan social, la chercheuse observe qu’il n’y a pas de relation directe entre le grand nombre d’amis ou de collègues québécois que peut avoir un immigrant et son intégration. Mais lorsque ce dernier a peu d’amis du Québec ou que son réseau social est mal équilibré, il semble vivre davantage de discrimination.

Autre fait à souligner : les personnes qui viennent d’autres cultures, pas juste la maghrébine, ont un grand rôle à jouer, a remarqué Mme Doucerain. « C’est plus important que le nombre de Canadiens ou de Québécois qu’un immigrant a dans son groupe d’amis. » Au bout du compte, un réseau social équilibré semble être la clé pour se sentir bien et intégré là où on vit.

La chercheuse est en recrutement auprès de la communauté maghrébine de Montréal pour au moins doubler son échantillon. Elle souhaite notamment étudier les relations qu’ont les membres d’un réseau social entre eux, et l’importance de chacune de ces personnes, pour en observer l’impact sur l’intégration d’un immigrant.