Un budget à l’enseigne féministe

Les métiers traditionnellement occupés par des hommes sont aussi dans le collimateur d’Ottawa, qui prévoit une série d’incitatifs pour les femmes qui souhaiteraient rejoindre ces domaines.
Photo: iStock Les métiers traditionnellement occupés par des hommes sont aussi dans le collimateur d’Ottawa, qui prévoit une série d’incitatifs pour les femmes qui souhaiteraient rejoindre ces domaines.

Les aspirations féministes de Justin Trudeau auront visiblement guidé son troisième budget, tout au long duquel figure en filigrane le sort des femmes. Équité salariale au fédéral, congés parentaux bonifiés — et même créés pour les parlementaires —, aide aux entrepreneures et aux employées féminines de la construction. Aucun domaine n’a été oublié, pas même l’aide internationale ou encore les sports.

Les « femmes » sont citées pas moins de 679 fois dans le document de 420 pages. Symbole s’il en est un : le gouvernement Trudeau annonce notamment qu’il fera de Condition féminine un ministère à part entière. Un projet de loi viendra « renforcer et officialiser les rôles importants » de l’agence, qui relève présentement du ministère du Patrimoine.

Un changement plutôt cosmétique, puisqu’il ne comporterait aucun coût, selon le ministère des Finances.

Mesures financières

Les libéraux promettent toutefois une panoplie de mesures financières en vue d’accorder aux femmes une place plus importante dans toutes les sphères de la société canadienne.

Puisqu’il veut « donner l’exemple », plaide-t-il, le gouvernement légiférera cette année en matière d’équité salariale au sein de sa fonction publique et des entreprises qui relèvent de sa compétence — transports, banques, télécommunications. Quelque 1,2 million de salariés seraient touchés par le changement — 800 000 au secteur privé fédéral, 400 000 dans la fonction publique.

Les femmes gagnent en moyenne 88 ¢ pour chaque dollar de salaire horaire payé à un homme. Si le salaire médian des travailleurs canadiens est de 40 890 $, celui des travailleuses du pays se chiffre plutôt à 28 120 $. Les libéraux veulent ramener cet écart salarial à environ 94,1 ¢ sur le dollar dans l’administration publique, ou 90,7 ¢ sur le dollar dans le secteur privé fédéral.

Le chef néodémocrate Jagmeet Singh a salué l’intention, mais déploré que le budget n’ait proposé « aucun financement. C’est complètement inacceptable ».

Le bloquiste Xavier Barsalou-Duval a ajouté que le fédéral « est en retard de 20 ans ».

Équité salariale

Le secteur privé se verra forcé d’emboîter le pas à Ottawa lorsqu’il soumissionnera sur un contrat fédéral d’au moins un million de dollars, puisque les entreprises seront alors elles aussi soumises à la réglementation fédérale d’équité salariale.

« La directrice du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, a affirmé qu’une meilleure rémunération et de meilleures possibilités économiques pour les femmes étaient “une évidence du point de vue économique”. Notre gouvernement est d’accord », a fait valoir le ministre des Finances, Bill Morneau, en présentant son dernier budget aux Communes.

« Et nous continuerons donc de travailler fort, pour montrer au Canada et au reste du monde ce dont nous sommes capables. »

Non seulement le gouvernement veut-il que les femmes soient mieux payées, il désire en outre qu’elles puissent revenir au travail plus rapidement après une grossesse si elles le souhaitent : le congé parental de cinq semaines offert au Québec sera imité au fédéral pour les nouveaux parents du reste du pays à compter de l’été 2019.

Car si 80 % des nouveaux pères québécois se sont prévalus de prestations parentales, seuls 12 % prennent un congé parental dans le reste du Canada. Facture : 1,2 milliard sur cinq ans, puis 345 millions par année par la suite.

Le chef conservateur Andrew Scheer en a profité pour dire que son plan serait meilleur, puisqu’il promet quant à lui d’exempter d’impôt les prestations parentales s’il est élu dans un an et demi.

Les députées et sénatrices canadiennes ne sont pas en reste. Justin Trudeau promet de leur permettre de prendre des congés de maternité et parental.

Ceux-ci promettent en outre des services de garde aux parlementaires qui seront à l’avenir accessibles aussi pour les nourrissons (seuls les enfants de plus de 18 mois ont droit à une place à la garderie du Parlement).

Les règles parlementaires seront modifiées pour formaliser l’admission des bébés sur le parquet des Communes — ils sont quatre à se relayer en Chambre, ces jours-ci, lorsqu’ils sont dans les bras de leur parent député.

Secteur privé et aide internationale

Le gouvernement Trudeau prêtera par ailleurs main-forte aux entrepreneures, qui dirigent seulement une entreprise sur six aux pays.

Ottawa leur promet un soutien de 105 millions sur cinq ans distribué par le biais des agences de développement régionales.

Les métiers traditionnellement occupés par des hommes sont aussi dans le collimateur d’Ottawa, qui prévoit une série d’incitatifs pour les femmes qui souhaiteraient rejoindre ces domaines.

Un fonds pour attirer les femmes en construction sera créé (10 millions sur trois ans — à même les fonds existants). Une nouvelle subvention incitative aux apprentis leur sera offerte, d’une valeur de 3000 $ pour chacune de leurs deux premières années de formation dans des métiers spécialisés comme pâtissier, soudeur ou agronome (19,9 millions sur cinq ans).

À l’étranger, le budget d’aide internationale du Canada sera bonifié de deux milliards sur cinq ans pour financer la politique féministe de Justin Trudeau. Une enveloppe de 20 millions sur cinq ans devra en outre assurer l’accueil de 1000 femmes et jeunes filles réfugiées de plus au pays.

Collectes de données

Justin Trudeau saupoudre par ailleurs des millions pour diverses collectes de données sur la diversité.

Une série de pourparlers seront de surcroît organisés : un symposium sur les femmes et le milieu de travail au printemps 2019; une conversation nationale sur l’égalité des sexes avec les jeunes Canadiens; une stratégie nationale de mobilisation des hommes et des garçons qui fera la promotion de l’égalité des sexes.

Le budget 2018 est le premier à avoir été conçu par les libéraux en se basant sur une « analyse comparative entre les sexes » (ACS +), qui évalue les impacts de chaque politique pour les femmes, les hommes ou les autres identités de genre en évaluant aussi les facteurs socioculturels de chacun.

Afin d’obliger tout futur gouvernement à continuer d’en tenir compte, les libéraux comptent légiférer afin que l’utilisation de l’ACS + fasse partie intégrante du processus budgétaire fédéral.