Des femmes d’ici et d’ailleurs unissent leurs forces pour l’égalité hommes-femmes

Jean-François Venne Collaboration spéciale
Une productrice agricole nicaraguayenne, en pleine foire alimentaire, qui a participé au projet PROGA-Jeunes et qui a démarré sa propre entreprise de produits agroalimentaires issus de l’agriculture écologique.
Photo: Jacinthe Moffat Une productrice agricole nicaraguayenne, en pleine foire alimentaire, qui a participé au projet PROGA-Jeunes et qui a démarré sa propre entreprise de produits agroalimentaires issus de l’agriculture écologique.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

« Les femmes avec lesquelles nous collaborons dans ces pays n’ont pas attendu notre arrivée pour s’activer, elles sont déjà engagées dans des projets, explique Maude Champagne, conseillère en gestion de projet en environnement de SUCO. Nous les appuyons dans le renforcement de certaines capacités et la création de structures solides pour pérenniser leurs activités. »

Fondé en 1961, SUCO mène des projets de développement durable au Burkina Faso, en Haïti, au Honduras, au Mali, au Nicaragua, au Pérou et au Sénégal. C’est justement dans la région de Dakar que se trouvait Maude Champagne lors de l’entrevue avec Le Devoir. Elle y a effectué récemment un mandat en entrepreneuriat féminin agroenvironnemental auprès de Sénégalaises dans une ferme avicole. Il s’agissait de renforcer les capacités de gestion de projet des femmes et de les appuyer dans le développement d’activités de formation en entrepreneuriat.

Le projet a modifié certaines pratiques commerciales. Au départ, les femmes vendaient leurs poulets et leurs oeufs à des intermédiaires, et non directement sur les marchés. La création de comités de gestion et de commercialisation a mené à une révision de ces pratiques. Les femmes ont ciblé des commerces comme des boulangeries ou des restaurants, auxquelles elles vendent désormais directement. Elles gagnent plus d’argent bien sûr, mais l’exercice leur a aussi permis de développer des compétences transférables à d’autres domaines de leur vie, notamment des qualités de leadership.

« Ensemble, nous avons augmenté leur degré d’autonomie économique, se réjouit Maude Champagne. Elles sont aussi plus actives dans la gestion de la ferme et la commercialisation. »

Formation et animation

De son côté, c’est du Nicaragua que nous a parlé Marie-Hélène Lajoie, conseillère en égalité entre les femmes et les hommes chez SUCO. Elle y fait de l’appui institutionnel auprès de quatre organismes partenaires, comme des coopératives financières et agricoles. « Je viens en soutien à leur travail pour mieux intégrer l’égalité entre les femmes et les hommes dans leurs projets, explique la coopérante. Il s’agit notamment de faire de la formation auprès des employés et des responsables des organismes, et d’élaborer des politiques organisationnelles et des plans d’action d’égalité hommes-femmes. »

Parfois des liens plus étroits se forment avec des femmes qui partagent ces préoccupations. Cela génère d’intéressantes collaborations. Marie-Hélène Lajoie donne en exemple une travailleuse d’une organisation nicaraguayenne d’agriculture et de développement rural, désireuse de maximiser le développement de ses compétences sur les questions d’égalités entre les femmes et les hommes.

« Nous avons travaillé ensemble à développer ses capacités d’animation de groupe, raconte-t-elle. Elle a ensuite développé une grande activité de sensibilisation dans une communauté rurale assez isolée et éloignée, dans le cadre de la Journée internationale de la femme rurale, qui a rassemblé plus d’une centaine de femmes. »

Les femmes présentes ont été sensibilisées aux questions d’égalité hommes-femmes, mais aussi à l’importance de s’engager dans la gestion communautaire des ressources naturelles et surtout de l’eau.

Accompagner des battantes

Ces mandats illustrent bien le rôle des coopérants et coopérantes volontaire de SUCO. « Nous prônons une approche d’accompagnement et de proximité, rappelle Éléonore Durocher-Bergeron, agente de programme, volontariat. Nos volontaires accompagnent des organisations de la société civile dans l’analyse de besoins, la formation de groupe ou encore la création d’outils, mais toujours dans une optique de pérennité. Il faut que l’organisme s’approprie ce qui a été développé et puisse continuer de l’utiliser quand nous serons partis. »

SUCO compte présentement 56 % de femmes parmi ses volontaires sur le terrain et 83 % de femmes dans son programme de stages internationaux pour les jeunes de moins de 30 ans. La question de l’égalité entre les hommes et les femmes traverse toutes ses activités. Cela se traduit notamment par la mise sur pied de structures de gouvernance et de politiques institutionnelles.

Éléonore Durocher-Bergeron donne l’exemple de PROGA-Jeunes, au Nicaragua. Cet ambitieux programme vise la formation technique en agroécologie d’environ 2000 jeunes producteurs et productrices agricoles. Dès le départ, un comité sur l’égalité hommes-femmes a été mis en place. Il a permis de discuter de différents concepts et de renforcer les capacités des équipes de travail par rapport à la sensibilisation. L’équipe locale du projet était paritaire. Près de la moitié (45 %) des jeunes formés étaient des femmes. Une proportion similaire (43 %) ont reçu des infrastructures.

« C’est tellement stimulant de travailler avec les femmes dans ces pays, témoigne Maude Champagne. Ce sont des battantes, très engagées. Leurs efforts ne visent pas qu’à améliorer leur propre sort, mais celui de tout leur village. »

Des femmes d’ici et d’ailleurs unissent leurs forces