Comment en finir avec la division sexuelle des responsabilités parentales

Martine Letarte Collaboration spéciale
«Rien ne me fait plus rager qu’un conjoint qui dit qu’il aide à la maison. Il n’aide pas sa conjointe, il fait ce qu’il a à faire!» affirme l’auteure, journaliste et conférencière Marilyse Hamelin.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir «Rien ne me fait plus rager qu’un conjoint qui dit qu’il aide à la maison. Il n’aide pas sa conjointe, il fait ce qu’il a à faire!» affirme l’auteure, journaliste et conférencière Marilyse Hamelin.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

En publiant l’été dernier l’essai Maternité, la face cachée du sexisme. Plaidoyer pour l’égalité parentale, l’auteure, journaliste indépendante et conférencière Marilyse Hamelin lançait tout un pavé dans la mare. Il reste finalement encore beaucoup de chemin à faire au Québec en matière d’égalité des sexes d’après son analyse, particulièrement lorsqu’il est question de parentalité. Alors qu’elle multiplie les conférences sur le sujet, la féministe affirme même que la conciliation travail-famille est un « concept sexiste » actuellement et qu’il est grand temps de passer à l’action pour rééquilibrer les responsabilités familiales qui incombent encore trop aux femmes.

« Les mesures de conciliation travail-famille sont pensées pour les femmes, offertes aux femmes et prises par les femmes », affirme d’emblée Marilyse Hamelin.

Pensez-y. Rarement voit-on un homme envisager de travailler à temps partiel pour être moins essoufflé avec les trois enfants en bas âge à la maison. Ou une femme ne pas prendre de congé parental parce que ce serait mal vu par son employeur.

« Ce n’est pas naturel que les femmes se surinvestissent dans la sphère familiale, c’est dû à l’organisation de la société et à l’éducation des filles », affirme-t-elle.

Elle donne l’exemple des poupées qu’on achète aux fillettes. Au cours de gardienne avertie qu’on les encourage à suivre. Puis on trouve une abondante littérature sur la maternité et non sur la parentalité. Les services de garde et les écoles considèrent la mère comme le parent principal.

« Tout est en place pour faire comprendre aux femmes que le soin des enfants et la gestion du bien-être familial — avec la fameuse charge mentale qui vient avec — leur reviennent d’abord », explique Marilyse Hamelin.

Des conséquences multiples

Ce surinvestissement de la femme dans les responsabilités familiales n’est pas sans conséquence. Marilyse Hamelin souligne les pertes de responsabilités et, même, les postes abolis pendant le « congé de maternité ».

« D’ailleurs, on appelle encore congé de maternité ce qui est en fait le congé parental parce que ce sont encore beaucoup les femmes qui le prennent, précise-t-elle. Seulement 35 % des nouveaux pères prennent au moins une petite partie du congé parental. »

Elle voit aussi dans les milieux de travail des femmes qui se font refuser à répétition des promotions à leur retour, ou les refuser elles-mêmes parce que ce serait trop difficile de concilier le travail et la famille.

Les femmes sont encore aussi largement absentes des lieux décisionnels.

« Aux dernières élections fédérales, les femmes ont remporté à peine le quart des sièges et c’est un record au Parlement canadien, s’exclame-t-elle. Au Québec, 70 % des députés sont des hommes et il y a seulement 20 % de mairesses. Si les femmes en avaient moins sur les épaules à la maison, elles auraient plus de temps pour s’investir dans la sphère décisionnelle. » 

Plusieurs femmes toutefois ne perçoivent pas cette inégalité et ne ressentent pas de révolte. « C’est parce que la culture de la mère par défaut est vraiment quelque chose d’intégré par les femmes qui ont été préparées toute leur vie à y consentir », affirme la féministe.

Changer les choses

Il est donc temps, d’après Marilyse Hamelin, d’adopter des mesures concrètes pour renverser la « division sexuelle des responsabilités parentales ». Il n’est pas question d’abolir les mesures de conciliation travail-famille bien sûr, mais de travailler à changer les mentalités pour que les hommes se sentent plus concernés.

« Rien ne me fait plus rager qu’un conjoint qui dit qu’il aide à la maison, affirme-t-elle. Il n’aide pas sa conjointe, il fait ce qu’il a à faire ! Ou un père qui dit qu’il garde ses propres enfants… il n’est pas un gardien, mais un père qui s’occupe de ses enfants ! »

À ses yeux, tout commence par revoir les congés parentaux en allongeant le congé réservé au père. Et ce, même si le Québec est une figure de proue en Amérique du Nord en ce qui a trait au congé de paternité de cinq semaines qui ne peut être transféré à la mère.

D’ailleurs, la semaine dernière lors d’un voyage en Inde, le premier ministre du Canada Justin Trudeau a évoqué la possibilité de créer un congé de paternité pour tout le pays en s’inspirant du modèle québécois afin de réduire la perception que c’est la femme qui doit prendre soin du bébé.

« Il faut valoriser davantage la paternité, affirme Marilyse Hamelin. C’est lors du congé parental que les habitudes se prennent et que les compétences parentales se développent. Allonger le congé réservé au père serait le meilleur moyen d’arriver à une réelle coparentalité, qui viendrait assurer une meilleure égalité entre les sexes pour les générations futures. »