L’égalité entre les sexes dès la cour d’école

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Louise Cordeau, présidente du Conseil du statut de la femme, rappelle que le Forum économique mondial prévoit que ce n’est qu’en 2234 que l’on atteindra l’équité entre les hommes et les femmes.
Photo: Conseil du statut de la femme Louise Cordeau, présidente du Conseil du statut de la femme, rappelle que le Forum économique mondial prévoit que ce n’est qu’en 2234 que l’on atteindra l’équité entre les hommes et les femmes.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

À la tête du Conseil du statut de la femme depuis un peu plus d’un an, Louise Cordeau a dû faire face à une actualité chargée en matière de lutte contre les discriminations et les violences faites aux femmes.

« Quand le mouvement #MoiAussi s’est mis en branle au Québec, au Conseil du statut de la femme, nous n’avons pas été surpris, indique sa nouvelle présidente. C’est une triste réalité, et il a fallu beaucoup de courage à toutes ces femmes pour dénoncer. Nous sommes convaincus qu’en tant que société, c’est important la dénonciation. Mais c’est surtout important maintenant d’être dans l’action. »

Être dans l’action, selon elle, cela signifie réévaluer toutes les politiques publiques ainsi que le fonctionnement des entreprises afin de faire des gestes concrets amenant à refuser cette violence et à refuser également la complicité vis-à-vis d’elle.

Sur ce sujet, le Conseil est encore en phase de réflexion. Il a regroupé différents organismes pour réfléchir aux mesures qui devraient être mises en place. Des campagnes massives de sensibilisation sont à venir. Il a également développé des outils pour rejoindre davantage de gens, notamment les plus jeunes, et les sensibiliser au problème. La gestion des relations de pouvoir est dans sa ligne de mire et une capsule sur la culture du viol a été diffusée sur les médias sociaux.

« Et puis, bien sûr, il y a tout l’aspect éducation, ajoute Mme Cordeau. Au Conseil, nous recommandons la mise en place d’un cours obligatoire en éducation à l’égalité et à la sexualité dans les écoles québécoises du début du primaire jusqu’à la fin du secondaire. Il s’agit de fournir des outils différents aux petites filles et aux petits garçons afin de défaire les stéréotypes. »

L’équité en 2234

Cette recommandation figure dans les deux mémoires déposés par le Conseil ces derniers mois. Le premier en novembre, interprète le projet de loi 151 visant à prévenir et combattre les violences à caractère sexuel dans les établissements d’enseignement supérieur. Le deuxième, le mois suivant, a été remis à l’occasion des consultations de la Commission des relations avec les citoyens et porte sur la place des femmes en politique.

Louise Cordeau souligne qu’il y a eu des avancées sur ce terrain, notamment lors de la dernière campagne pour les municipales, qui a vu l’élection de quinze mairesses supplémentaires. Mais elle rappelle aussi que seulement 34,7 % des conseils municipaux atteignent la parité, ce qui est loin d’être satisfaisant.

« C’est la preuve qu’il y a encore beaucoup de travail à faire, lâche-t-elle. Il n’y a qu’à regarder l’écart salarial qui perdure. En outre, 53 % des diplômés universitaires sont des femmes, mais elles ne représentent pourtant que 25 % des vice-présidents et 15 % des p.-d.g. Rappelons que le Forum économique mondial prévoit que ce n’est qu’en 2234 que l’on atteindra l’équité entre les hommes et les femmes. J’ai beaucoup de travail pendant mon mandat ! »

Un mandat qui a commencé sur une polémique, Mme Cordeau ayant évoqué la possibilité de changer le nom de l’organisme pour que les hommes se sentent eux aussi concernés par cette problématique de l’égalité entre les sexes. Elle affirmait également que l’égalité était « presque acquise » au niveau du droit et qu’il fallait surtout s’attaquer à l’égalité de fait.

Immigrantes, agricultrices et proches aidantes

Plusieurs organismes, dont la Fédération des femmes du Québec, avaient fortement réagi. La ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre, ex-ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, s’était quant à elle dite « choquée » par cette affirmation.

Louise Cordeau admet avoir été en apprentissage durant cette première année. La présidente vient du milieu des affaires. Avocate de formation et membre du Barreau du Québec, elle a été éditrice au Journal de Québec après avoir occupé des fonctions de gestionnaire à Radio-Canada.

« J’ai dû m’approprier tout le bagage qui existe au sein du Conseil du statut de la femme, indique-t-elle. Les avis, les recommandations. Et puis, l’actualité nous a rattrapés et nous avons dû intervenir rapidement sur plusieurs sujets. »

Nous recommandons la mise en place d’un cours obligatoire en éducation à l’égalité et à la sexualité dans les écoles québécoises du début du primaire jusqu’à la fin du secondaire

Au cours des prochains mois, le Conseil travaillera à peaufiner le plan stratégique 2018-2021, qui sera déposé dans quelques semaines par la ministre de la Condition féminine, Hélène David. Il compte également plancher sur les défis auxquels font face les femmes immigrantes, les agricultrices, les proches aidantes, notamment. S’attaquer au cybersexisme fait aussi partie de ses priorités.

« Et bien sûr tout le dossier de la conciliation travail-famille-études, conclut-elle. Parce que beaucoup de dossiers liés à la condition des femmes tournent invariablement autour de cet enjeu. »