La FTQ veut poser des gestes concrets pour protéger les femmes

Martine Letarte Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Après la vague de dénonciations de cas de violences sexuelles portées par le mot-clic #MoiAussi, la Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec (FTQ) se prépare à célébrer la Journée internationale des femmes jeudi sur le thème « Féministes tant qu’il le faudra ! ». Pour l’occasion, la centrale syndicale appuie la série de revendications du Collectif 8 mars, dont celle d’éliminer toute forme de violence envers les femmes. Et cela se traduit par des gestes concrets dans les milieux de travail. Entrevue avec Joëlle Ravary, vice-présidente représentant les femmes à la FTQ.

« Il y a encore du travail à faire pour éliminer toutes les formes de violence envers les femmes, y compris dans les milieux de travail », affirme Joëlle Ravary.

Les dispositions sur le harcèlement psychologique de la Loi sur les normes du travail — qui inclut le harcèlement sexuel — sont entrées en vigueur en 2004. « Or, les violences dans les milieux de travail sont encore trop souvent banalisées, voire ignorées, affirme Joëlle Ravary. Il faut vraiment que ce soit tolérance zéro. On doit sensibiliser beaucoup les hommes aussi, nos collègues, nos maris, nos frères, nos amis, pour qu’ils dénoncent les comportements inacceptables, les jokes plates et les commentaires déplacés. Je crois que ça aura des impacts réels dans les milieux de travail. »

Congés payés pour les victimes de violence conjugale

La FTQ agit aussi concrètement contre la violence conjugale, dont la très grande majorité des victimes sont des femmes. En réponse à une résolution adoptée à son dernier congrès, elle encourage maintenant ses syndicats affiliés à négocier lors du renouvellement de leur convention collective des congés payés pour les victimes de violence conjugale.

« La violence conjugale a des répercussions sur les milieux de travail, notamment parce que les victimes doivent souvent s’absenter, explique Joëlle Ravary. Il y a une prise de conscience à faire, et il est temps de passer à l’action. »

La FTQ a d’ailleurs fourni des exemples de clause de convention collective pour aider ses syndicats affiliés dans leurs négociations. « On commence à voir des résultats », affirme la vice-présidente représentant les femmes à la FTQ.

La FTQ demande aussi au gouvernement du Québec d’inclure dans la Loi sur les normes du travail des congés pour les victimes de violence conjugale et des protections contre des mesures disciplinaires. Les provinces du Manitoba et de l’Ontario sont déjà allées de l’avant dans le domaine, alors que la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick y travaillent.

Salaire minimum à 15 $

Pour la FTQ, la Journée internationale des femmes inclut inévitablement la revendication de hausser le salaire minimum à 15 $ l’heure. Près de 60 % des personnes qui travaillent au salaire minimum sont des femmes. Et ce ne sont pas que des étudiants à temps partiel : 48 % ne sont pas des étudiants et les deux tiers travaillent à temps plein.

« La hausse de 75 ¢ qui entrera en vigueur le 1er mai n’est pas une hausse négligeable, mais cela ne permettra pas aux femmes de vivre décemment, affirme Joëlle Ravary. Nous réclamons un salaire minimum à 15 $ l’heure afin de favoriser l’autonomie économique des femmes. »

Le Manitoba haussera son salaire minimum à 15 $ l’heure en octobre et l’Ontario, en janvier 2019.

Loi-cadre sur la conciliation travail-famille-études

Alors que les mesures de conciliation travail-famille-études sont très variables d’un milieu à un autre, voire inexistantes dans certaines entreprises, la FTQ demande au gouvernement d’adopter une loi-cadre dans le domaine.

« Les employeurs doivent s’engager dans une démarche avec les salariés afin de cerner l’ensemble des besoins réels en matière de conciliation travail-famille-études ainsi que les mesures collectives à mettre en place pour y répondre, affirme Joëlle Ravary. Il faut éviter les mesures à la pièce. »

Alors que les femmes continuent d’assumer la majeure partie des tâches domestiques et des soins aux proches, la FTQ considère que la présence de mesures de conciliation travail-famille-études est une condition essentielle au droit des femmes à l’égalité. « L’État doit envoyer le message clair aux employeurs qu’ils ont le devoir d’agir en matière de conciliation travail-famille-études », affirme Joëlle Ravary.