La CSN croit et s’implique pour l'analyse différenciée selon les sexes

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
L’analyse différenciée selon les sexes se manifeste de différentes manières dans la réalité. Par exemple, l’arrivée des femmes dans la police a engendré une modification du plastron, la pièce qui recouvre la poitrine, car il n’était pas adapté à leur morphologie.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir L’analyse différenciée selon les sexes se manifeste de différentes manières dans la réalité. Par exemple, l’arrivée des femmes dans la police a engendré une modification du plastron, la pièce qui recouvre la poitrine, car il n’était pas adapté à leur morphologie.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Adapter le travail aux besoins des femmes et aider les femmes qui oeuvrent dans des métiers non traditionnels. Tels sont deux des mesures découlant de l’Analyse différenciée selon les sexes (ADS), un moyen de parvenir à une plus grande égalité entre hommes et femmes dont la CSN fait la promotion.

Sur le thème « Féministes tant qu’il le faudra ! », la Journée internationale des femmes donne la mesure du travail à accomplir pour atteindre l’égalité entre hommes et femmes. L’ADS est un des moyens privilégiés pour y parvenir. Depuis la fin 1990, le gouvernement en reconnaît l’importance, et la Confédération des syndicats nationaux (CSN) souhaite le talonner pour qu’il adopte des mesures favorisant sa mise en oeuvre dans le monde du travail.

Mais d’abord, qu’est-ce que l’ADS ? Cela consiste à analyser au niveau local, régional et national ce qui peut être fait pour réduire les inégalités entre hommes et femmes. Dans certaines situations, cela peut se traduire par l’adoption de mesures différentes (de là le terme « différencié » dans l’expression) aux femmes et aux hommes. Véronique De Sève, 3e vice-présidente à la CSN et responsable de la condition féminine, y croit fermement. Elle explique comment cela se reflète dans la réalité en donnant l’exemple de l’arrivée des femmes dans la police. « Lors de leur arrivée, rapidement elles ont constaté que le plastron [pièce qui recouvre la poitrine] n’était pas adapté à leur morphologie, relate-t-elle. Il leur donnait mal au dos. Il a donc fallu en revoir la conception. Et, par la même occasion, cette révision a aussi permis de mieux répondre aux besoins des hommes, dont plusieurs se plaignaient de maux de dos. »

Des plans d’action, puis…

L’ADS peut donc, dans certaines situations, profiter aux femmes autant qu’aux hommes. « Mais, dans la réalité, les inégalités sont plus grandes du côté des femmes », précise Mme De Sève. Le gouvernement du Québec a donc adopté en 1997 un premier plan d’action d’ADS. Échelonné jusqu’en 2004, il a permis la réalisation de neuf projets-pilotes dans sept ministères. Un rapport sur ces projets-pilotes, publié en 2005, concluait au succès de l’approche et recommandait de l’inclure dans les méthodes de gestion.

Quelques années plus tard, un deuxième plan d’action était adopté et s’échelonnait de 2011 à 2015. Le gouvernement proposait la mise en oeuvre de 35 mesures dans différents ministères (ex. : MAPAQ, ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport) et des organisations comme la CNESST. Mme De Sève déplore qu’aucun bilan n’ait été produit, à la suite de ce plan, pour mesurer l’efficacité des mesures. Qui plus est, « le gouvernement a lancé, en juin 2017, une stratégie pour l’égalité entre les femmes et les hommes qui ne contient que des voeux pieux, dit-elle. Cela fait plus de 20 ans que l’on parle d’ADS. La CSN et le mouvement féministe s’attendent donc à ce que l’on mette en oeuvre des mesures concrètes. »

 

La CSN donne l’exemple

Pour montrer qu’elle prend au sérieux le concept, la CSN a entrepris l’application de l’ADS dans ses instances. Elle a publié, en 2017, un dépliant destiné à ses syndicats et à ses organisations. On y explique ce qu’est l’ADS et comment la mettre en oeuvre en donnant des exemples. « Nous voulons vulgariser le concept, de façon à ce qu’il devienne une pratique courante dans nos instances, affirme Véronique De Sève. Cela a l’air d’une bibitte complexe, mais ce ne l’est pas. »

Dans le document, on donne l’exemple d’un piquet de grève. On y mentionne l’importance de bien organiser les horaires afin de tenir compte des contraintes des mères célibataires qui doivent conduire leur enfant au service de garde le matin et aller le chercher ensuite en fin de journée.

Prendre au sérieux l’ADS

En entreprenant l’application de l’ADS dans les instances de la CSN, Mme De Sève souhaite démontrer que son organisation a saisi l’importance de ce concept. Elle aimerait qu’il en soit ainsi pour le gouvernement. « Pour cela, il doit commencer par la base en compilant des données sexuées, dit-elle. Par exemple, savoir dans un corps de métier, par exemple en menuiserie, combien il y a d’hommes et de femmes. Ce genre de données manque beaucoup. »

Selon Mme De Sève, ces données auraient permis au gouvernement de réaliser que ses mesures d’austérité, mise en branle durant son mandat, avaient touché plus de femmes que d’hommes. Car les femmes sont très nombreuses à travailler dans le secteur public. Elle aimerait aussi que le gouvernement évalue dans chacun de ses budgets de quelle façon les mesures proposées touchent les femmes.