«Féministes tant qu’il le faudra!»

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
La période d’austérité qui a sévi au Québec durant les dernières années a fait perdre à plusieurs cette envie de croire en la capacité de notre société à aller de l’avant dans un projet inclusif.
Photomontage: Le Devoir La période d’austérité qui a sévi au Québec durant les dernières années a fait perdre à plusieurs cette envie de croire en la capacité de notre société à aller de l’avant dans un projet inclusif.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Pour la Journée internationale des femmes de cette année, le Collectif 8 mars a retenu un thème porteur, qui rappelle que les barrières dressées devant les femmes se perpétuent : « Féministes tant qu’il le faudra ! ». La formule est parlante puisque les épinglettes et les affiches se sont rapidement envolées. « Le féminisme est attaqué de plusieurs façons. Rappeler qu’il faut demeurer féministes tant qu’il le faudra était donc important pour nous », déclare Gabrielle Bouchard, présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) et porte-parole du Collectif 8 mars.

La période d’austérité qui a sévi au Québec durant les dernières années a fait perdre à plusieurs cette envie de croire en la capacité de notre société à aller de l’avant dans un projet inclusif. Les premières à souffrir encore une fois ont été les femmes et, aujourd’hui, les conséquences se font toujours sentir : « la féminisation de la pauvreté continue et les femmes sont encore celles qui vivent l’impact des emplois à bas salaire », rappelle la présidente. Elle ajoute que cette période a été très difficile pour les organismes communautaires et de défense des droits, qui ont vu leur financement diminuer. « Les organismes qui n’ont pas subi de coupes importantes ont connu des gels, ce qui, dans les faits, correspond à des pertes. »

Des revendications comme des priorités

En cette année électorale, Gabrielle Bouchard en est convaincue : « On va nous promettre toute sorte de choses ! Mais on a un devoir de réserve sur ce qu’on nous dit et on devra plutôt se fier à l’historique des actions au lieu de promesses d’un avenir meilleur. » Quand on voit ce qui se passe actuellement dans le système de santé, il y a lieu de se questionner : « Avec des médecins qui reçoivent des montants astronomiques basés sur n’importe quoi pendant que des infirmières peinent à simplement accéder à une vie familiale à cause de leurs conditions de travail, c’est symptomatique ! »

Ce n’est pas pour rien que le Collectif 8 mars met en avant des revendications comme autant de pistes de réflexion basées sur quatre piliers, soit la pauvreté et l’autonomie économique des femmes, la violence envers les femmes, le racisme et la discrimination et, finalement, les services publics, les programmes sociaux et le rôle de l’État.

Au sujet de la lutte contre la pauvreté, le Collectif 8 mars propose la mise en place d’une loi-cadre en matière de conciliation famille-travail-études dans une perspective d’égalité : « Une telle loi pourrait amener la société, y compris le gouvernement, à voir dans ce besoin de conciliation que nous sommes plus que des unités de travail, de production ou de profit », déclare Gabrielle Bouchard, tout en déplorant qu’à l’heure actuelle « on n’en est même pas à reconnaître qu’il y a un besoin ».

Indissociable de cette loi-cadre, est la nécessité d’un financement adéquat et récurrent des groupes de femmes et de défense des droits : « Aujourd’hui, on nous met dans la position d’agentes de l’État parce qu’on effectue son travail et, en plus, on ne nous finance plus pour le faire ! »

Là où Gabrielle Bouchard sent une avancée possible, c’est dans le dossier de la violence faite aux femmes, où le Collectif 8 mars préconise un système de justice adéquat pour les victimes d’agression sexuelle : « Avec le mouvement #MeToo, on a pris acte du fait qu’on devait faire quelque chose et que le système était inadéquat. Par contre, on reste encore dans un système de justice qui n’a pas changé », affirme-t-elle. Un système de justice adéquat, selon le Collectif 8 mars, devrait éviter la victimisation et les stéréotypes, et augmenter l’accès audit système, et ça va commencer par un système dans lequel on croit les victimes, « et on est encore très loin de ça », ajoute Gabrielle Bouchard.

Difficile de parler de violence faite aux femmes et de système de justice sans aborder le sujet du racisme et de la discrimination, quand on sait que les femmes autochtones subissent plus souvent qu’à leur tour la brutalité policière, l’agression sexuelle, la discrimination systémique et la violence : « C’est important de comprendre qu’on a créé des systèmes qui ont fait des femmes autochtones des citoyennes de troisième classe », lance la présidente, pour qui la recherche de solutions durables et pérennes débute avec l’expérience et le vécu des femmes autochtones.

Gabrielle Bouchard est consciente de l’énorme travail qui reste à accomplir auprès des gouvernements qui ont des rôles importants à jouer dans l’orientation des débats de société : « Si le gouvernement est d’accord pour aller vers une compréhension des erreurs du passé, des structures de stéréotypes, ce sera plus facile pour tout le monde de marcher dans le même sentier. Mais je ne sens pas qu’on a encore cette reconnaissance », conclut Gabrielle Bouchard.

Un mouvement rassembleur

Le Collectif 8 mars 2018 regroupe cette année la Fédération des femmes du Québec (FFQ), la Confédération des syndicats nationaux (CSN), la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), l’Intersyndicale des femmes et pour la première fois, Femmes de diverses origines/Women of Diverse Origins.

Si les organismes comme la FFQ, la CSN et la FTQ sont bien connus du public, il en est autrement pour l’Intersyndicale des femmes et Femmes de diverses origines/Women of Diverse Origins. Créée en 1977, l’Intersyndicale des femmes représente près de 300 000 travailleuses syndiquées qui oeuvrent sans les secteurs public et parapublic ainsi que dans le secteur privé. C’est l’organisation qui a mis en place les premières journées internationales des femmes. Elle se compose de représentantes des comités de condition des femmes dans sept organisations syndicales : l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ), leSyndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ). Par le passé, l’Intersyndicale a pris part aux négociations qui ont mené à l’obtention d’un congé de maternité rémunéré de 20 semaines pour les travailleuses de la fonction publique.

Quant à l’alliance d’organisations populaires Femmes de diverses origines/Women of Diverse Origins, elle représente la diversité des communautés culturelles de Montréal. Depuis 2002, l’alliance organise des activités militantes, diverses, consciente du contexte mondial dans lequel ses luttes et ses actions se situent. L’organisme milite pour la justice sociale et la libération des peuples, contre la guerre, la violence, l’exploitation et l’oppression.