Olymel recrute des travailleurs à l’île Maurice

Les dirigeants de la compagnie Olymel ont expliqué qu’ils avaient tout essayé pour recruter au Québec, sans succès.
Photo: iStock Les dirigeants de la compagnie Olymel ont expliqué qu’ils avaient tout essayé pour recruter au Québec, sans succès.

La Nouvelle-Beauce doit accueillir, d’ici la mi-mars, un groupe de 45 travailleurs en provenance de l’île Maurice et de Madagascar, et une soixantaine d’autres suivront au cours des prochains mois. Pour l’entreprise qui les a recrutés, Olymel, le défi consistera ensuite à s’assurer qu’ils restent.

Le 13 février dernier, la Ville de Sainte-Marie tenait une séance d’information sur le sujet. Devant une vingtaine de citoyens, un des patrons de l’usine situait l’île Maurice sur la carte de l’Afrique.

« C’est au coeur de l’archipel des Mascareignes, entre l’île de la Réunion, à l’ouest, et l’île Rodrigues, à l’est. »

«Ces gens-là qu'Olymel va chercher, ils viennent pas voler les jobs de nos gens»

Un peu avant, le maire de Sainte-Marie, Gaétan Vachon, avait invité les gens à faire preuve d’ouverture. « C’est important pour la région de recevoir des gens de l’extérieur. Puis là, je veux mettre une chose au clair. J’ai vu [des choses] sur les médias sociaux et ça m’a dérangé un peu. Ces gens-là qu’Olymel va chercher, ils viennent pas voler les jobs de nos gens. »

Sur les 119 employés attendus, la majorité doit s’établir à Sainte-Marie (40-50), une trentaine à Vallée-Jonction et une vingtaine à Saint-Joseph.

Les dirigeants de la compagnie ont expliqué qu’ils avaient tout essayé pour recruter au Québec, sans succès. À défaut de pouvoir convaincre les gens de s’établir en Beauce, on a notamment créé un service de navette entre Québec et l’usine. Tous les matins, trois autobus font le trajet depuis la capitale et un quatrième depuis Lévis.

Des lendemains difficiles ?

Dans la petite salle à moitié remplie, la plupart des gens semblent plutôt sympathiques au projet. Or, voilà qu’un homme lance au micro que les gens d’Olymel « jouent à l’autruche », qu’il y a beaucoup « de racisme » dans la région et que les nouveaux venus risquent vite de déchanter. « Quand ils vont avoir leur résidence permanente, ils vont s’en aller. »

Une affirmation qui a vivement fait réagir le responsable des ressources humaines de l’usine, Pierre-Yvan Lelièvre. « Il faut juste faire attention avec le discours sur le racisme… Même entre Québécois, même entre Beaucerons, les gens sont durs entre eux autres. Oui, il va toujours y avoir un 20 % de personnes qui sont difficiles à gérer. Moi, je les appelle mes “colons” […] mais 80 % des gens, on peut leur faire confiance. »

Le directeur de l’usine, Michel Poirier, a alors raconté que cela faisait à peine dix ans que des femmes travaillaient à l’usine et que les mentalités avaient vite évolué. « C’était un milieu d’hommes, c’était un milieu macho. Maintenant, il y a à peu près 25 % du personnel qui sont des femmes. C’est la même chose avec les immigrants. »

« À l’usine, on va avoir le défi de former ces gens-là, mais ce n’est pas le plus gros défi. Le plus gros défi, ça va être de les intégrer », conclura-t-il à la fin de la rencontre « C’est là qu’on a besoin des gens, des communautés. Ce sont les personnes qui vont faire la différence. »

L’expérience de Lanaudière

En allant chercher des employés au bout du monde, Olymel espère en faire des employés à long terme, donc des résidents permanents. Un processus qui dure en moyenne trois ans, avance le vice-président de l’entreprise, Louis Banville, au téléphone.

Pourquoi l’île Maurice et Madagascar ? Parce qu’ils parlent français, répond-il d’emblée. Olymel a déjà reçu une cohorte de 60 Mauriciens à son usine de Saint-Esprit dans Lanaudière. La « très grande majorité » y est toujours, ajoute-t-il.

L’usine a réalisé des vidéos avec eux, qu’elle présente lors de ses missions à l’île Maurice pour en convaincre d’autres de faire le saut. Sur place, l’entreprise collabore avec une agence locale qui constitue des banques de candidats que les patrons viennent ensuite rencontrer l’un à la suite de l’autre.

« Les recrues sont pour la plupart des travailleurs non qualifiés, certains avec emplois et d’autres pas », poursuit-il en soulignant que le chômage chez eux est très élevé, particulièrement à Madagascar.

Ils ont entre 24 et 45 ans, et plusieurs s’expatrieront en couple. Ils ont le droit de venir au Canada en vertu du programme fédéral sur les travailleurs temporaires. Au maximum, 10 % des employés d’une même usine peuvent participer au programme. Or, Olymel recrute aussi pour ses usines de Saint-Esprit (Lanaudière) et de Yamachiche (Mauricie).

Elle n’est pas la seule à parcourir le monde pour recruter du personnel. À l’est de la Beauce, à Sainte-Justine, le fabricant Rotobec a accueilli 40 Costaricains ces dernières années. À ce jour, 27 sont restés et l’entreprise se prépare à accueillir deux groupes de 46 travailleurs en provenance de la Colombie. Le taux de chômage dans Chaudière-Appalaches est de 2,7 %.