Le juge veut la prison pour un propriétaire de pitbull agressif

Un chien d'attaque de race pitbull
Photo: Manoocher Deghati / Agence France-Presse Un chien d'attaque de race pitbull

Le propriétaire d’un pitbull qui a défiguré une fillette à Brossard, en 2015, a été déclaré coupable jeudi de négligence criminelle au terme de son procès, une première au Québec. Il pourrait être condamné à une peine sévère, puisque le juge estime que les trois années d’incarcération suggérée par la poursuite ne représentent qu’un « minimum ».

« L’accusé est une personne irresponsable qui se moque éperdument de la loi et de la sécurité d’autrui. Il savait que ses chiens étaient dangereux et qu’ils représentaient un danger, mais il n’a rien fait », a déclaré le juge Pierre Bélisle au palais de justice de Longueuil.

Lors d’une promenade au parc Marquise à Brossard, Vanessa Biron a été victime d’une attaque terrible alors qu’elle se trouvait avec sa mère et sa soeur cadette.

L’enfant de sept ans a été défigurée après que Ashes, le pitbull de Karim Jean Gilles, s’est rué sur elle et l’a projetée au sol. La fillette a été mordue au visage, au cou et au bras par le chien, qui a réussi à la traîner sur plusieurs mètres.

M. Jean Gilles n’était pas présent au moment de l’attaque, c’est sa mère de 72 ans — qui a quant à elle décidé de plaider coupable — qui promenait sans laisse les deux chiens de son fils ce jour-là.

En prononçant son verdict, le juge a parlé d’un « cas unique ». La plupart du temps, les accusés dans ce genre de dossier plaident coupables.

Le juge Bélisle s’est montré préoccupé par la décision de M. Jean Gilles — qui se représentait seul — de subir un procès alors qu’il a gardé le silence durant pratiquement toutes les procédures, ne faisant entendre aucun témoin et ne contre-interrogeant pas ceux de la poursuite. L’homme de 35 ans s’est limité à plaider non coupable.

Il n’a démontré aucun remords et n’a témoigné aucune empathie à l’égard de la jeune fille, dont les parents ont assisté au procès, a souligné la procureure de la Couronne, Me Claudie Gilbert.

« Il s’est écoulé deux ans et demi depuis les événements et M. Jean Gilles ne semble pas avoir fait d’introspection qui lui fasse réaliser la responsabilité qu’il avait cette journée-là », a fait valoir Me Gilbert.

L’avocate a rappelé que M. Jean Gilles est déjà détenu et purge une peine de 28 mois pour avoir attaqué un huissier et un policier en janvier 2017. Elle réclame une peine de trois ans consécutive à celle qu’il purge actuellement.

« Moi, je pensais à une peine plus sévère… plus que trois ans », a réagi le juge Bélisle, qualifiant l’accusé de « téflon » pour illustrer que les peines ne semblent pas avoir d’effet sur lui.

« On ne sait pas vraiment qui est M. Jean Gilles… C’est un monsieur qui a une attitude vindicative. Il s’entête à ne rien respecter. Il a de la difficulté avec l’autorité policière », a mentionné le juge.

Il a rappelé que tandis que des preuves ont montré que les deux pitbulls qu’il possédait ne portaient ni laisse ni muselière, ni même de collier, M. Jean-Gilles a insinué lors de sa plaidoirie finale que ses chiens auraient pu être provoqués par la jeune victime.

« Cet argument est sans fondement », a tranché catégoriquement le juge Bélisle. Celui-ci prévoit de prononcer la peine de M. Jean Gilles le 23 mars.

Assis à l’arrière de la salle d’audience, les parents de la jeune Vanessa ont poussé un soupir de soulagement lorsque le juge a prononcé le verdict de culpabilité.

Son père, Bernard Biron, a pris quelques minutes pour s’adresser au juge et témoigner des séquelles qu’ont subies ses deux jeunes filles et sa conjointe à la suite de l’attaque.

Il a détaillé l’angoisse vécue dans les heures, les semaines et les mois suivant l’incident. Si Vanessa va mieux aujourd’hui, elle garde à jamais la cicatrice rouge et boursouflée qui traverse tout le côté gauche de son visage.

« Son visage ne sera plus jamais symétrique […] Il lui manque des morceaux de chair, d’os, de muscles. Elle a maintenant un côté du visage beaucoup plus plat », a-t-il expliqué, ajoutant qu’elle refuse de couper ses cheveux puisqu’ils l’aident à cacher sa cicatrice.

Si lui déteste aujourd’hui les pitbulls, il a mentionné que sa fille a réussi, grâce à plusieurs séances de zoothérapie, à se réconcilier avec les chiens. « Ma fille n’est pas rancunière, elle ne souhaite même pas que [M. Jean Gilles] ait une peine très sévère », a-t-il confié.

Il a lui-même dit ne pas avoir d’opinion quant à la sévérité de la peine. « Nous, ce qui nous importait, c’était le verdict de culpabilité, la reconnaissance qu’on peut être coupable de négligence », a-t-il indiqué.

M. Biron veut désormais que des mesures soient prises pour bannir les chiens de type pitbull. Il est d’ailleurs revenu sur les déclarations de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, qui a suspendu des règles ciblant cet animal.

« Lorsque je vois les arguments de la mairesse Plante, ça me fait presque sourire parce qu’elle utilise les mêmes arguments que les lobbys d’armes à feu que l’on entend souvent dire que ce n’est pas l’arme qui cause les dégâts, mais bien la personne qui tient l’arme », a-t-il dit.

« C’est un raisonnement qui ne permet pas de faire quoi que ce soit pour prévenir les tragédies », a-t-il ajouté.

Jeudi, Mme Plante a répété qu’il y a de mauvais propriétaires d’animaux, dans ce cas-ci de chiens, qui ne devraient pas avoir un animal.

« Mais il n’en demeure pas moins que le problème, c’est la personne qui tient la laisse », a-t-elle fait valoir.

Mme Plante a rappelé que des consultations citoyennes sont prévues les 24 février et 3 mars concernant la révision du règlement animalier.

À Brossard, un règlement interdit les pitbulls depuis juillet 2016. Et la mairesse Doreen Assaad a la ferme intention que cela reste ainsi.

« Nos pensées sont avec la famille. Ça n’a pas été un processus facile pour eux par rapport à toute la réadaptation qu’elle devait suivre à la suite de cet événement très triste », a dit Mme Assaad.

Au niveau provincial, Québec a déposé en avril dernier un projet de loi pour interdire les pitbulls sur le territoire québécois. Au cabinet du ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, on n’a pas souhaité commenter le verdict du juge Bélisle.

« On veut toujours aller de l’avant avec le projet de loi », s’est limitée à répondre Marie-Ève Pelletier, attachée de presse du ministre. Des consultations sont prévues du 20 au 22 mars.

Rappelons que plusieurs municipalités du Québec ont revu leurs règlements pour interdire les pitbulls après le décès de Christiane Vadnais, attaquée mortellement par un chien dangereux en juin 2016.

5 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 23 février 2018 03 h 26

    Interdire ou museler les pits bull

    Certains chiens sont comme des armes chargées. Faut un cran de sécurité au minimum.
    Mais la mère de JG fera-t-elle de la prison. Elle devrait, pour être juste.

  • Michel Lebel - Abonné 23 février 2018 08 h 18

    Peine exemplaire requise


    Il faut souhaiter une peine exemplaire: cinq ans de prison ferme, par exemple. Avoir un chien implique des obligations, dont celle de voir à ce que l'animal n'attaque pas voisins ou passants. Élémentaire, il me semble.

    M.L.

  • Jean Richard - Abonné 23 février 2018 10 h 49

    Madame Plante aurait dû se taire

    Selon un sondage commandé par l'Association des médecins vétérinaires du Québec en 2010, le nombre de morsures de chiens chaque année serait de 164 000, dont 45 000 impliquant des enfants de moins de 12 ans. Et du nombre, la moitié ont été jugées assez sérieuses pour qu'on consulte un médecin.

    Est-il nécessaire qu'on continue à encombrer les urgences avec des gens qui ont été mordus par des gentils toutous aux dents bien aiguisées ? La réponse est NON.

    Il y a à Montréal une certaine prolifération des chiens. Dans les quartiers embourgeoisés, il est de bon ton de promener sur les trottoirs un gentil toutou de 20, 30 ou 40 kilos, sans se préoccuper de la sécurité des autres. De plus, les promeneurs et promeneuses de gentils toutous semble ignorer, en plus des simples règles de savoir-vivre en société, les quelques règles en usage à la Ville (qui peuvent varier d'un arrondissement à l'autre).

    Le nouvel article du règlement de M. Coderre concernant les pitbuls était malhabile, mais il misait sur l'amélioration de la sécurité des gens. C'était un petit pas dans la bonne direction. Or, la façon dont Mme Plante a balayé cet article, sans qu'il n'y ait urgence de le faire et sans qu'il y ait une solution de remplacement immédiatement disponible, était d'une gaucherie inexcusable. Et quand en plein procès Mme Plante en ajoute, elle fait regretter à plusieurs d'avoir voté pour elle. Le parallèle avec la philosophie des défenseurs du droit à porter des armes à feu est pertinent.

    Mme Plante peut toujours dire que le problème est à l'autre bout de la laisse. Primo, c'est un peu facile comme raisonnement, et secundo, ça ne nous avance guère quant aux résultats recherchés. Ce que les gens veulent, c'est de pouvoir se déplacer sur la voie publique (chaussée ou trottoir) sans risquer à tout moment d'y laisser une partie de son corps, sinon la totalité, aux crocs impulsifs d'un gentil toutou. Or, Mme Plante a choisi de négliger la sécurité du public par pur post-électoral

  • André Joyal - Abonné 23 février 2018 11 h 00

    Oui, en prison,ça presse!

    On invitera notre mairesse à lui rendre visite régulièrement afin que l'un et l'autre réfléchissent
    au bon sens ensemble. Ils en ont besoin tous les deux.

  • André Ouellet - Abonné 23 février 2018 14 h 41

    Les chiens dangereux / les personnes irresponsables

    J'espère que ce procès donnera l'exemple concernant les personnes irresponsables, qui ont des animaux dangereux. Qui plus est, la maire de Monréall devra réfléchir au regard du nouveaux règlement.