«L’avortement est OK»: la couverture d’un journal cause la polémique en Pologne

Samedi, des groupes de défense des droits des femmes ont tenu une manifestation pour le droit à l’avortement, à Varsovie.
Photo: Maciej Noskowski Agence France-Presse Samedi, des groupes de défense des droits des femmes ont tenu une manifestation pour le droit à l’avortement, à Varsovie.

Varsovie — La couverture d’un supplément hebdomadaire d’un journal polonais de gauche présentant trois femmes portant des t-shirts avec l’inscription « l’avortement est OK » a suscité samedi de vives critiques dans un pays à majorité catholique qui s’apprête à durcir sa loi en la matière, déjà l’une des plus restrictives en Europe.

« Tu n’es pas toute seule. Une de tes amies sur trois a eu un avortement », titre le supplément WO — Wysokie obcasy (« Les hauts talons » en polonais) de Gazeta Wyborcza, un grand journal de gauche.

En couverture, sur fond rose, les trois femmes du « dream team abortif », comme les appelle le journal, affichent un grand sourire.

« Le supplément a dépassé toutes les bornes », en faisant « la promotion macabre de l’assassinat », a aussitôt commenté le portail de droite wPolityce.

Même des journalistes de premier plan de Gazeta Wyborcza ont pris leurs distances. « La couverture et le titre sont bêtes », a commenté l’un d’eux, Pawel Wronski, en soulignant sur son compte Twitter que la rédaction du supplément féminin et celle du quotidien étaient différentes.

Des internautes, même favorables à la libéralisation de la loi sur l’avortement, ont critiqué l’initiative en soulignant que « le droit à l’avortement est OK », mais « l’avortement n’est pas OK ».

Ce supplément avait déjà dans le passé choqué en publiant une entrevue d’une chanteuse, Natalia Przybysz, qui racontait son voyage en Slovaquie pour mettre terme à une grossesse. En Pologne, l’IVG par choix personnel est interdite.

Resserrement des lois

Le Parlement dominé par la droite conservatrice travaille actuellement sur un projet du comité « Stop Avortement ». Si le projet est adopté, l’IVG ne sera plus autorisée que dans deux cas : risque pour la vie ou la santé de la mère et grossesse résultant d’un viol ou d’un inceste. L’IVG en cas de malformations du foetus ne serait plus permise.

Ce dernier genre de problème est à l’origine de 1046 avortements, soit 96 % des IVG pratiquées légalement en Pologne en 2016, selon Kaja Godek, une animatrice de Stop Avortement.

Selon des organisations féministes, les Polonaises subissent entre 80000 et 130 000 avortements illégaux chaque année, en général dans les pays voisins, en premier lieu la République tchèque, la Slovaquie et l’Allemagne.