Commission Viens: relations tendues entre le SPVM et les autochtones

Des organismes représentant les autochtones ont dressé une longue liste de récriminations à l’endroit du Service de police de la Ville de Montréal.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Des organismes représentant les autochtones ont dressé une longue liste de récriminations à l’endroit du Service de police de la Ville de Montréal.

Un agent de liaison autochtone… non autochtone, des policiers qui intimident, font du profilage et dénigrent une formation, un comité de vigie où siègent trop peu d’Inuits et de membres des Premières Nations… Des organismes représentant les autochtones ont dressé une longue liste de récriminations à l’endroit du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), qu’ils accusent d’avoir une approche trop punitive et empreinte de préjugés, particulièrement lors de leurs interventions près du Square Cabot, au centre-ville.

« Il faut faire des partenariats et développer des relations positives… Les contraventions au Square Cabot, ça doit cesser. Les autochtones doivent pouvoir s’approcher des policiers pour leur demander de l’aide », a dit la directrice du Foyer pour femmes autochtones Nakuset, devant la Commission d’enquête sur les relations entre les autochtones et certains services publics au Québec, présidée par Jacques Viens.

Pendant toute la matinée, quatre représentantes du Foyer des femmes de Montréal et du Réseau pour la stratégie urbaine de la communauté autochtone de Montréal, qui compte près de 1000 membres provenant du milieu et de divers paliers de gouvernement, ont décrit les relations tendues entre le SPVM et les autochtones. La police n’a toutefois pas souhaité commenter les témoignages.

Rachel Deutsch, coordonnatrice du Projet Cabot Square, dit avoir observé plusieurs interventions policières dérangeantes au cours des dernières années. Certains policiers intervenaient à cinq pour demander à une personne de vider sa bouteille d’alcool ou se stationnaient trop près des bureaux du Projet, dans le but d’intimider, selon elle.

Elle a aussi rappelé qu’en 2016, des policiers avaient fait du porte-à-porte dans le quartier Saint-Henri pour inciter les gens à reconnaître et dénoncer les comportements des autochtones et des Inuits. Cet incident s’apparentant à du profilage avait été relaté par Le Devoir et le SPVM avait reconnu son erreur.

Une entente pourtant prometteuse

Il y a quelques années, ces travailleuses communautaires avaient proposé un partenariat avec le SPVM afin d’améliorer les rapports. Une entente a été conclue en juin 2015. Un agent de liaison autochtone — un policier apprécié de la communauté, mais qui n’était pas autochtone — a été nommé, un comité de vigie a été mis sur place — mais il compte actuellement quinze membres de la police et seulement quatre représentants autochtones — et des formations ont été élaborées pour les policiers.

Mais le projet-pilote, n’a pas été pris au sérieux et a été abandonné l’an dernier, a déploré Vicky Boldo, coprésidente du Réseau. Elle a pointé l’attitude irrespectueuse des policiers, notamment lors de l’exercice de la couverture (« blanket exercise »), un atelier souvent utilisé lors des formations pour faire comprendre la réalité des autochtones et l’impact de la colonisation. « Ils riaient », a-t-elle dit. « Un policier a dit : “Je ne veux pas connaître l’histoire des autochtones, je veux juste savoir quoi faire quand il est saoul” », a souligné pour sa part Rachel Deutsch.

Les quatre femmes venues témoigner ont toutefois tenu à rappeler que certains policiers ont démontré une réelle sensibilité. « On parle souvent des policiers comme d’un groupe, mais certains agents ont changé d’attitude après la formation », a insisté Nakuset. Mais sa conclusion trahissait un certain découragement. « On a rencontré tellement de résistance. Tout ce qu’on veut, c’est être traité de manière juste. Mais ce système est conçu pour qu’on échoue. »