Saint-Valentin meurtrière dans une école secondaire en Floride

Des élèves ayant survécu à l’attaque d’un ancien camarade de classe tentent de se réconforter après.
Photo: John McCall/South Florida Sun-Sentinel/Agence France-Presse Des élèves ayant survécu à l’attaque d’un ancien camarade de classe tentent de se réconforter après.

Le jour de la Saint-Valentin a été assombri mercredi par la 18e fusillade à être perpétrée dans une école américaine dans les 45 premiers jours de l’année 2018. Au moins 17 personnes sont mortes sous les balles d’un tireur qui a semé la panique à l’école secondaire Marjory Stoneman Douglas de Parkland, en Floride.

Des témoins, dont plusieurs arboraient des coeurs et autres décorations de la Saint-Valentin, ont rapporté s’être cachés jusque dans les placards lorsque les coups de feu ont retenti peu avant la fin des cours, à 14 h 30.

« C’était la fin de la journée scolaire et l’alarme incendie s’est déclenchée. Nous avons commencé à évacuer. On pensait que c’était un exercice et, après avoir fait 15, 20 pas hors de la classe, on était à terre et on se cachait dans le placard », a raconté à la station télévisée CNN Melissa Falkowski, une enseignante.

Le tireur présumé, Nikolas Cruz, dont l’identité a été établie par les policiers, se serait présenté dans l’établissement scolaire avec un fusil d’assaut semi-automatique AR-15, une arme qu’il est très facile de se procurer dans la majeure partie des États-Unis.

« Nous avons tous pensé que c’était un exercice parce qu’on avait déjà eu une fausse alerte incendie, alors on ne l’a pas prise au sérieux, et tout à coup on a entendu des coups de feu de l’autre côté de l’école », a confié un élève sur la chaîne locale WSVN 7 News. Racontant comment il s’était échappé, il a expliqué : « Nous avons pris un chemin à l’arrière, en file indienne dans la nature. »

Nikolas Cruz a été décrit par plusieurs de ses anciens camarades comme un enfant à problèmes. Un jeune « solitaire », qui possédait plusieurs armes et qui avait même parlé de les utiliser. « Il y a eu des problèmes quand il a menacé des étudiants l’année dernière et je pense qu’on lui a dit de quitter l’école », a déclaré au quotidien Miami Herald Jim Gard, un professeur de mathématiques qui avait eu l’élève dans sa classe.

«Multiples » victimes

Photo: Joe Raedle Agence France-Presse Un groupe d’étudiants sort de l’école sous la surveillance de policiers.

Le dernier bilan du shérif du comté de Broward, Scott Israel, faisait état d’au moins dix-sept morts. De ce nombre, douze personnes ont été tuées à l’intérieur de l’école, deux à l’extérieur, une à proximité de l’établissement et deux autres ont succombé à leurs blessures à l’hôpital. L’identité des victimes n’avait pas été dévoilée au moment d’écrire ces lignes.

« Il y a un entraîneur de football de l’école qui a perdu la vie, et le fils d’un shérif adjoint a reçu une balle dans la jambe », a toutefois confié le shérif Israel.

Le proviseur de l’établissement scolaire, Robert Runcie, et la police avaient auparavant indiqué qu’il y avait de « multiples » victimes.

« C’est catastrophique, il n’y a vraiment pas de mots », a laissé tomber le shérif Israel.

Il a également indiqué que le suspect de 19 ans est un ancien élève de l’école, qui a été expulsé pour des raisons disciplinaires, ont expliqué les autorités. Il était toutefois toujours inscrit auprès de la commission scolaire.

M. Israel a mentionné que Nikolas Cruz avait publié des messages « très alarmants » sur les réseaux sociaux, insistant sur l’importance de signaler ce type de publication.

L’arrestation de Nikolas Cruz a été captée en direct par plusieurs médias télévisés. Sur les images, on voit plusieurs policiers entourer l’homme vêtu d’une chemise marron.

Pour des raisons qui n’avaient pas été expliquées mercredi, Nikolas Cruz a d’abord été transporté à l’hôpital Broward Health North, où plusieurs victimes ont aussi été soignées. Après avoir reçu son congé, il a été mis en détention.

 

18e fusillade

Cette fusillade s’inscrira sur la liste des pires tragédies aux États-Unis depuis 25 ans.

Sur une vidéo amateur diffusée par la chaîne CBS, des coups de feu très rapprochés, caractéristiques des fusils d’assaut, sont entendus. Des élèves sont prostrés sous leur bureau ou allongés en silence tandis qu’on entend des hurlements au loin.

Les images des télévisions locales ont montré plusieurs dizaines de personnes sortant de l’école, souvent les mains en l’air ou croisées derrière la tête. Des ambulances, des camions de pompiers ainsi qu’une longue cohorte de voitures de police et plusieurs véhicules blindés d’un groupe d’intervention étaient stationnés près du lycée. Des élèves ont été évacués par hélicoptère. L’établissement comptait près de 3000 élèves en 2014.

Le président Donald Trump « a été informé de la fusillade dans une école en Floride », a indiqué la Maison-Blanche. « Nous surveillons la situation », a-t-elle précisé.

« Aucun enfant, enseignant ou quiconque ne devrait jamais se sentir en danger dans une école américaine », a écrit sur Twitter le président Trump.

Le drame survenu mercredi est le dernier d’une longue série de fusillades ayant ensanglanté l’Amérique ces dernières années.

À Las Vegas en octobre 2017, 58 personnes ont péri sous les balles d’un seul tireur, et 49 personnes avaient été abattues dans un club gai d’Orlando en juin 2016. Les fusillades sont particulièrement récurrentes dans les écoles américaines : il y en a déjà eu 18 en 2018 en comptant celle de l’école Marjory Stoneman Douglas.

Certaines de ces tragédies ont durablement traumatisé l’Amérique, comme celles de Columbine en 1999 et de Virginia Tech en 2007.

Depuis le massacre de Sandy Hook, une école primaire du Connecticut où furent abattus il y a cinq ans 20 enfants âgés de 6 et 7 ans, les procédures d’alerte et les exercices d’entraînement se sont multipliés dans les établissements scolaires américains. L’objectif de ces formations est d’apprendre aux écoliers comment réagir face à un individu tirant à l’aveugle dans le but de faire un maximum de victimes. « Il s’agit de la 291e fusillade en milieu scolaire depuis le début de 2013 », souligne Shannon Watts, fondatrice de « Moms Demand Action For Gun Sense In America », une organisation qui lutte contre la prolifération des armes à feu.