Favoriser la mobilité chez les aînés

Pierre Vallée Collaboration spéciale
«Les personnes âgées subissent une perte de force dans les jambes, ce qui nuit à leur mobilité. De plus, cette perte de force oblige les personnes âgées à dépenser plus d’énergie pour parcourir une même distance, et ce, même pour un simple déplacement comme la marche», explique le professeur au Département d’études sportives à l’Université Bishop's et chercheur à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, Nicolas Berryman.
Photo: iStock «Les personnes âgées subissent une perte de force dans les jambes, ce qui nuit à leur mobilité. De plus, cette perte de force oblige les personnes âgées à dépenser plus d’énergie pour parcourir une même distance, et ce, même pour un simple déplacement comme la marche», explique le professeur au Département d’études sportives à l’Université Bishop's et chercheur à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, Nicolas Berryman.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le vieillissement entraîne son lot d’ennuis, dont l’un est une plus grande difficulté à se déplacer. Selon Nicolas Berryman, l’exercice physique peut grandement contribuer à contrer cette perte de mobilité chez les personnes âgées. D’ailleurs, il en a fait la preuve lors de son doctorat.

Nicolas Berryman est aujourd’hui professeur au Département d’études sportives à l’Université Bishop's et chercheur à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal. Son intérêt pour la mobilité des personnes âgées remonte au moment de sa maîtrise en sciences de l’activité physique.

« À cette époque, je ne m’intéressais pas encore aux personnes âgées, mais plutôt aux athlètes, en particulier les coureurs de demi-fond, ceux du 3000 mètres, raconte-t-il. Je me demandais si des exercices conçus pour augmenter la force de ces athlètes pouvaient leur être bénéfiques. J’ai donc développé une méthode d’entraînement à cette fin et je l’ai testée avec les athlètes. Non seulement ces exercices augmentaient la performance des athlètes, mais ils leur permettaient aussi de dépenser moins d’énergie pour parcourir la même distance. »

C’est au moment de ses études doctorales que la question de la mobilité des personnes âgées lui vient en tête. « Les personnes âgées, en vieillissant, subissent une perte de force dans les jambes, ce qui nuit à leur mobilité, explique-t-il. De plus, cette perte de force oblige les personnes âgées à dépenser plus d’énergie pour parcourir une même distance, et ce, même pour un simple déplacement comme la marche. La méthode d’entraînement et les exercices que j’avais développés pour les athlètes pouvaient-ils aussi aider les personnes âgées dans leur mobilité ? »

Le projet de recherche

Il a donc décidé d’en faire l’objet de ses travaux de doctorat et a mis en place un projet de recherche, sous la supervision de Louis Bherer, professeur à l’Université de Montréal et chercheur et directeur du Laboratoire d’études et de la santé cognitive des aînés (LESCA) du Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, et de Laurent Bosquet, professeur et chercheur à l’Université de Poitiers et directeur du laboratoire MOVE (Mobilité vieillissement et exercice). La recherche s’est déroulée au LESCA.

Il a d’abord recruté une cohorte d’une cinquantaine de participants âgés de 62 à 84 ans. « La première étape consistait dans un examen médical par un médecin gériatre et ensuite une évaluation de la condition physique », souligne Nicolas Berryman. Une fois accepté, le participant se soumettait à trois séances d’exercices par semaine pendant 12 à 16 semaines. Les exercices employés étaient les mêmes que ceux des athlètes étudiés pendant sa maîtrise, mais évidemment adaptés pour des personnes âgées.

« On commençait par des exercices d’échauffement, poursuit-il. Ensuite, on passait aux exercices de développement de la force des membres inférieurs, dont des exercices sur l’extension et la flexion des membres inférieurs. Le but était de renforcer les muscles des jambes. » Venait ensuite une séance d’aérobie sur vélo stationnaire, afin d’ajouter un exercice cardio-vasculaire. Le tout se terminait par une période de récupération. À la fin de la recherche, les participants passaient un second examen médical et une deuxième évaluation de leur condition physique. « Les résultats de la recherche sont arrivés au même constat que pour les athlètes. À la fin du programme, les participants étaient plus performants, donc leur mobilité s’était améliorée et ils dépensaient moins d’énergie pour parcourir la même distance. »

Pour la suite des choses

Que s’est-il passé une fois les participants sortis de la recherche et de retour dans leurs foyers respectifs ? « Nous ne le savons pas encore, car nous commençons une étude à ce sujet, précise Nicolas Berryman. Nous avons pris contact avec les participants afin de savoir s’ils ont poursuivi les exercices une fois la recherche terminée ou s’ils ont tous simplement arrêté de les faire. Et s’ils ont continué à les faire, à quel rythme ? On aimerait aussi les rencontrer une autre fois afin de procéder à une nouvelle évaluation. »

Cette nouvelle évaluation permettrait de mesurer la rétention ou la perte de la force acquise lors du projet de recherche et de déterminer les circonstances dans lesquelles cette rétention ou cette perte s’est produite. « Avec ces nouvelles données, on pourrait développer un programme d’exercices à faire afin de maintenir un niveau d’activités propice à favoriser une meilleure mobilité. » Ce programme d’exercices pourrait ensuite être mis à la disposition de toute personne âgée désireuse d’acquérir et de conserver une plus grande facilité de mobilité.

Le sport d’élite

Les présents Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang donneront l’occasion de voir en action des sportifs de haute performance. Le sport d’élite et de haute performance est l’un des autres intérêts scientifiques de Nicolas Berryman, qui est aussi un collaborateur de l’Institut national de sport du Québec, en tant que physiologiste de l’exercice. « J’ai collaboré avec l’équipe nationale de judo et l’équipe nationale féminine de water-polo, précise-t-il. Mon travail consistait à développer des outils d’évaluation et de suivi des entraînements pour ensuite être en mesure d’adapter les entraînements selon les besoins des athlètes. »