Commission Viens: les services de santé du Nunavik dénoncent les injustices du système

Jacques Viens, commissaire
Photo: Capture d'écran Jacques Viens, commissaire

L’administration des services de santé du Nunavik se dit victime de facturation exagérée, voire illégale pour l’hébergement à Montréal d’Inuits ayant un handicap physique ou intellectuel. Devant la Commission d’enquête sur les relations entre les autochtones et certains services publics au Québec mardi, elle a également dénoncé les problèmes d’acculturation de ces personnes vulnérables qui, faute de soins spécialisés pour elles dans le Grand Nord, sont contraintes d’aller « au Sud ».

Un audit datant de 2013-2014 a révélé que le Centre de réadaptation de l’ouest de Montréal facture 253 000 $ par année à la Régie régionale de la santé et des services sociaux du Nunavik (RRSSSN) pour héberger une personne de niveau 6, soit le plus haut niveau de soins. Or, non seulement cette facturation entre institutions est illégale, mais elle est nettement exagérée, sachant qu’en Estrie, il n’en coûte que 40 000 $ pour le même niveau de soins, a fait valoir Yoan Girard, directeur de la programmation à la RRSSSN, devant la Commission. C’est une différence de 631 %. « Malheureusement, le Nunavik était peut-être la vache à lait de certaines organisations. »

La RRSSSN ne reconnaît pas les frais qu’on lui exige et ne paie pas depuis plusieurs années la facture qui s’élève à plusieurs millions. Récemment, le centre de réadaptation a menacé de ne pas accueillir un Inuit si la facture n’était pas acquittée et le problème a dû être réglé par le sous-ministre. « Aux dernières nouvelles, le Nunavik fait encore partie du Québec. Il y a clairement une discrimination basée sur l’ethnicité et sur la provenance. Pour moi, c’est un préjudice grave », a soutenu M. Girard. Le Centre intégré universitaire de santé et des services sociaux (CIUSSS) de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal n’a pas été en mesure de répondre dans les délais requis aux questions du Devoir sur la facturation.

Un centre spécialisé au Nord ?

Par ailleurs, les personnes ayant un handicap physique ou intellectuel vivent une situation de déracinement très difficile, qui a été comparée à celle des pensionnats autochtones. Le cas d’Éva a été évoqué, une jeune fille avec un retard de développement qui, n’ayant pas pu recevoir les soins appropriés au Nord, a été envoyée au Sud et « parquée » dans un CHSLD, loin de sa famille.

Le Devoir a appris que la Régie envisage cependant de mettre sur pied un centre de soins spécialisés à Puvirnituq, dans les locaux de l’hôtel coop. « On y travaille. La Régie a adopté un plan d’action pour en arriver là », a confirmé Yoan Girard. En attendant les travaux sur le bâtiment, il faudra former des Inuits pour offrir ces services de santé dans leur langue et leur culture.

Des primes injustes

C’est là un autre des problèmes majeurs soulevés devant le commissaire Jacques Viens. Il existe une profonde iniquité dans les conditions de travail des personnes venues du Sud et celles des Inuits, ce qui crée de grandes tensions. « Avec la même reconnaissance professionnelle, une sage-femme du village inuite qui a les mêmes pratiques et le même quart de travail a 50 000 $ de moins [que celle du Sud]. C’est ridicule », a indiqué Yoan Girard.

Pour l’avocat de la Régie, les « primes des Blancs » appartiennent à une époque révolue, où l’aide au Nunavik était considérée comme de la coopération internationale. « Ce n’est plus ça du tout, a affirmé Jean-François Arteau. Moi, je ne peux pas justifier que comme Blanc, j’ai eu accès à une maison, des billets d’avion, une prime d’éloignement quand je suis monté au Nord. »

Selon lui, la Convention de la Baie-James garantit aux Inuits l’accès à des emplois de qualité dans le domaine de la santé. « Ce sont eux qui devraient avoir les primes », a-t-il ajouté. Un projet-pilote a d’ailleurs été déposé au ministère de la Santé pour permettre aux Inuits de pouvoir gravir des échelons et d’avoir des conditions de travail plus intéressantes. « On nous ramène toujours sur le sentier des conventions collectives, craignant que ça crée un précédent. Mais ce n’est pas de ça que je parle. Je parle d’une obligation constitutionnelle dans un traité. On n’est pas au même niveau », a dit Me Arteau.

En après-midi, Martine Weinzineau, une Atikamekw originaire d’Obidjwan, est venue témoigner devant la Commission des difficultés qu’elle a eues à déposer une plainte aux policiers pour agression sexuelle dans les années 1990. Elle a décidé de porter plainte à nouveau, 20 ans après la première dénonciation. Sa soeur, elle, avait porté plainte pour agression sexuelle contre un homme qui est devenu policier par après. Lorsqu’elle a fait le suivi, le dossier avait mystérieusement disparu, a expliqué Mme Weizineau.