Voyageurs et expéditeurs mis en lien par un site Web

Les transports des objets peuvent se faire par voiture, mais aussi par train, par autobus, par traversier, et peut-être un jour, par avion.
Photo: iStock Les transports des objets peuvent se faire par voiture, mais aussi par train, par autobus, par traversier, et peut-être un jour, par avion.

Cela pourrait devenir l’équivalent d’un Uber pour les objets ou l’équivalent mobile d’Airbnb. Si l’économie du partage a révolutionné la façon de se déplacer en taxi ou d’être hébergé en voyage, pourrait-elle aussi un jour changer la façon dont sont livrés et transportés des milliers d’objets dans le monde ?

Il y a à peine plus d’un an, deux jeunes Françaises de 24 ans, originaires de la région parisienne, y ont vu un nouveau filon potentiel en lançant une sorte d’« Uber » pour les objets, afin de trouver une solution collaborative aux complications et aux forts coûts de l’envoi de colis entre villes et entre pays. En novembre 2016, Copelican était né, première plateforme numérique permettant la mise en relation de voyageurs et d’expéditeurs pour faciliter l’expédition d’objets entre personnes.

Des envois trop coûteux

Saliha Chekroun, tout juste diplômée des Hautes Études commerciales, et Maâde Guettouche, jeune ingénieure, ont eu cette idée au terme de nombreux séjours passés à Singapour, à Londres et au Cambodge pour des échanges étudiants.

« On a eu ce flash parce qu’on avait de la famille à l’étranger et que nous avions souvent besoin d’envoyer des colis. Mais c’était très cher pour nous, comme étudiantes. Alors, on était toujours à la recherche de gens qui faisaient le voyage. À Singapour, je pouvais mettre des semaines ou même des mois à trouver quelqu’un pour prendre mes paquets », raconte Maâde Guettouche, jointe à Paris.

Alors que les deux jeunes diplômées étaient promises à des stages alléchants dans de grandes firmes bien en vue, elles ont plutôt décidé de voler de leurs propres ailes en 2017 en lançant leur propre start-up, une façon pour elles de travailler à quelque chose de concret qui « allait avoir un impact durable sur la société ».

Milliers de trajets

« On s’est dit que tous les jours des millions de personnes faisant des trajets pourraient emporter un objet en se déplaçant. Les colis que veulent envoyer certaines personnes sont parfois soit trop gros pour être acceptés par les compagnies de livraison, soit trop fragiles aux yeux de leurs propriétaires pour être confiés à ce genre de services », explique Maâde Guettouche.

Après son lancement, Copelican se forge rapidement une petite communauté d’utilisateurs. Le procédé est simple : les expéditeurs affichent une annonce sur la plateforme précisant le prix offert, la date d’expédition souhaitée, la description et la destination de l’objet à transporter, puis attendent que se manifestent des voyageurs.

« Le gros de notre travail, c’est de trouver le plus grand nombre de voyageurs possible pour pouvoir répondre aux demandes des expéditeurs. Ceux-ci doivent pouvoir choisir celui qui leur convient le plus, en fonction de son profil, de son lieu ou de son heure de départ. Nous nous assurons aussi de vérifier l’identité des usagers pour des raisons de sécurité », explique Maâde Guettouche.

Ma guitare dans ta voiture

L’expéditeur paie le montant convenu entre usagers sur la plateforme sécurisée de Copelican et reçoit un code qui permettra au voyageur, appelé « Pélican », d’être payé seulement quand l’objet sera arrivé à bon port, et en bon état. L’entreprise retient une commission sur chaque transaction, qui pour l’instant permet d’autofinancer le service.

« Ce sont les gens qui fixent les prix entre eux. En général, cela peut être beaucoup moins coûteux qu’un service de livraison traditionnel puisque les gens le font à la fois pour rendre service et pour avoir un petit bonus, qui les aide à payer une partie de leurs dépenses de transport », précise la jeune entrepreneure.

Grâce à un algorithme développé pour Copelican, la plateforme offre aux expéditeurs seulement la liste des voyageurs inscrits, répondant précisément à leurs besoins, au jour et au prix recherchés. Les transports peuvent se faire par voiture, mais aussi par train, par autobus et même par traversier, affirme Mme Guettouche. Elle n’exclut pas qu’un jour les pélicans migrateurs de ce service en ligne puissent avoir des ailes.

« Nous n’avons pas encore procédé à des transports par avion, mais nous prévoyons que cela devienne possible puisque nous souhaitons étendre notre service à d’autres continents », dit-elle.

Créé dans la région parisienne, Copelican a depuis desservi des usagers à travers la France, la Belgique et dans plusieurs grandes villes d’Europe. Encore jeune, la petite entreprise se dit toutefois incapable de chiffrer avec exactitude le nombre de ses usagers à ce jour.

Les voyageurs nous disent qu’ils se sentent beaucoup plus responsables quand ils transportent les objets des autres que leurs propres objets !

Confiance mutuelle

Selon la cofondatrice de la plateforme, beaucoup d’expéditeurs font davantage confiance à des particuliers pour transporter des choses fragiles, notamment de la vaisselle ou des objets de valeur comme des instruments de musique, qu’à des compagnies de transport.

Si a priori beaucoup de consommateurs se posent des questions sur la sécurité d’un système basé en partie sur la confiance mutuelle entre voyageurs, les instigatrices de cette solution collaborative affirment que des assurances sont prévues en cas de bris et que le soin apporté aux objets par ces « expéditeurs citoyens » est surprenant. En sus, comme une multitude d’autres plateformes de services en ligne tels Airbnb et Uber, la rétroaction rapide des usagers permet d’évaluer en temps réel la fiabilité et l’attitude d’un voyageur.

« Les voyageurs nous disent qu’ils se sentent beaucoup plus responsables quand ils transportent les objets des autres que leurs propres objets. Dans le train, plusieurs ne quittent pas leur valise des yeux, certains la gardent même sur eux ! » raconte Maâde Guettouche.

Y a-t-il un avenir pour cette nouvelle forme de transport de marchandises ? Selon la jeune entrepreneure, des compagnies de transport ont déjà fait part de leur intérêt à développer des ententes avec Copelican pour compléter leur propre offre de transport. « Ils ne nous voient pas comme des concurrents, parce que nous livrons en général des objets qu’ils ne transportent pas », dit-elle. Le fait de pouvoir faire voyager les objets de main à main, sans passer par un entrepôt, un comptoir de dépôt ou un intermédiaire, sans restriction d’horaire et au prix convenu entre usagers, est un des avantages de ce modèle collaboratif, pense la cofondatrice de cette jeune pousse qui a remporté l’an dernier à Paris la finale du concours Startupper Academy, doublée d’une bourse de 10 000 euros.

En définitive, si plus de pélicans se promènent sur les routes ou en transports en commun avec les colis d’autrui, cela aura le double avantage de minimiser les effets du transport sur la planète et de réduire les coûts de livraison. « En fait, ajoute Maâde, la plupart des gens le font parce qu’ils sont heureux de rendre service, tout en ayant un impact sur l’environnement. »

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