Anniversaire de l’attentat de Québec: un rassemblement sous le signe de l’unité

Le maire de Québec, Régis Labeaume, tient un enfant à un rassemblement organisé au Pavillon de la jeunesse pour souligner le premier anniversaire de l’attentat de la grande mosquée de Québec.
Photo: Jacques Boissinot La Presse Canadienne Le maire de Québec, Régis Labeaume, tient un enfant à un rassemblement organisé au Pavillon de la jeunesse pour souligner le premier anniversaire de l’attentat de la grande mosquée de Québec.

Les Québécois ont tous perdu des frères et sœurs lors de l’attentat dans la grande mosquée de Québec, survenu il y a près d’un an. Voilà le message qu’ont lancé les proches des victimes, ainsi que les représentants de différentes communautés à l’occasion d’un rassemblement multiconfessionnel, dimanche soir.
 

« Nous sommes tous et toutes de Dieu et nous retournerons tous et toutes à lui », a déclaré Boufeldja Benabdallah, cofondateur du Centre culturel islamique de Québec.


« N’oublions pas celles qui sont tombées à Polytechnique à la fleur de l’âge. Elles s’en allaient pour construire cette nation, ce pays », a-t-il ajouté en réprimant ses sanglots.


Au troisième jour des commémorations de l’attentat de Québec, quelques centaines de personnes se sont réunies dans le Pavillon de la jeunesse, en basse ville de Québec, pour entendre parler les proches des six victimes québécoises de confession musulmane qui sont tombées sous les balles d’un tireur, le 29 janvier 2017.
 

C’est M. Benabdallah qui a eu le mot de la fin, et qui a raconté l’histoire des victimes, mais aussi celle des blessés physiques et psychologiques de cet événement tragique.


« Hakim, ce grand homme, qui est blessé en lui-même et qui, par sa grande générosité, a couvert une petite fille qui allait se faire tirer par l’assassin », a-t-il décrit avec émotion.


Mamadou Tanou Barry, Ibrahima Barry, Khaled Belkacemi, Abdelkrim Hassane, Azzeddine Soufiane et Aboubaker Thabti ont perdu la vie lors de l’attentat. Ils ont laissé derrière eux leurs femmes et 17 orphelins.
 

« Abdelkrim est venu au Québec chercher la paix et une qualité de vie. Il en a eu. Certes, pas assez. Mais sa famille croit encore à son idéal, et approuve son choix. Le Québec le lui a prouvé dans de douloureuses circonstances », a déclaré Hanafi Kloul, un ami de la victime.
 

Un deuil collectif
Les gens qui se sont succédé au lutrin ont affirmé aux Québécois qu’il s’agissait d’un deuil qui touche tout le monde, et pas seulement les citoyens de confession musulmane.


Megda Belkacemi, la fille du défunt professeur d’université Khaled Belkacemi, a insisté pour dire qu’il fallait bâtir des ponts entre les communautés pour qu’aucun autre drame ne survienne au Québec et au Canada, mentionnant entre autres les attentats au Métropolis de Montréal, et ceux à Saint-Jean-sur-Richelieu et à Ottawa.
 

« Chaque victime de la haine est une victime de trop. Alors aujourd’hui, je vous tends les mains pour bâtir ces ponts qui sont essentiels à notre société », a-t-elle déclaré.
 

Des représentants des communautés musulmane, juive, anglicane et des Premières Nations étaient d’ailleurs à l’événement et ont lancé un message d’unité.
 

« Notre Terre, elle appartient à tous également. Nous exigeons, comme Première Nation, que tout le monde soit traité de façon égale, de façon digne et honorable », a déclaré Konrad Sioui, le Grand chef de la Première Nation huronne-wendat.
 

« Ensemble, c’est dans ce que nous avons en commun, notre humanité, que nous serons forts. Au-delà de nos appartenances ou pratiques d’un culte ou d’une religion, nous sommes tous et toutes avant tout des êtres humains », a ajouté Yacov Weil, rabbin de la communauté juive Beth Israel Ohev Sholem.
 

Lundi, à Québec, les citoyens seront invités à apporter des fleurs et des chandelles pour une cérémonie qui aura lieu à l’extérieur, près de la mosquée.
 

Le premier ministre du Canada Justin Trudeau a déjà annoncé qu’il participerait cet événement. Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, sera aussi présent.


Des rassemblements sont prévus partout au Canada pour cet anniversaire, dont à Halifax, Ottawa, Toronto, Calgary et Vancouver.

 

Solidarité à Montréal

Deux rassemblements se sont tenus à Montréal dimanche afin de commémorer le drame. En début d’après-midi, une centaine de citoyens se sont réunis à la place de la gare Jean-Talon, là même où des milliers de personnes s’étaient donné rendez-vous l’an dernier au lendemain de l’attentat. Une minute de silence a été observée en mémoire des victimes. En fin d’après-midi, un rassemblement de quartier s’est tenu dans Notre-Dame-de-Grâce. L’initiative citoyenne visait non seulement à commémorer le drame, mais aussi à dénoncer l’islamophobie. Une dizaine de personnes y ont pris la parole, après quoi une marche à la chandelle a dirigé les participants d’une église à une mosquée du quartier. « La symbolique du lieu de culte est importante. Que ce soit une église ou une mosquée, ce sont des lieux où les gens devraient se sentir en sécurité », a souligné au Devoir une des organisatrices de ce rassemblement, Amel Zaazaa. D’autres commémorations sont prévues lundi dans la métropole, dont une à l’hôtel de ville.

avec La Presse canadienne
Marie-Lise Rousseau


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