Le pape fustige la corruption qui rend «malade» l'Amérique du Sud

Le souverain pontife salue la foule qui se presse pour le voir parcourir les rues de Lima, au Pérou, dans sa papamobile, dimanche.
Photo: Vincenzo Pinto Agence France-Presse Le souverain pontife salue la foule qui se presse pour le voir parcourir les rues de Lima, au Pérou, dans sa papamobile, dimanche.

Le pape François a vivement critiqué dimanche la corruption en Amérique latine, estimant que « la politique est malade » dans sa région d’origine, notamment au Pérou, où il a achevé, par une messe géante à Lima, sa tournée entamée au Chili.

S’exprimant devant les évêques péruviens, le souverain pontife a estimé que, dans de nombreux pays latino-américains, « la politique est malade, très malade ».

En particulier, le pape s’est demandé : « Que se passe-t-il au Pérou ? Quand quelqu’un quitte la présidence, on le met en prison. »

L’actuel président, Pedro Pablo Kuczynski, vient d’échapper à une destitution pour ses liens avec le géant brésilien Odebrecht, au coeur d’un vaste scandale de corruption qui éclabousse la région. Et plusieurs ex-chefs d’État péruviens sont incarcérés ou visés par un mandat d’arrêt international.

C’est la deuxième fois, dans sa tournée au Pérou, que le pape dénonce ce fléau, après avoir appelé vendredi à Lima à lutter contre « le virus » de « la corruption », lors d’un discours prononcé à quelques mètres seulement du président Kuczynski.

François, premier pape latino-américain de l’histoire, conclut dimanche une tournée d’une semaine dans cette région, la sixième de son pontificat, d’abord au Chili puis au Pérou.

Accueil chaleureux

La ferveur des Péruviens, qui l’ont accueilli chaleureusement, tranche avec l’accueil plutôt froid lors de son étape au Chili, pays secoué par la polémique sur les scandales de pédophilie.

Dans la foule assistant à l’angélus sur la place principale de la ville, Jonathan Nazario, 31 ans, se disait ainsi « très heureux » : « Aujourd’hui, c’est mon anniversaire et ç’a été un cadeau d’être ici. »

En début d’après-midi, le pape âgé de 81 ans se dirigeait vers la base aérienne Las Palmas, au sud de Lima, traversant la capitale sous les acclamations d’une foule enthousiaste agitant drapeaux et ballons.

Il y célébrera une messe géante où sont attendues près d’un million de personnes.

Au sanctuaire du Seigneur des miracles — patron de Lima —, le pape avait prononcé plus tôt une homélie devant 500 soeurs contemplatives cloîtrées.

« Les ragots dans le couvent sont comme des terroristes : ils lancent une bombe et ils s’en vont », leur avait-il lancé, suscitant rires et réactions embarrassées dans l’audience, avant d’ajouter : « Soeurs terroristes, non, mordez-vous la langue. »

Il avait ensuite mis en garde les évêques péruviens : « Chers frères, travaillez pour l’unité, ne restez pas prisonniers des divisions qui fractionnent et limitent la vocation. »

Accueil glacial

Très attendu en début de semaine au Chili, dans le contexte de scandales d’agressions sexuelles perpétrées par des prêtres, le pape avait d’abord marqué des points en rencontrant des victimes et en exprimant « sa honte ».

Mais il a ensuite brouillé son message et choqué bon nombre de Chiliens au dernier jour de sa visite en donnant une accolade publique à Mgr Juan Barros, soupçonné d’avoir gardé sous silence les agissements d’un vieux prêtre pédophile défroqué par le Vatican.

« Le jour où vous m’apportez une preuve contre l’évêque Barros, je vous parlerai. Il n’y a pas une seule preuve contre lui. Tout est calomnie. C’est clair ? » avait aussi lancé jeudi le pape, interpellé par des journalistes chiliens.

Le cardinal Sean Patrick O’Malley, qui dirige une commission anti-pédophilie au sein du Vatican, a jugé « compréhensible » samedi que les propos du pape aient pu provoquer « une grande douleur » chez les victimes. Mais il a souligné sa grande sincérité lorsqu’il prône la tolérance zéro contre les actes pédophiles au sein de l’Église.

La polémique ne suffit pas à expliquer le faible engouement des Chiliens envers la visite papale.

Ceux-ci, marqués par la dictature d’Augusto Pinochet, sont méfiants envers toutes les formes de pouvoir, y compris celui de l’Église, explique un observateur.

Et ce pays, le plus critique de l’Église catholique en Amérique latine, connaît une révolution sociétale qui cadre peu avec une Église réputée conservatrice et quelque peu hautaine : le Chili a notamment approuvé l’avortement thérapeutique et les unions civiles entre personnes du même sexe.

Le temps fort du 22e voyage du pape — grand défenseur du climat et des peuples indigènes — reste sa première visite en Amazonie, à Puerto Maldonado (sud-est), face à des milliers d’indigènes péruviens, brésiliens et boliviens.