Faut-il préserver les petites maisons d’ouvrier?

Les petites maisons surnommées «shoebox» témoignent de l’histoire du mouvement ouvrier à Montréal.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les petites maisons surnommées «shoebox» témoignent de l’histoire du mouvement ouvrier à Montréal.

Faut-il protéger les maisons shoebox, qui appartiennent à l’histoire du mouvement ouvrier ?

Plusieurs demandes de démolition de ces petites maisons ont été enregistrées à Montréal ces dernières années. Elles ont l’heur de faire le bonheur de promoteurs en quête de terrains voués à la construction de logements en hauteur. Quatre nouvelles demandes de démolition de maisons de ce type ont par exemple été étudiées mercredi soir devant le comité consultatif d’urbanisme de l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie.

Héritage Montréal croit qu’un moratoire sur ces démolitions s’imposerait à certaines conditions. « L’expression est pertinente s’il y a vague de demandes de démolition », affirme Dinu Bumbaru, d’Héritage Montréal.

Mais après discussion mardi avec les autorités de la Ville, le groupe de défense du patrimoine croit qu’il convient plutôt pour l’instant de réfléchir à des modalités de protection de ces maisons particulières pour l’histoire de Montréal. « Nous comprenons qu’on n’est pas en situation d’extinction. »

Mais pour Christine Gosselin, du Comité exécutif de la Ville de Montréal, il faut voir la question d’une autre façon.

« C’est un des premiers dossiers auxquels je m’attaque vraiment, en partie en raison de l’article du Devoir. C’est une responsabilité des arrondissements. Mais nous avons l’intention de réunir tout le monde pour essayer de voir à préserver ce patrimoine défini comme « modeste ». On voit qu’il y a un vrai intérêt pour ces maisons. »

L’élue du Vieux-Rosemont observe cependant que la situation diverge d’un lieu à l’autre.

« Il existe 572 maisons shoebox dans Rosemont, mais seulement 26 dans le Plateau. Ailleurs, le recensement n’est pas toujours clair. Et on ne parle pas de celles qui ont été modifiées. La question des transformations de ces maisons doit être examinée. Il faut trouver le bon outil pour les protéger. Il y a déjà des mesures. On va en trouver d’autres. Pour moi, c’est un éveil. »

Alors, que proposer en lieu et place d’un moratoire ? Il est tout aussi pertinent, affirme Dinu Bumbaru, « d’agir de manière pratique et diligente ; par exemple, pour rédiger et diffuser des critères pour distinguer, parmi les centaines de shoebox déjà répertoriées, celles d’intérêt patrimonial ».

L’intérêt pour la préservation de ces maisons de style « Boomtown » n’est pas partagé par tous. Sur les ondes du 98,5 FM, le comptable Pierre-Yves McSween oppose la préservation de ces maisons avec les besoins de logement des Montréalais.

À l’animateur Paul Arcand, le populaire comptable affirme « que c’est beau de maintenir le patrimoine » que représentent ces shoebox » mais que « d’un point de vue purement économique », pour « la densité urbaine, pour l’efficacité et la réduction du coût par habitant d’une habitation, ça a un coût aussi ».

Il oppose donc ce type de maison avec des nécessités du moment : « Alors, qu’est-ce qu’on veut maintenir ? Le patrimoine ou aider les gens à avoir un logement accessible ? »

3 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 18 janvier 2018 05 h 19

    Au cas par cas

    Certaines de ces maisons sont jolies et bien conservées. D'autres, comme celle sur la photo, ont perdu l'apparence d'origine de leur façade. D'autres sont en piteux état, tout est à refaire et elles peuvent être envahies par les moisissures.

    Certaines méritent d'être conservées. Ce sont les plus attrayantes pour ceux qui veulent y vivre et leurs prix sont à la hausse actuellement, ce qui leur accorde une relative protection. Mais certains promoteurs sont prêts à payer le gros prix pour certaines qui méritent d'être conservées. C'est dans ces cas que les arrondissements devraient intervenir et refuser d'accorder un permis de démolition.

    M. Nadeau utilise l'expression «logements en hauteur». Il faut savoir que des règlements existent dans Rosemont et dans Villeray qui limitent la hauteur des bâtiments. Un bâtiment d'un ou deux étages au-dessus du rez-de-chaussée est la norme. On est loin des immeubles « en hauteur ».

  • Jean Richard - Abonné 18 janvier 2018 09 h 38

    Les besoins de logement ?

    « Sur les ondes du 98,5 FM, le comptable Pierre-Yves McSween oppose la préservation de ces maisons avec les besoins de logement des Montréalais »

    Il y a sept ou huit ans, j'ai vu, dans une toute petite rue de Villeray, une de ces petites maisons passer sous le pic des démolisseurs. Au fur et à mesure que l'on reconstruisait un nouvel immeuble, j'ai vu qu'il s'agissait d'un édifice sur trois niveaux. Comme le comptable, je me suis dit qu'on aurait trois logements au lieu d'un seul, ce qui contribuerait à combler des besoins et à densifier sagement le quartier.

    Erreur de prévision : ce qui a poussé à la place de cette modeste maison avec perron devant où les propriétaires s'assoyaient volontiers les jours de beau temps, ce fut un petit château pour trop nantis, avec une façade pratiquement aveugle sur la rue, un petit château avec une affreuse terrasse sur le toit, bref, quelque chose de totalement déconnecté du quartier.

    Il n'est probablement pas nécessaire d'y aller d'un moratoire sur la démolition des petites maisons d'ouvriers, mais peut-être pourrions-nous espérer une politique urbaine qui encadre un peu mieux la construction de ce qui va les remplacer. À Montréal, la tolérance de la Ville envers les promoteurs qui se permettent des choses pourtant interdites est totale. Vous êtes dans un quartier où le nombre de niveaux de plancher d'un édifice est de trois : vous construisez sur quatre et ça passe comme du beurre dans la poêle. Il suffit de ne pas se rendre à la façade et d'appeler ça mezzanine et le tour est joué. Et si vous découvrez qu'on construit hors normes dans votre voisinage et que vous portez plainte à la Ville, on vous dira que la période de contestation est terminée.

    Bref, avant de permettre la démolition d'une petite maison, il faudrait avoir des garantis qu'il y aura des gains à son remplacement. Des petits châteaux pour bien nantis avec plus d'étages que permis, ce n'est pas un gain, c'est une perte.

  • Yves Côté - Abonné 18 janvier 2018 14 h 07

    Faut-il...

    "Faut-il préserver les petites maisons d’ouvrier?"
    Oui.
    Ne serait-ce que par respect pour ce que nos parents et grand-parents ont fait de sacrifices de vie pour que nous vivions aujourd'hui dans l'abondance.
    Abondance trop souvent surabondante d'ailleurs...