CSDM: neuf suppléants depuis la rentrée pour des écoliers

La commission scolaire était censée, dès cet automne, se doter d’un protocole  pour éviter le phénomène des remplacements à répétition, mais rien n'a encore été présenté. 
Photo: iStock La commission scolaire était censée, dès cet automne, se doter d’un protocole  pour éviter le phénomène des remplacements à répétition, mais rien n'a encore été présenté. 

Les enfants d’une classe de maternelle de l’école La Visitation, à Montréal, font les frais d’un problème de recrutement à la CSDM. Lundi, ils en seront à leur neuvième professeur depuis le début de l’année, dont six depuis le mois de décembre, ce qui provoque frustrations et inquiétudes chez les parents.

Et ce, malgré le fait que la commission scolaire était censée, dès cet automne, se doter d’un protocole justement pour éviter le phénomène des remplacements à répétition.

« Comme parents, et collectivement, on choisit d’envoyer nos enfants à l’école pour qu’ils y fassent des apprentissages, mais là, ce n’est pas ce qui se passe. Quand ma fille arrive à la maison le soir, elle ne nous parle pas de ce qu’elle a appris aujourd’hui, mais du professeur de la journée », raconte Nicolas Gosselin, père d’une fillette dans cette classe de maternelle d’Ahuntsic.

À la rentrée, les parents ont rencontré la professeure titulaire de la classe qui enseignait quatre jours par semaine. La cinquième journée — les mardis — était assurée par une autre professeure. Cette situation, qui était un peu déstabilisante pour les enfants et les parents, n’était pourtant que le début d’une longue période de changements au quotidien.

En effet, dès le début du mois d’octobre, la professeure est partie en congé de maladie. Une enseignante l’a rapidement remplacée, mais celle-ci est partie à son tour un mois et demi plus tard. Depuis, c’est « la parade des suppléants », comme le décrit la mère d’un enfant de cette classe sous le couvert de l’anonymat.

« Entre le 4 décembre et le 12 janvier, il y a eu 5 suppléants occasionnels » qui se sont relayés, confirme le porte-parole de la CSDM, Alain Perron.

Il précise qu’un nouvel enseignant titulaire entrera en poste lundi et que celui-ci « connaît bien les élèves et l’école » puisqu’il était déjà en poste dans l’école, remplaçant une autre enseignante qui reprend sa classe lundi.

Des impacts sur les enfants

« On espère que celui-là, ce sera le bon », affirme une autre mère sous le couvert de l’anonymat. Son fils, qui a de la difficulté à s’adapter à toute situation nouvelle, est complètement « déstabilisé » et « désorganisé » par les changements à répétition qui sont survenus dans sa classe.

« Depuis que sa professeure est partie, il ne parle plus de l’école, il ne veut plus répondre à mes questions sur ce sujet-là, soupire-t-elle au téléphone. C’est un vrai cauchemar. Il ne veut plus aller à l’école, il dit que c’est horrible. Il n’est qu’à la maternelle et, déjà, il est traumatisé par son expérience à l’école. Il est ébranlé dans sa capacité à faire confiance et à se sentir en sécurité. J’ai peur que ça prenne beaucoup d’efforts pour le ramener dans de bonnes dispositions. »

Tous ne vivent pas ces changements de façon aussi intense, mais les quatre parents de cette classe à qui Le Devoir a parlé sont tous un peu inquiets pour leur enfant.

« Sur le plan scolaire, je ne m’inquiète pas trop parce que mon enfant est déjà très avancé, il connaît ses lettres et sait déjà lire un peu. C’est sur le plan de la stabilité que ça m’inquiète davantage », raconte une autre mère sous le couvert de l’anonymat.

« Dans le programme qu’on nous a présenté en début d’année, on nous disait que la maternelle visait notamment à développer l’intérêt et le goût de l’école chez les enfants, ajoute-t-elle. Il n’y a rien ici, dans ce que mon enfant vit depuis des mois, pour l’aider dans ce sens et lui permettre de développer un sentiment de sécurité à l’école. L’image qu’il se fait de l’école, c’est qu’il ne faut pas s’attacher à rien ni à personne. »

Elle aussi a vu des changements dans l’attitude de son enfant depuis le mois d’octobre. « Il n’a pas verbalisé le fait qu’il était inquiet ou dérangé, mais c’est devenu plus intense à la maison. Il était en opposition, il faisait des crises pour rien, il avait plus besoin de sa maman qu’avant, comme une figure de réconfort et de stabilité. »

Dans cette valse des remplacements, c’est finalement la professeure du mardi qui est devenue la personne de confiance et de stabilité pour les enfants, constatent les parents. Sans oublier le personnel du service de garde. « C’est rendu qu’entre parents, on fait des blagues, on se dit que nos enfants vont au service de garde et, une fois de temps en temps, à la maternelle », plaisante Nicolas Gosselin, avec toutefois du découragement dans la voix.

Problème de communication

Tous les parents questionnés par Le Devoir évoquent un problème de communication. Plusieurs sont allés voir la direction après avoir compris, dans les messages confus de leurs tout-petits, que les professeurs se succédaient à un rythme trop rapide. Dans certains cas, il s’agissait de professeurs ayant déjà enseigné dans cette classe, mais les enfants n’arrivaient pas toujours à les reconnaître, ce qui a donné à certains l’impression qu’il y a eu beaucoup plus de remplaçants que le chiffre officiel avancé par la CSDM.

« Je suis allé voir la direction et même mon commissaire scolaire, mais on nous répondait avec fatalisme que c’est comme ça dans tout le réseau, qu’il y avait pénurie d’enseignants, raconte une mère. C’était désolant, on avait vraiment l’impression qu’il y avait une espèce de résignation et qu’on ne mettait pas au centre des préoccupations le bien-être des tout petits. »

« Je peux comprendre qu’ils ont des problèmes à recruter un professeur, ce sont des choses qui arrivent, mais la communication avec les parents, c’est la base, ajoute-t-elle. On n’a pratiquement rien su de ce qui se passait, à part une ou deux communications officielles nous disant que madame Unetelle était partie en congé et qu’on lui trouverait un remplaçant. Comment est-ce qu’on est censés aider nos enfants si on ne sait pas qu’ils vivent des bouleversements dans leur classe ? »

Équipe de répit-conseil

La CSDM affirme avoir pris un certain nombre de mesures pour limiter les impacts négatifs de ces nombreux changements. « Depuis le 4 décembre à ce jour, une équipe de répit-conseil est présente dans la classe pour répondre aux besoins des tout-petits avec une technicienne en éducation spécialisée et une psychoéducatrice », écrit le porte-parole, Alain Perron.

Trois des quatre parents interrogés par Le Devoir n’étaient même pas au courant de cette mesure d’accompagnement pour les tout-petits. Le quatrième parent était on ne peut plus au courant, puisque cette mère affirme que c’est elle-même qui, découragée par le manque de leadership de la direction de l’école, est allée demander à la CSDM de débloquer des fonds spéciaux pour avoir de l’aide dans la classe de son enfant.

Protocole

L’an dernier, des remplacements à répétition dans certaines écoles ont fait les manchettes, obligeant le conseil des commissaires à prendre position et à adopter une résolution visant à produire un protocole pour tenter de régler le problème le plus rapidement possible dans de tels cas. Ce protocole devait être produit et adopté dès cet automne, mais rien n’a encore été présenté, déplore le commissaire indépendant Jean-François Gosselin, qui avait présenté la résolution en juin dernier.

« Il y a des retards, on ne sait pas pourquoi, il y a un bout où ils veulent négocier des choses avec les syndicats pour permettre de pourvoir un poste plus rapidement quand on est rendu à un nombre x de remplaçants, c’est peut-être ça qui prend plus de temps, mais on devrait déjà déposer ce qu’on a et venir le bonifier au fur et à mesure », affirme le commissaire.

8 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 15 janvier 2018 07 h 27

    Une chance que le ridicule ne tue pas...

    Personne ne semble se questionner sur la signification du mot PÉNURIE... La CSDM dit qu'il y a pénurie d'enseignants dès qu'un problème organisationnel fait surface, les syndicats emboîtent alors le pas, et tous crient à l'unissons PÉNURIE de ...

    Ouais, et si c'était l'organisation du travail qui faisait défaut, si c'était les conventions collectives qui étaient déficientes ou trop permissives selon le cas, et si c'était les directions d'école qui étaient incompétentes en matière de gestion du personnel, et s'il était plus "rentable" pour un enseignant d'être "malade" (avec les assurances salaires) que de travailler, surtout s'il y a une dette hypothécaire - et dans certains cas des prêts automobile (avec assurances maladies).

    Il faut aussi réfléchir à l'immaturité de certains et certaines qui étudient en sciences de l'éducation... Immaturité à l'entrée, mais aussi à la sortie des facultés. Cela se répercutent aussi dans les milieux solaires...

  • Patrick Daganaud - Abonné 15 janvier 2018 08 h 09

    LE CHOC DU CRISTAL, LES ÉCLATS DE VERRE

    Quand un système scolaire maltraite tant ses écoliers que ses enseignants, il brise, côte à côte, ses coupes de cristal.

    Son monde, en principe celui de l'éducation, se fragilise et les victimes, sur toute la ligne du verre pilé, se blessent en éclatant au contact des unes des autres.

    Beaucoup des gestionnaires, administrateurs et directions d'école, pointent alors les casseurs et les cassés parce que, dans cet infernal gâchis, il faut bien que quelqu'un soit responsable : « Si ce n'est toi, c'est donc ton frère. - Je n'en ai point. - C'est donc quelqu'un des tiens...» La Fontaine.

    Dans ce système où plus on demande des comptes, moins on en rend, les coupes les plus fragiles sont en haut et, pour éviter de se briser elles-mêmes, elles entrechoquent celles « d'en bas»...

  • Placide Couture - Abonné 15 janvier 2018 08 h 11

    Incurie gouvernementale

    Pénurie d'enseignants! Tout était prévisible. Il faut dénoncer l'incurie gouvernementale. Selon moi, le nombre suffisant d'enseignants qualifiés est aussi prévisible que la neige en hiver. Couillard est plus préoccupé par l'austérité pour faire des cadeaux électoraux que par les besoins en éducation et en santé...sauf pour les médecins dont il a augmenté le salaire de 87% selon l’IRIS...

  • Denis Paquette - Abonné 15 janvier 2018 08 h 30

    Des passeurs souvent maladroits

    Quand comprendrons nous que les enfants ont besoin de stabilité affective, qu'ils sont sensible a leur environnement ,que leurs émotions sont le moteur de leur perception et de leur développement,vraie pour toutes les bêtes et surtout les humains, que notre environnement est important surtout quand nous sommes jeunes, des enquetes n'ont-ils pas demontrées que c'est déterminant, c'est quoi qui est exigé des enseignants

  • Denis Paquette - Abonné 15 janvier 2018 08 h 30

    Des passeurs souvent maladroits

    Quand comprendrons nous que les enfants ont besoin de stabilité affective, qu'ils sont sensible a leur environnement ,que leurs émotions sont le moteur de leur perception et de leur développement,vraie pour toutes les bêtes et surtout les humains, que notre environnement est important surtout quand nous sommes jeunes, des enquetes n'ont-ils pas demontrées que c'est déterminant, c'est quoi qui est exigé des enseignants