Lac-Mégantic: l’avocat du contrôleur semble rejeter le blâme sur le chef de train

Le train a tragiquement dévalé une côte au milieu de la nuit, déraillant et enflammant une partie du centre-ville de Lac-Mégantic, tuant 47 personnes.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Le train a tragiquement dévalé une côte au milieu de la nuit, déraillant et enflammant une partie du centre-ville de Lac-Mégantic, tuant 47 personnes.

Richard Labrie est un contrôleur ferroviaire compétent et consciencieux, qui n’avait pas à poser une foule de questions pour s’assurer que le chef de train avait sécurisé adéquatement le convoi avant de le quitter pour la nuit, a plaidé son avocat Guy Poupart, vendredi.

M. Labrie est accusé de négligence criminelle ayant causé la mort de 47 personnes lorsqu’un train a déraillé et explosé à Lac-Mégantic en juillet 2013.

Les deux autres accusés dans cette affaire sont le chef de train Thomas Harding et Jean Demaître, qui était directeur de l’exploitation de l’entreprise ferroviaire Montreal, Maine and Atlantic (MMA) au Québec. Ils ont tous trois plaidé non coupables.

Selon la Couronne, si MM. Labrie et Demaître avaient posé des questions pertinentes sur la sécurisation du train, ils se seraient rendu compte qu’il y avait une lacune et auraient pu éviter la tragédie.

Me Poupart a plaidé toute la journée de vendredi au palais de justice de Sherbrooke devant le juge Gaétan Dumas, de la Cour supérieure, et le jury de 14 personnes.

Il a résumé les témoignages de plusieurs personnes venues à la barre, qui ont notamment décrit M. Labrie comme un homme compétent, fiable, en qui les autres « gars de train » avaient confiance.

Et c’est justement en raison de cette confiance qu’ils ont les uns envers les autres que M. Labrie n’avait pas à questionner Thomas Harding sur la façon dont il avait sécurisé le train, laissé sans surveillance en haut d’une pente pour la nuit.

Le train a tragiquement dévalé cette côte au milieu de la nuit, déraillant et enflammant une partie du centre-ville de Lac-Mégantic, tuant 47 personnes.

Quelques heures plus tôt, un incendie s’était déclenché sur la locomotive de tête. Les pompiers ont arrêté son moteur, ce qui faisait en sorte que les freins à air n’étaient plus en fonction.

C’est vrai qu’il n’a pas demandé à Harding combien de freins à main avaient été appliqués, a admis en plaidoirie Me Poupart. « Et c’est vrai qu’il n’avait pas à le faire », a-t-il poursuivi, ajoutant qu’aucune règle ne prévoyait cette obligation, et qu’il n’avait aucune raison de penser que le train n’était pas bien immobilisé.

Pourquoi devait-il douter de Thomas Harding ? « Richard Labrie était en droit de s’attendre à ce que la locomotive soit immobilisée selon les critères, que le moteur marche ou pas », a laissé tomber l’avocat.

Ce faisant, Me Poupart semble rejeter le blâme sur le chef de train, comme l’a fait la veille le procureur de Jean Demaître, pour les mêmes raisons.

L’expert ferroviaire Stephen Callaghan, appelé à témoigner par la Couronne, a déclaré au jury que si un nombre suffisant de freins à main avaient été appliqués — quatorze, alors que Harding n’en a mis que sept — et s’ils avaient été testés lors de l’immobilisation du train, la tragédie aurait été évitée.

Me Guy Poupart a tenté de démontrer le rôle limité de son client, faisant valoir que Richard Labrie, en poste à Farnham, se trouvaient à 200 km de Lac-Mégantic. Il ne pouvait connaître que les informations qui lui étaient communiquées par d’autres, a plaidé l’avocat.

Lundi, ce sera au tour des procureurs de Thomas Harding de présenter leurs arguments en défense.