Le retour du froid polaire après la tempête

Montréal a bien reçu quelques centimètres de neige durant la tempête, mais c’est surtout le retour du froid qui est frappant.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Montréal a bien reçu quelques centimètres de neige durant la tempête, mais c’est surtout le retour du froid qui est frappant.

Les amateurs de ski qui trépignent d’impatience devant la neige fraîche devront s’armer de patience… ou de plusieurs couches de vêtements. Après la tempête, une vague de froid polaire s’abat sur le Québec, où les températures ressenties frôleront parfois les –50 en certains endroits.

Au total, une trentaine de villes et de régions se sont vu attribuer vendredi la mention « froid extrême » par Environnement Canada, notamment l’Abitbi, l’Estrie, l’Outaouais, les Laurentides, Québec et le Lac-Saint-Jean.

L’air froid et les « vents vifs » causeront un refroidissement éolien de -38 sur le sud du Québec. Pendant la nuit, la température ressentie pourra atteindre « jusqu’à -49 » dans les régions du nord-ouest, a prévenu l’agence gouvernementale. En Celsius, les températures minimales se situeront entre les -20 et -30 °, a résumé le météorologue Jean-Philippe Bégin.

Pour cela, les Québécois pourront remercier l’Arctique. « Une dépression [comme une tempête] tourne en sens antihoraire, donc apporte de l’air du nord-ouest », a résumé M. Bégin.

Seul l’est du Québec continuera de vivre la « tempête intense » qui touche la province, selon Environnement Canada. D’ici la fin de la journée, 20 à 40 centimètres seront tombés sur l’est du territoire, « et on dépasse certainement 40 centimètres à certains endroits », a précisé M. Bégin, faisant référence au Bas-Saint-Laurent, à la Côte-Nord et à la Gaspésie.

Photo: Amir Levy Agence France-Presse Le nord-est des États-Unis a aussi été frappé par une masse d’air froid vendredi, qui fera encore sentir ses effets en fin de semaine.

À long terme — et d’un point de vue sportif —, la combinaison des tempêtes et du temps froid pourrait être payante. « C’est rare qu’à cette période-ci on voie autant d’accumulation [de neige] sans qu’il y ait de redoux », a observé Pierre-Luc Pelletier, responsable du service à la clientèle chez Ski Chic-Chocs, en Gaspésie. Dans la réserve faunique, la tempête n’est pas exceptionnelle ; c’est plutôt le froid, qui permet de garder la neige au sol depuis plusieurs semaines, qui l’est. Quand même, M. Pelletier estime que la bordée de cette semaine aura apporté une cinquantaine de centimètres de neige, dont les skieurs pourront profiter dès que le risque d’avalanche sera écarté.

Marées et évacuations en Gaspésie

Sur la péninsule gaspésienne, où des vents de 90 km/h ont frappé, un total de 24 personnes ont été évacuées de leur résidence. L’amplitude des marées et les vagues projetées sur les maisons ont mis à la rue treize citoyens de Matane et neuf résidants de Chandler, a confirmé le Centre des opérations gouvernementales. « La glace — et des fois, c’est de la roche ou des morceaux de bois — lève et est projetée par le fleuve. Ça peut être tannant et même dangereux », a commenté Éric Houde, de la Direction générale de la sécurité civile.

Mais ça peut aussi être rassembleur, a constaté la Chandleroise Isabelle Cyr. « À l’hôpital, les gens ont fait des [quarts de travail] doubles, alors il y en a qui se sont rendus en ski-doo pour les dépanner. Ça fait un bout qu’on a vu ça ! » a-t-elle lancé. Au motel Chandler, où elle travaille, des clés magnétiques ont été laissées à la disposition des citoyens sinistrés, afin qu’ils puissent s’installer au chaud, dans des chambres réservées pour eux. « On héberge des gens, comme des personnes âgées qui étaient prises dans leur chalet », a illustré Mme Cyr, pendant que la neige reprenait de plus belle, vendredi après-midi. Au plus fort de la tempête, « tu ne voyais rien, ni ciel ni terre », a-t-elle raconté. « On est équipés, mais tout est fermé : l’épicerie, les stations d’essence. Tout est fermé au complet. Ça fait au moins 20 ans qu’on n’a pas vu ça. »

À plus de 700 km de chez elle, au Lac-Saint-Jean, Jean-Claude Noël observait aussi une situation qu’il a rarement vue. Le résidant de Saint-Bruno n’en est pourtant pas à sa première tempête. « Nous, on n’en manque pas une ! » a-t-il lancé. « [Le secteur de Saint-Bruno], ils appellent ça le triangle des Bermudes. […] Ce sont des terres agricoles et il n’y a pas d’arbres. Le lac a 25 kilomètres de large, donc le vent prend sa force. »

De chez lui, il pouvait apercevoir les camions immobilisés le long de la route 170. Celle-ci a été fermée sur une dizaine de kilomètres « pour que le monde n’aille pas se mettre dans la misère », a observé M. Noël, lui-même un ex-opérateur de machinerie lourde au ministère des Transports.

Le bilan routier de la Sûreté du Québec lui donnait raison en fin de journée : aucun accident majeur n’avait été répertorié sur le territoire, où plusieurs routes ont été fermées en raison de la neige, de la poudrerie et du froid. Un motoneigiste enseveli par une avalanche, à Sainte-Angèle-de-Mérici, dans le Bas-Saint-Laurent, se trouvait cependant dans un état critique en fin de journée.

Compliqué pour les avions et les traversiers

La situation s’est révélée plus complexe dans les airs et sur l’eau. À l’aéroport Montréal-Trudeau, des dizaines de vols ont été retardés ou annulés. Même situation à l’aéroport Jean-Lesage de Québec, où les tableaux des arrivées et des départs étaient parsemés des couleurs jaune et rouge, que l’on donne aux vols annulés ou retardés.

Les activités des traversiers assurant les liaisons Matane–Baie-Comeau–Godbout et Québec–Lévis ont été suspendues pendant plusieurs heures. « C’est surveillé heure après heure, selon les divers paramètres : vents, courants, glaces et marées », a résumé la porte-parole de la Société des traversiers du Québec, Maryse Brodeur. « Il faut rester à l’affût », a-t-elle suggéré aux utilisateurs des traversiers. Mercredi, un traversier est resté coincé quatre heures dans les glaces entre Québec et Lévis.

Sur les rails du corridor Québec-Windsor et dans les provinces de l’Atlantique, le service a aussi été ralenti, a annoncé VIA Rail. À Québec, pas moins de trois bris d’aqueduc ont perturbé les trajets des autobus du Réseau de transport de la capitale. La Société de transport de Montréal a quant à elle prévenu les usagers qu’il « pourrait être difficile d’offrir le service aux arrêts de bus accessibles aux personnes en fauteuil roulant », tandis que divers autres services de transport en commun ont annoncé des retards.

La tempête dans les Maritimes

Dans le Canada atlantique, des milliers de personnes se sont réveillées dans le noir, vendredi matin, alors que la tempête a inondé des routes côtières, ballotté des bateaux et renversé des arbres. Selon la Nova Scotia Power, 33 831 clients néo-écossais étaient privés d’électricité vendredi, vers 15 h. Au Nouveau-Brunswick, une cinquantaine de pannes touchaient en milieu d’après-midi quelque 4750 clients à travers la province, qui a également reçu beaucoup de neige. Plusieurs foyers de l’Île-du-Prince-Édouard étaient eux aussi plongés dans l’obscurité. Les vents violents ont provoqué des ondes de tempête en Nouvelle-Écosse, la mer inondant des routes depuis Eastern Passage, près d’Halifax, jusqu’au comté de Lunenburg et laissant des roches et des débris sur son passage. La tempête a entraîné la fermeture des écoles pour une deuxième journée d’affilée dans certaines régions en plus de perturber le transport aérien et par bateau.
3 commentaires
  • Josée Duplessis - Abonnée 6 janvier 2018 08 h 57

    Moi voyez-vous c'est aux sans abris que je pense ces jours-ci. Je les ai vus de près à la mission Old Brewery.
    Qu'il y ait autant de gens dans la rue par ce froid.
    Que les refuges ne puissent pas les garder tous pour toute la journée parce qu'ils sont trop nombreux? Moi ça m'indigne.
    C'est vrai qu'ils ne sont pas des réfugiés.
    PAs vrai , ils sont des réfugiés de la misère et de l'aveuglement social.
    Désolée moi c'Est pas au ski que je pense.

    • Sylvain Auclair - Abonné 6 janvier 2018 16 h 08

      Ouvrez un nouveau à temps plein... rien ne vous en empêche.

      Rappelez-vous tout de même que ces refuges ont souvent 100 ans d'expérience...

  • Jean Richard - Abonné 6 janvier 2018 10 h 45

    Une petite correction...

    Environnement Canada est devenu Environnement et changement climatique Canada et n'a jamais été une agence gouvernementale, tant dans son ancienne que dans sa nouvelle appellation. Il s'agit d'un ministère à part entière. Fournir des renseignements météorologiques aux citoyens fait partie de son mandat.