Montréal amorce sa stratégie hivernale d’aide aux personnes itinérantes

Plus de 900 places d’hébergement seront créées pour la saison par la Ville.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Plus de 900 places d’hébergement seront créées pour la saison par la Ville.

Les froids précoces ont pris de court le réseau de refuges pour personnes itinérantes de Montréal. Mais à partir de lundi, le protocole d’hiver sera mis en place et permettra l’ajout de nouveaux lits pour l’hébergement de personnes en situation d’urgence.

À la Mission Bon Accueil, qui tient toujours lieu de refuge d’urgence, les lits sont complets depuis quelques jours. Et la halte-chaleur de la Mission Saint-Michael, le « Toit rouge », ne connaît pas de répit depuis le début des grands froids.

À la Mission Old Brewery, les services ont été réorientés depuis un an vers des « programmes », c’est-à-dire qu’on ne se contente plus d’offrir un refuge pour la nuit, mais on tente aussi d’assurer un suivi auprès de la clientèle, notamment avec l’accompagnement individualisé.

Les hommes regroupés autour de la porte de la Misson dimanche après-midi avaient tous des parcours différents. Ça n’est pas le premier épisode d‘itinérance pour Marcello, qui souffre de problèmes de jeux. « Je joue dans les machines de Loto-Québec, dit-il. J’espère toujours me refaire. » Marcello se souvient d’avoir déjà couché dehors en hiver, lors d’un autre épisode d’itinérance, il y a quelques années. « C’était à cause d’un ensemble d’événements qui sont survenus, ma mère venait de mourir ». Ça n’est que plus tard qu’il a pris connaissance du réseau de refuges qui pouvaient l’héberger.

John, quant à lui, séjourne à la Mission Old Brewery depuis quelques mois. Arrivé d’Haïti il y a deux ans, il a eu un conflit avec sa femme, qui l’a mis dehors de son appartement.

Dimanche, Kevin et quelques amis s’étaient déplacés vers la Mission Old Brewery pour distribuer des repas et des vêtements aux hommes du refuge. « J’ai été dans la rue durant 14 ans, dit Kevin. J’ai vendu mon corps [dans le] Centre-Sud. Je prenais du crack, de l’héroïne. »

À la Mission Bon Accueil, un peu plus à l’ouest, on fonctionne encore selon la formule du refuge d’urgence, dont il faut sortir tôt le matin. À 20 ans, Shawn y est arrivé il y a trois jours, après avoir séjourné au Bunker, un abri d’urgence pour les jeunes. « Ça ne marchait plus avec mes parents », dit-il. Il a dormi quelques nuits au parc La Fontaine, et un itinérant l’a orienté vers le réseau des refuges. Parce qu’il accomplit quelques tâches à la Mission Bon Accueil, Shawn est considéré comme un bénévole. Dimanche, il avait donc le droit de rester à l’intérieur durant la journée.

Reste que certaines personnes, parce qu’elles sont intoxiquées ou parce qu’elles ne peuvent ou ne veulent pas se plier aux règlements des refuges, préfèrent demeurer dans la rue, même l’hiver. La Mission Old Brewery opère également une navette pendant toute la saison pour repérer les personnes vulnérables et les orienter, sinon vers des services, au moins vers un endroit où se réchauffer.

Depuis le début de décembre, la halte-chaleur de la Mission Saint-Michael est ouverte tous les jours pour accueillir cette clientèle. Les années précédentes, le Toit rouge n’était ouvert que lorsqu’il faisait -20 ou -25 Celsius. « Mais cela posait des problèmes pour tout le monde », dit Pierre Gaudreau, du Réseau d’aide aux personnes seules ou en situation d’itinérance de Montréal. M. Gaudreau souhaite d’ailleurs que Montréal accueille un refuge « mouillé » (wet shelter), qui accueillerait les personnes en état d’ébriété. Il ajoute que les personnes en situation d’itinérance se regroupent aussi souvent dans des maisons de chambres. « Il arrive que des maisons de chambres qui ont 18 adresses officielles se retrouvent à héberger 40 personnes », dit-il.

Émilie Fortier, directrice des services du campus Saint-Laurent de la Mission Old Brewery, relève que les personnes autochtones sont aussi souvent plus difficiles à rejoindre. « On offre un suivi individualisé », dit-elle, qui se base entre autres sur la recherche de logement. Or, les autochtones fonctionnent souvent en groupe, et ne répondent pas nécessairement à ce genre d’offre.

Plus de 900 places d’hébergement seront créées pour la saison, selon un communiqué diffusé par la Ville de Montréal vendredi. Parmi celles-ci, 740 sont destinées aux hommes, 110 aux femmes et 65 aux jeunes. La Ville investira près de 800 000 $ dans ces mesures.

2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 18 décembre 2017 06 h 44

    hé ,oui , quels moeurs différents

    Mêmesi on l'oublie d'une année a l'autre, le froid est une contrainte importante, jamais j'oublirai mon cher papa qui toujours nous disait qu'il fallait s'en souvenir, le plus loin que je me souvienne c'était sa première préocupation, il avait le réflexe ancien d'accumuler des réserves pour l'année, merci papa pour ton enseignement quand approche les fetes toujours je pense a toi, toujours je me souviendrai de grand- mere qui toujours disait nous avons a manger pour l'année

  • Jean Lapointe - Abonné 18 décembre 2017 07 h 37

    La charité n'est pas une solution

    «Plus de 900 places d’hébergement supplémentaires seront créées pour la saison, selon un communiqué diffusé par la Ville de Montréal vendredi.» (Caroline Montpetit)

    C'est peut-être une bonne chose qu'il arrive qu'il fasse très froid ici parce que ça oblige les élus à faire quelque chose pour les sans-abris. Ils ne peuvent difficilement rien faire sans se le faire reprocher.

    Au lieu de réduire les impôts dans l'espoir de se faire réélire nos élus devraient se préoccuper davantage des plus démunis.

    On a des élus qui semblent compter surtout sur la charité pour que les plus démunis soient encouragés et aidés alors qu' on a les a élus pour qu'ils s'occupent en particulier de ces problèmes qui n'ont pas qu'une seule dimension financière.

    La charité n'est pas une solution si ce n'est que temporaire. C'est plutôt une question de justice sociale. Mais la justice sociale c' est loin d'être l'une des préoccupations majeures des élus que nous avons actuellement tant à Québec qu'à Ottawa.

    Les municipalités elles sont dépendantes des gouvernements. Elles ont des moyens limités.

    Le surplus d'argent va plutôt dans les paradis fiscaux au lieu d'être réparti puls équitablement.