Ces millénariaux qui renouent avec l’Église catholique

Ce n’est pas la première fois que l’église attire autant de millénariaux. S’ils restent minoritaires, plusieurs jeunes Québécois renouent avec la religion catholique.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Ce n’est pas la première fois que l’église attire autant de millénariaux. S’ils restent minoritaires, plusieurs jeunes Québécois renouent avec la religion catholique.

Alors que les églises catholiques québécoises perdent de leurs ouailles, des millénariaux renouent avec la religion catholique. Portrait d’une nouvelle génération de chrétiens au Québec.

Le jeudi soir sur le Plateau-Mont-Royal, à Montréal. La chapelle Saint-Louis est pleine à craquer. Une soixantaine de jeunes de 18 à 35 ans s’entassent sur les bancs, une quinzaine d’autres restent debout à l’arrière ou sont assis par terre dans l’allée. En fait, la scène fait davantage penser à un spectacle rock qu’à une messe religieuse.

Des lumières multicolores créent une ambiance de discothèque dans le lieu sacré. On a troqué l’orgue pour les guitares électriques. Les jeunes battent des mains, dansent les bras dans les airs. Tout le monde chante en choeur avec le chanteur Gregory Turpin. Les paroles à saveur biblique de ces « chants de louanges » défilent sur un PowerPoint, comme dans un karaoké. On lit le sermon depuis des tablettes électroniques.

Trois heures plus tard, les jeunes se réunissent dans la sacristie pour discuter en sirotant de petits jus et en mangeant des chips. « Ç’a fait ma semaine ! » s’exclame une étudiante de l’Université de Montréal, un sourire accroché au visage.

Ce n’est pas la première fois que l’église attire autant de millénariaux. S’ils restent minoritaires, plusieurs jeunes Québécois renouent avec la religion catholique. Et si la religion catholique reste la même, les jeunes ne la pratiquent plus de la même façon ni pour les mêmes raisons.

Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Certaines églises ont non seulement adapté l’horaire pour cette clientèle plus jeune, mais aussi le style de la messe.

Des jeunes ailleurs qu’à la messe du dimanche

« La jeunesse d’aujourd’hui ne se retrouve pas dans les églises… sauf dans les messes pour les jeunes, observe le prêtre Marcel Pellerin, qui est conseiller de vie spirituelle au cégep de Sainte-Foy depuis une vingtaine d’années. On les retrouve ailleurs, dans des activités ou dans des groupes, comme le Mouvement Marie Jeunesse ou Les Brebis de Jésus. »

Selon Mélissa Embriaco, membre de 31 ans du groupe montréalais Jeunesse ex Cathedra, il est possible de rencontrer des jeunes dans les églises. « Ça dépend à quelle heure vous allez à la messe… dit-elle en souriant. Le dimanche matin, les jeunes dorment. Les messes pour les jeunes sont plutôt le soir. »

Certaines églises ont non seulement adapté l’horaire pour cette clientèle plus jeune, mais aussi le style de la messe. « On soigne l’aspect visuel, on fait des sermons plus courts, mais bien préparés, un peu comme les protestants », explique Alain Mongeau, curé de l’église Saint-Jean-Baptiste, sise au coeur du Plateau-Mont-Royal à Montréal.

La messe des jeunes de la paroisse Saint-Thomas-d’Aquin, à Sainte-Foy, attire entre 300 à 400 personnes chaque semaine. « Une cinquantaine de jeunes sont bénévoles pour faire l’accueil, la chorale, la musique, la quête, ou encore pour s’occuper du Bistro du curé, un espace aménagé pour les jeunes », explique le curé Brice Petitjean. La formule marche tant et si bien que des jeunes de Rimouski ont récemment observé le fonctionnement de la paroisse pour s’en inspirer, en région.

Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir

La profondeur de l’appartenance des jeunes aux différents groupes et organisations catholiques change toutefois avec les réseaux sociaux, estime M. Mongeau. « Plus de jeunes assistent aux événements, mais ils sont moins attachés à un groupe distinct », opine-t-il.

« Il y a une diversification des options pour les jeunes, observe Sabrina di Matteo, directrice du centre Benoît-Lacroix à Montréal. Un jeune peut aller à la messe dans une église, puis aller faire de la méditation, puis aller faire une activité dans un autre groupe. »

Une cassure générationnelle

« La foi des catholiques d’antan, c’est comme si on l’avait fait sauter à la dynamite », illustre M. Pellerin. Au Québec, à un moment donné, il y a eu une coupe à blanc de la religion catholique, illustre-t-il en se référant à la rupture dans la transmission intergénérationnelle de la religion catholique.

« Il y a une image négative qui vient de l’expérience que les grands-parents et les parents ont eue de l’Église, observe M. Petitjean. Mais les jeunes connaissent de moins en moins ces choses, alors les préjugés tombent. »

« Ce sont des jeunes qui savent penser, qui ont un parcours riche, qui ont souvent voyagé », observe Mme di Matteo. « Ce sont moins des “suiveux”, ajoute M. Monceau. Pour eux, la religion est au service de leur épanouissement personnel. »

Renouer avec sa foi

Jean-Philippe Murray a 22 ans et étudie la philosophie à l’Université Laval, à Québec. Pendant longtemps, il a considéré les chrétiens comme des personnes naïves cherchant des vérités faciles. Sa vision change lorsque son frère, dont il est très proche, se convertit au christianisme après un séjour en France. Curieux, l’étudiant commence à aller à la messe et à faire des lectures sur le christianisme. « J’ai découvert la rationalité chrétienne. J’ai découvert des croyants éloquents et intelligents, raconte l’étudiant. Maintenant, je sens que la foi me rend meilleur, ce qui m’amène un plus grand bonheur. » Depuis, plusieurs de ses amis ont également adopté la religion catholique.

Après la “coupe à blanc” de la religion catholique, on observe maintenant des “ repousses” sur les “souches” de la religion catholique

Keanu Ikete Bokama, 21 ans, a grandi à Montréal en allant à l’église avec sa famille. Après avoir rejeté la religion pendant l’adolescence, il a renoué avec sa foi il y a quelques années. Il participe aux messes de son église de quartier, même s’il est l’un des seuls jeunes présents.

En quête de sens

Mais pourquoi adopter la religion à cet âge ? « Les jeunes ont été élevés dans le flou. Ils cherchent des repères, des réponses à leurs questions », croit M. Pellerin. M. Petitjean ajoute que les jeunes découvrent dans la spiritualité un lieu où il y a des réponses à toutes ces questions fondamentales : « Quel est le sens de ma vie ? Pourquoi je vis ? Qu’est-ce que je fais ici ? Pourquoi y a-t-il du mal, de la mort et de la souffrance autour de moi ? Venir dans une paroisse, c’est donner du sens à ce que tu fais. »

« Je vois chez les jeunes une soif de grands désirs, de faire quelque chose de grand de leur vie », observe Alex Deschênes, conférencier et accompagnateur des jeunes et des familles pour le diocèse à Rimouski. « Les jeunes sont idéalistes, ils croient en l’amour et en l’engagement. »

Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir

Selon M. Pellerin, l’esprit de groupe des groupes catholiques est également attirant pour les jeunes, qui veulent « faire partie d’une gang ». De fait, Jeanne, 22 ans, fréquente le centre Benoît-Lacroix pour faire partie d’un groupe partageant les mêmes valeurs qu’elle, sans se sentir jugée.

Après la « coupe à blanc » de la religion catholique, on observe maintenant des « repousses » sur les « souches » de la religion catholique, illustre M. Pellerin. « Comme il n’y avait plus rien dans le paysage, des gens ont aussi planté des graines qui venaient d’ailleurs… de l’hindouisme, de l’islam, de l’évangélisme… dit-il. On ne sait pas encore ce que ça va donner comme forêt. Mais une chose est certaine, cela va donner un paysage nouveau. »

24 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 18 décembre 2017 06 h 59

    il y a tout cequ'il faut autour de nous, il faut tout simplement s'en rende compte

    peut-être que certains ne pourraient pas vivre sans les messages d'espérance des religions, peut-être que sans ces messages, beaucoup ne pourraient survivre, et pourtant nos amérindiens y arrivaient, tout simplement en se disant qu'ils n'étaient pas très différents des autres espèces, qu'ils avaient a respecter leur environnement, qu'il y avait dans la nature tout ce qu'il faut pour survivre , en fait , quel bel objectif a laquel un jour, il va falloir revenir

  • André Savary - Abonné 18 décembre 2017 08 h 33

    très intéressant...

    Cet article fair réfléchir...sans juger les personnes ni les religions... Juste déclencher une bonne réflexion...
    Surtout lorsqu'on sait que les principales religions ont pris leurs sources dans la même région. Et c'est encore aujourd'hui un sujet d'actualité...

    Peut importe la religion, le nom du Dieu invoqué, s'il n'existait pas les hommes (femmes) l'auraient inventé... Comme un besoins

  • Patrick Daganaud - Abonné 18 décembre 2017 08 h 54

    SANS - vrai- COMMENTAIRE

    Une soixantaine de jeunes de 18 à 35 ans s’entassent sur les bancs, une quinzaine d’autres restent debout à l’arrière ou sont assis par terre dans l’allée.

    Faut aimer s'entasser et être assis par terre...

    • Pierre R. Gascon - Abonné 18 décembre 2017 11 h 28

      Vous devriez éviter de discréditer ces jeunes en quête de sens de leur vie ...Il y a des gens qui se satisfassent de réussir dans la vie, alors que d'autres veulent réussir leur vie.

    • Michel Thériault - Inscrit 18 décembre 2017 19 h 12

      M. Gascon, selon moi, monsieur Daganaud a été trop poli.

      C'est quand même incroyable qu'au 21e siècle il y ait encore des jeunes qui se font endoctriner et laissent de côté leur jugement.

      La race humaine me désespère de plus en plus.

    • Jean Gadbois - Inscrit 18 décembre 2017 19 h 59

      Il y en a combien qui font la queue, assis dans leur char, qui polluent d'aplomb, pour avoir accès au carrefour Laval? Qui restent debout pour payer aux caisses et s'imaginer donner un sens à leur vie en achetant des bidules vides de sens?
      Y en a combien qui s'assoient par terre au tam-tam du Mont-Royal, pour fumer du pot en rond, en gang?
      Pour d'autres raisons; peut-être pas mal plus nocives, M. Daganeau.

      Mais on pourrait parler de ce qui est nocif dans la religion catholique. Ce serait là un sujet qui traiterait de quelque chose de différent de la teneur de cet article. Mais s'entasser et être assis par terre peut aussi être quelque chose de fondammentalement humain, l'avez-vous déjà essayé?

    • Jean Gadbois - Inscrit 19 décembre 2017 00 h 34

      @ M. Thériault,
      Oui, effectivement, au 21e siècle il y a encore des jeunes...
      Oui, au 21e siècle, il y a encore de l'endoctrinement: le vide de sens auquel on croie comme une science exacte, le matérialisme, l'individualisme, le consumérisme, le négationisme, le productivisme, l'écologisme, le monde de l'IA, la techno-science, l'hédonisme, le néo-libéralisme, la droite, la gauche politiques, la rectitude politique et le bien-pensantisme, alouette!
      Et mettre de côté son jugement n'est certes pas l'exclusivité des jeunes à qui l'on a légué une absence de repères de vie sans précédent dans l'histoire de l'occident.
      Elle est la preuve "ad nominem" de la vacuité de cette perception, qui, à tort, porte un regard dépréciateur sur une génération qui aurait justement pu bénéficier d'un meilleur jugement de la part de ceux qui les ont précédés et leur ont laissé un monde sans balises et superficiel.
      Ne faites pas trop dans le transfert psychique, ça risque de vous désespérer encore plus.
      Quant à l'humanité, vous en faites partie.
      Pour ce qui est du christianisme qu'ils veulent découvrir, et bien ce n'est peut-être pas l'endoctrinement qu'ils recherchent.
      À moins d'être capable de lire dans leur âme, qu'en savez-vous?

    • Pierre R. Gascon - Abonné 19 décembre 2017 09 h 05

      Monsieur Thériault, ma mère vous aurait répondu qu'il faut vivre et laissé vivre.

    • Pierre R. Gascon - Abonné 20 décembre 2017 13 h 14

      Monsieur Thériault,

      Historiquement, l’Église de Rome et ses institutions se sont substituées à l’État démantelé de la Nouvelle France pour assumer les deux missions essentielles de notre État naissant : peupler et mettre en valeur le territoire.

      De 1760 à 1960 ce sont ces institutions qui serviront d’armature aux assises de notre État qui va nous permettre de conserver notre cohésion nationale ; garantie de notre existence comme nation française en Amérique.

      Ensuite arrive la déconfessionnalisation et la déchristianisation : l'ère de l'ultra modernité; cette ère d'incertitudes après celle de la modernité des certitudes de la Charte universelle des droits et libertés, adoptée par l'ONU à la suite des deux guerres mondiales.

      Monsieur Thériault, constatez-vous que de nos jours, une civilisation de l'humanité se profile; et, ce n'est pas par hasard, à l'encontre de la prophétie menaçante de ceux qui, dans les années soixante-dix, avaient prévu l'affirmation implacable d'un monde purement mondain et sans religion, nous assistons aujourd'hui à un retour du sacré.

  • Michel Lebel - Abonné 18 décembre 2017 12 h 18

    En recherche sans préjugés!


    Je résume un précédent commentaire sans doute perdu quelque part dans la neige: ''L' Esprit souffle où et quand il veut'' Secundo, je dis que les jeunes en général, contrairement aux vieux, n'ont pas de préjugés à l'égard des religions ou de la spiritualité. Je dis bravo.
    Les jeunes se questionnent sur le sens de la vie, ils veulent croire; ils croient généralement à l'amour. C'est une valeur-phare. Le reste suivra, le cas échéant. Les jeunes savent que la seule consommation ne peut répondre à leur quête de sens. Il leur faut plus! Ils cherchent!

    M.L.

    • Michel Thériault - Inscrit 18 décembre 2017 19 h 43

      "...les jeunes n'ont pas de préjugés à l'égard des religions". -Michel Lebel

      Malheureusement monsieur Lebel. Malheureusement.

  • François Beaulé - Abonné 18 décembre 2017 13 h 02

    Signe d'espoir en attendant une réforme du christianisme

    Il y a 500 ans cette année, Martin Luther lançait la Réforme. Aujourd'hui, l'Occident est mûr pour une seconde réforme profonde du christianisme.

    • André Joyal - Abonné 18 décembre 2017 17 h 48

      Passez donc votre message aux musulmans,z’en aurait besoin d’une réforme.

    • Maxime Parisotto - Inscrit 18 décembre 2017 23 h 37

      Une réforme du christianisme???
      C'est une blague? Vous plaisantez, non?

      J'espère...1517, Luther, les 95 thèses...
      Ça a déjà eu lieu...

    • Jean Gadbois - Inscrit 19 décembre 2017 00 h 43

      Bien d'accord M. Joyal.