Plan de développement de la zone agricole: un outil pour l’agriculture

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
Selon le MAPAQ, le secteur de l’agriculture représente 15 % du produit intérieur brut.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon le MAPAQ, le secteur de l’agriculture représente 15 % du produit intérieur brut.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Depuis la fin de la décennie 2000, les 95 MRC québécoises travaillent, en concertation avec le milieu agricole, à adopter un plan de développement de la zone agricole pour leur territoire. Dans certaines régions, la concertation s’est déroulée rondement alors que dans d’autres, elle a été plus ardue. Aperçu.

L’agriculture est un secteur névralgique de l’économie québécoise. Selon les données de 2016 du MAPAQ, ce secteur emploie 56 500 personnes et représente 15 % du produit intérieur brut (PIB). Face à ce poids lourd de l’économie, le gouvernement a souhaité que toutes les MRC travaillent en concertation avec le milieu pour adopter un plan de développement de la zone agricole (PDZA).

À ce jour, près du deux tiers des MRC ont terminé l’exercice. Dans une dizaine d’autres, le PDZA est en cours d’élaboration et le processus n’est toujours pas amorcé pour dix d’entre elles. L’exercice se fait généralement sur une période d’au moins deux ans, car il demande un travail important. « Chaque MRC doit recenser ses zones agricoles et ses zones forestières, caractériser les sols, voir ce qui est en culture, ce qui est en friche, dénombrer les populations qui oeuvrent en agriculture, etc. », précise Marcel Groleau, président de l’UPA.

M. Groleau croit que l’exercice, bien que laborieux, est essentiel. « Il favorise le rapprochement d’intervenants peu habitués à travailler ensemble et il permet aux élus de prendre conscience de l’importance de l’agriculture sur leur territoire, dit-il. Une fois le PDZA mis en place, on peut parler de projets de développement. »

Or, lors du Sommet sur l’alimentation, tenu à la mi-novembre, les PDZA ont peu retenu l’attention. M. Groleau croit toutefois que le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et l’Alimentation, Laurent Lessard, soutient l’élaboration des PDZA et leur mise en oeuvre.

L’examen de l’état de la situation dans deux régions du Québec permet de constater que le processus de l’élaboration des PDZA a été inégal, parfois même laborieux.

Le Centre-du-Québec en avance

Dans la région Centre-du-Québec, les choses se sont plutôt bien déroulées, selon Daniel Habel, président de la Fédération régionale de l’UPA Centre-du-Québec. Les huit MRC que compte la région ont toutes leur PDZA. « Nous avions une longueur d’avance sur d’autres régions, car une de nos MRC, celle de Bécancour, avait participé au projet-pilote visant à établir les critères pour la production d’un guide d’élaboration de la PDZA », explique M. Habel. Ce projet, lancé en 2008, a impliqué sept autres MRC et s’est terminé en 2011 par la publication du guide par le MAPAQ.

« La MRC de Bécancour a été choisie pour sa bonne relation avec le monde agricole », soutient M. Habel qui mentionne qu’il existe déjà dans sa région une table de concertation UPA-MRC dans trois MRC. De plus, quatre des MRC de la région ont un agent de développement agricole, selon lui.

Difficile cheminement en Montérégie

Dans l’importante région agricole de la Montérégie, les choses ne sont pas déroulées comme l’aurait souhaité Christian Saint-Jacques, président de la Fédération de l’UPA de la région. Ici, 13 des 15 MRC ont terminé leur PDZA, une travaille à adopter son plan et une dernière ne l’a pas commencé.

« Pour les MRC qui ont été chercher le financement du MAPAQ pour réaliser leur PDZA, il y a eu un suivi de la part du ministère, assure M. Saint-Jacques. Les autres, sans ce financement, ont fait un peu n’importe quoi. »

M. Saint-Jacques déplore cette situation, car un cahier des charges (le guide du MAPAQ publié en 2011) existait. « Or, toutes les MRC ne l’ont pas suivi, dit-il. Dans une MRC, le conseil des maires a même ajouté un parc industriel au plan après la négociation avec le milieu agricole. Un ajout sans lien avec l’agriculture. »

« Certaines MRC ont réalisé leur PDZA par obligation et, par la suite, elles n’ont rien fait pour le mettre en oeuvre, poursuit M. Saint-Jacques. Une MRC a même tabletté le document. »

Le portrait n’est cependant pas tout noir. « Six de nos quinze MRC ont embauché un agent de développement pour la zone agricole et, dans trois autres, une personne qui se dévouera, entre autres, à ce dossier », dit M. Saint-Jacques.