Quel est ce mur que frappent les immigrants?

Des immigrants ont été invités l’an dernier à visiter des entreprises agricoles à Sainte-Françoise, un village de 450 habitants situé dans le Centre-du-Québec, dans le but de les convaincre de venir travailler en région.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Des immigrants ont été invités l’an dernier à visiter des entreprises agricoles à Sainte-Françoise, un village de 450 habitants situé dans le Centre-du-Québec, dans le but de les convaincre de venir travailler en région.

Alors qu’aux quatre coins du Québec, des employeurs déplorent le manque de main-d’oeuvre disponible, des milliers d’immigrants se tournent les pouces en attendant qu’on les rappelle. Le Forum du ministre David Heurtel saura-t-il nommer le mur qui les sépare ?

Débarquées du Cameroun avec leurs diplômes, Cécile et Germine n’arrivent pas à trouver d’emploi depuis leur arrivée au Québec et doivent recourir à l’aide alimentaire de leur quartier pour joindre les deux bouts.

Dans la file du Comptoir alimentaire de Notre-Dame-de-Foy, au moins le tiers des gens qui attendent sont des immigrants, récents pour la plupart.

Cécile est arrivée avec son mari il y a un peu plus d’un an. « Mon conjoint et moi, on a décidé d’aller découvrir d’autres pays et, comme il y avait un programme lancé d’immigration canadienne, on s’est dit : “Pourquoi pas ?” »

Elle travaille en droit des affaires ; lui est informaticien. Ont-ils trouvé un emploi ?

« Non », rétorque la juriste. « Il a fait de grosses études là-bas. Ici bon, tu recommences presque tout à zéro. Moi, avec ma licence en droit, dans mon pays, je suis au top, mais ici, je suis… » Ils ont donc repris des études. « Ça ne nous dérange pas. Puisqu’on est là, on n’a pas le choix. C’est surtout l’équivalence qui dérange. »

À l’autre extrémité de la file, Fatima et Shamaa ont vécu sensiblement la même chose. « On est venues ici comme immigrantes qualifiées », raconte Fatima, qui a quitté la Mauritanie avec sa famille, il y a trois ans. « Je suis professeure d’anglais au niveau secondaire, mon mari a un doctorat en génie chimique. »

Faute d’emploi, elle a repris des études pour devenir éducatrice en garderie. Son mari, lui, est rentré en Mauritanie.

« Il n’a pas réussi à trouver un travail dans son domaine. Et les ménages, il n’aime pas ça. Alors, il a gardé son travail dans notre pays comme directeur dans une société. » Depuis, il revient « tous les deux ou trois mois », dit-elle.

Dans ce secteur de la ville, les travailleurs qualifiés sans emploi sont légion, note Louise Hudon, travailleuse de milieu. « On leur a fait miroiter une société ouverte aux cultures, mais jamais ils n’auraient pensé rencontrer une telle barrière pour la reconnaissance des diplômes », dit-elle.

« Même au niveau des employeurs, ils disent que ce n’est pas toujours évident non plus. Il y a du racisme. Il ne faut pas se mettre la tête dans le sable. Cela n’est pas juste envers les musulmans. »

D’autres soutiennent que c’est moins un problème de racisme que de critères de sélection. « Je reçois énormément d’appels d’entreprises, mais ce qu’ils recherchent, ce ne sont pas des travailleurs qualifiés, mais des travailleurs manuels », avance Lekbir Kherrati, coordonnateur du Service d’intégration au marché du travail par objectifs (SIMO) de Montréal. « Ça prend des gens qui sont prêts à travailler dans des usines, des entrepôts. »

Pendant ce temps, dans les rangs de campagne

Le Forum sur la valorisation de la diversité et la lutte contre la discrimination organisé par le ministre de l’Immigration, David Heurtel, vise justement à aborder ces enjeux. Né des vestiges de la controversée commission sur la discrimination systémique, l’exercice doit avoir lieu ce mardi au Terminal des croisières à Québec.

Quatre thèmes sont au programme : l’emploi, la formation, la francisation et la lutte contre la discrimination. La journée vise à « trouver des solutions concrètes basées sur les meilleures pratiques », avait annoncé le ministre lors de l’annonce.

Pour le gouvernement, l’enjeu est d’emblée économique en raison des pénuries de travailleurs qualifiés un peu partout au Québec. Entre janvier et septembre, le taux de chômage s’élevait à 6,2 % alors qu’il s’élevait à 8,8 % chez les immigrants. Si cet écart est en baisse depuis deux ans, il reste néanmoins supérieur à ce qu’on observe en Ontario.

Dans le petit village de Sainte-Françoise, dans le Centre-du-Québec (450 habitants), on pense avoir trouvé une façon d’intégrer des réfugiés au marché du travail. Depuis l’an dernier, deux enseignantes de francisation ont réussi à placer sept immigrants — tous népalais — dans des entreprises agricoles de la MRC de Bécancour. Avec leurs familles, cela totalise 17 personnes, et une famille syrienne de plus est attendue d’ici Noël.

« Pour les peu scolarisés, ça pourrait être une avenue pour le Québec », explique Céline Auger. « Il y a de la place dans les villages. Il y a des immigrants avec des profils ruraux », ajoute sa collègue Suzanne Laroche.

Or, pour que les gens choisissent de rester, il faut investir dans l’intégration des gens, les faire sortir de chez eux, dit Mme Auger. « On a pris le temps pour chaque famille. […] On s’est assurés que ces gens-là s’intégraient. »

Les employeurs sont en outre partie prenante dans le projet et acceptent de libérer des heures pour la francisation. De concert avec la caisse populaire locale, certains ont même financé une partie du projet. Leur motivation : recruter et former des employés qui vont s’établir dans le coin pour de bon et revitaliser le village.

Céline Auger ajoute que « ça prend des cours de francisation adaptés » avec des horaires atypiques et adaptés. « On peut donner des heures de francisation à la ferme. Avec Jamal [le nouveau travailleur originaire de Syrie], je pointe des choses, je lui dis les mots et il les enregistre sur son téléphone cellulaire. Il progresse à un rythme surprenant. »

Or, faire financer le projet par le gouvernement n’a pas été simple, avancent les deux femmes, parce qu’il ne s’insère pas dans les « cases » des programmes de subventions existants. « Ça prend de la flexibilité pour rendre les choses possibles sur le terrain. »

14 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 5 décembre 2017 01 h 20

    ho.la, moins dans le paraitre et plus dans l'action

    c'est simple depuis que nous avons un jeune premier ministre le Canada tourne en rond, si ca continue nous aurons un autre gouvernement conservateur

    • Jean-François Meiffren - Abonné 5 décembre 2017 08 h 34

      Vous savez, vous n'avez pas besoin de commenter tous les articles si vous n'avez rien a dire de pertinent sur le sujet. Merci.

  • Denis Paquette - Abonné 5 décembre 2017 01 h 32

    voila mon opinion

    s'il faut déplacer des ministres déplacons-les

    • Marc Therrien - Abonné 5 décembre 2017 20 h 43

      Fallait que ce soit dit. Et il n'y avait que vous pour le dire. L'ensemble des commentaires sur cet article aurait été bien incomplet sans votre opinion bien tranchante.

      Marc Therrien

  • Serge Pelletier - Abonné 5 décembre 2017 04 h 16

    Encore des apitoiements...

    Il serait grand temps que ces personnes se rendent compte que le QC n'est pas un pays sous-développé, tout comme les fonctionnaires cessent de mettrent des points pour le niveau de scolarité sans expliquer sérieusement et clairement (deux fois plutôt qu'une) que ce pointage n'est qu'une formalité bureaucratique de justifications des "choix" pour satisfaire le fédéral.
    Quand aux apitoiements "j'étais avocat", j'étais ingénieur", j'étais médecin", j'étais...". Il serait grand temps, là aussi, de faire comprendre qu'il y en a une "barge et une autre" au Québec. À titre d'exemple, il y a plus de 25,000 avocats d'inscrits à l'ordre, et autant ayant complété un baccalauréat en droit ou en sciences juridiques qui n'y sont pas incrits... Pour paraphraser Robert Bourassa, lors d'une mise en candidature dans une circonscription dune personne n'étant pas avocat:" c'est bien parfait de cette façon, des avocats on a en trop, on n'arrête pas de s'enfarger tellement il y en a".

    Cet extrême surplus de "parcheminés universitaires " s'applique à tous les domaines... et la forte majorité de ces "parcheminés" occupe des emplois très en-deça de leurs qualifications académiques... et cela ne va qu'empirer. Combien d'étudiants dans les universités québécoises: des centaines de milliers, et ce depuis au minimum trois décades.

    Et l'immigration, environ 50% des 50,000 immigrants annuels, pour le QC, possède un parchemin universitaire... Ceux-ci s'additionnent à ceux d'ici...

    En fait, le GV-Q, outre le pointage pour satisfaire Ottawa, veut bien paraître en matière de scolarité au niveau international: multiplication des parchemins de niveau secondaire, mutiplication au niveau collégial et universitaire... Mais avec un corollaire de baisse des connnaissances... Ces dernières n'étant pas comptabilisées dans les rangs mondiaux, rien n'entrave la descente... Pendant ce temps, pour retenir les futurs chômeurs sur les bancs des universités, certaines corporations professionnelles montent

    • Sylvain Auclair - Abonné 6 décembre 2017 07 h 06

      Trois décades, ça ne fait qu'un mois, vous savez.

  • Yves Côté - Abonné 5 décembre 2017 04 h 32

    Le mur en question est...

    Le mur en question est celui du contrôle canadien qui a pour objectif que l'attachement des nouveaux arrivés aille au Canada plutôt qu'au Québécois.
    Tant que la certitude de ce pays ne sera pas absolue sur le sens unique et irrévocable de la filiation économique et d'emploi de ceux-ci à son unique endroit, les personnes en question seront laissées dans une situation qui fera d'eux l'arme privilégiée du débordement démo-linguistique de notre peuple historique (mais aussi des autres peuples bré-britanniques) par celui qui s'identifie à la seule nation canadienne qui vaille pour le Canada, celle de langue et de lois anglo-monarchiques.
    Arrêtons de rêver, le Canada ne respecte que ces intérêts-là qui ne favorisent toujours que les fortunes et le pouvoir du même clan financier. Celui-là qui participe avec la monarchie anglaise à tenir les peuples "différents" entre leurs mains de maîtres.
    Ce qui justifie toutes les absences d'inquiétude pour les humains, outre ceux qu'ils contrôlent par leur domination directe ou indirecte.
    Merci de votre lecture.

    Vive le Québec et les humains libres !

  • Marc Davignon - Abonné 5 décembre 2017 10 h 05

    Peut-être est-ce ...

    La compétition?

    Il y a beaucoup de gens qui ont fait de «grosses études» ici aussi! Doit-on y ajouter d'autres anecdotes «indigènes»?

    Il y a des gens «d'ici» qui ne font pas le travail de rêve qu'il croyait avoir après avoir «travaillé très fort» pour un diplôme d'études supérieures (et avec ça, une dette).

    Il y a la réalité de la compétition! «Moi, avec ma licence en droit, dans mon pays, je suis au top [...]». Que dire?

    «[...] mon mari a un doctorat en génie chimique [...] il a gardé son travail dans notre pays comme directeur dans une société». (!!!!)

    Nous ne pouvons que rester dubitatifs! La seule question qui vient dans notre esprit est : quoi?

    Alors ce mur. C'est celui que les employeurs érigent en se plaignent que la formation des étudiants n'est pas en lien avec leurs besoins. Ces employeurs qui ne veulent pas faire le moindre effort pour former leurs employés. Il faut que la personne soit «up and running».

    Vous trouvez cela difficile de vous faire financé votre projet, essayez donc de vous présenté en entrevus avec votre BAC faite ici (avec la dette pour le prouver) pour un travail qui demande des «connaissances» du logiciel XYZ version X avec l'approche «Agile» de dernière vague. Bonne chance de remplis ces cases là!

    De quel mur voulez-vous discuter?