La grande séduction au pays de l’or

En plein boom minier, l’Abitibi cherche de l’or, mais également une denrée devenue presque aussi précieuse : des travailleurs. Et devant une pénurie de main-d’oeuvre sans précédent, elle a commencé une vaste opération charme auprès des immigrants. Récit.

Devant le Tim Hortons, dans le journal local, dans la vitrine des magasins de la rue principale, impossible de rater le message. À Val-d’Or, les écriteaux « Nous embauchons ! » sont partout. Celui du McDonald’s affiche un alléchant 13 $ l’heure comme salaire de départ. Un dépanneur offre même 17 $ l’heure pour un commis de nuit. Ici, les travailleurs sont presque aussi recherchés que l’or.

Sur l’artère commerçante de la ville, la 3e Avenue, Choco-Mango recherche un chocolatier. Même deux. Et pourquoi pas trois ? Olga Coronado Mijangos, propriétaire de cette chocolaterie artisanale, célèbre pour ses accords chocolat-vin, a un urgent besoin de renfort à temps plein. « C’est la première fois que j’ai autant de difficulté à en trouver. C’est un vrai casse-tête ! » lance la femme d’affaires, qui a fondé son commerce il y a plus de 15 ans.

En pleine période des Fêtes, la Guatémaltèque d’origine a dû rappeler deux employées à la retraite. Elle met elle-même la main à la pâte depuis que l’une de ses pâtissières est partie. Même qu’elle songe à louer un chocolatier en cette période festive. « Je n’ai pas le choix. Je n’ai trouvé personne et les commandes continuent de rentrer. »

À Val-d’Or, et à vrai dire dans toute l’Abitibi, en plein boom minier, la crise de la main-d’oeuvre est sans précédent. Pas moins de 98 % des entreprises disent être en recrutement actif, rapporte un récent sondage mené par la Chambre de commerce locale auprès d’entrepreneurs de tous les secteurs — industriel, commerce de détail, restos. « Et 86 % de nos répondants ont dit que la main-d’oeuvre est leur plus grand frein. Certains refusent même des contrats par manque de monde », s’est inquiétée Hélène Paradis, présidente de la Chambre de commerce de cette ville d’environ 30 000 habitants.

98%
C’est le nombre d’entreprises en recrutement actif, selon un récent sondage mené par la Chambre de commerce de Val-d’Or

« Toute personne disponible volontaire qui remplit un certain nombre de critères et qui est prête à recevoir une formation est la bienvenue », affirme le maire de Val-d’Or, Pierre Corbeil. « Et on a les bras ouverts pour n’importe qui venant de n’importe quelle contrée proche ou lointaine. »

Les bouchées doubles

Alors que le ministre de l’Immigration, David Heurtel, s’apprête à tenir mardi un forum sur l’intégration des immigrants en emploi, Val-d’Or ne cache même pas son jeu. Elle veut de plus en plus séduire les immigrants de partout au Québec. « Qu’on cherche à en recruter autant, c’est une première », constate Mme Paradis. « Les gens d’ici mettent les bouchées doubles. »

Vendredi prochain, Val-d’Or déroulera même le tapis rouge à une cinquantaine de travailleurs qualifiés immigrants. De barmaid à géophysicien, en passant par dynamiteur, des centaines d’emplois sont à pourvoir. « On va noliser un avion et leur faire une opération charme, dit Mme Paradis. On va leur faire rencontrer des employeurs, mais aussi leur faire visiter la ville, leur montrer ce qu’il y a de beau à Val-d’Or. »

Organisée par la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) en partenariat avec Emploi-Québec, cette grande séduction, appelée « Emploi en sol québécois », a ciblé cinq grandes régions du Québec en mal de travailleurs. Lors d’un salon de l’emploi qui s’est tenu début novembre, les 2700 postes disponibles ont été présentés à des immigrants parlant le français et détenant un permis de travail et des diplômes reconnus. Ces derniers pouvaient s’inscrire à ces tournées en région qui se déroulent ces jours-ci. Il y aura une phase 2 au mois d’avril.

« J’ai été surpris par le nombre de personnes inscrites en Abitibi. C’est une région quand même très populaire », assure Benoît Malric, directeur des initiatives stratégiques à la FCCQ. « La qualité de vie est importante pour les immigrants. Ils recherchent aussi beaucoup l’accès à l’enseignement supérieur pour leurs enfants. Et ils savent que les salaires sont plus élevés en région. Quand on pense qu’un foreur gagne 80 000 $ par année, c’est attractif. »

De plus en plus d’étrangers

N’empêche, ce n’est pas d’hier que l’Abitibi fait les beaux yeux aux travailleurs étrangers. Les minières et les forestières embauchent de plus en plus de personnes venues d’ailleurs. Même que les restaurants de la chaîne McDonald’s de la région, dont certains n’ouvrent plus le dimanche faute d’employés, ont recruté directement au Maroc.

D’origine sénégalaise, Ousseynou Mbaye était prêt à tout pour trouver un emploi dans son domaine. « Si on quitte notre continent pour venir jusqu’ici, qu’on reste à Montréal ou en Abitibi, c’est la même chose, quoi. L’essentiel, c’est de trouver quelque chose qui te plaît, quitte à t’éloigner si tu ne trouves rien », dit le travailleur dans une banque.

À la chocolaterie Choco-Mango, la fée des cupcakes est une Colombienne et celle qui lui donne un coup de main, une jeune stagiaire elle aussi originaire d’Amérique du Sud. Un chocolatier mexicain, qui avait déjà travaillé au Québec, a répondu à l’avis de recherche de la chocolaterie. « J’espère que ça va fonctionner. On en a besoin. Pour moi, ça fait longtemps que la seule solution à la pénurie de main-d’oeuvre, c’est l’immigration », dit-elle.

Pour attirer les immigrants étrangers au coeur de la forêt boréale à 525 kilomètres de Montréal, encore faudra-t-il apprendre à bien leur chanter la pomme. Val-d’Or devra dégainer son arme de séduction massive. Le maire Corbeil a son idée. « Aimeriez-vous ça, bénéficier de 12 heures de disponibilité par semaine ? Sortez de la grande ville. On n’en a pas, de trafic, dit-il avec le plus grand sérieux. Vous pourrez passer plus de temps avec vos enfants, à jouir de la vie. Ici, on vit à un autre rythme. »

1 commentaire

Consultez la suite du dossier

  • Serge Lamarche - Abonné 2 décembre 2017 16 h 25

    Beau à voir

    Les mines fermaient pendant mon enfance. C'est beau de voir un revirement. Tant que ça ne pollue pas trop.