Recensement: le salaire des immigrants à la hausse

Le Québec figure parmi les quatre provinces qui ont le meilleur taux de rétention des immigrants.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le Québec figure parmi les quatre provinces qui ont le meilleur taux de rétention des immigrants.

24 000$. C’est le salaire médian que gagnait un immigrant un an après avoir été admis en 2014, soit le plus élevé jamais enregistré depuis 1981. Même s’il s’améliore globalement, d’immenses disparités persistent en fonction du sexe, du pays d’origine et de la catégorie d’immigration.

Les réfugiés, plus particulièrement, sont au plus bas sur l’échelle des salaires, bien en deçà du salaire médian à l’entrée de 24 000$, et il existe une énorme disparité entre ceux parrainés par l’État (8700 $) et ceux parrainés au privé (19 800 $).

Le salaire grimpe à 26 000 $ lorsqu’on est un travailleur qualifié et atteint le sommet de 53 000 $ dans le cas d’une personne qui a eu une expérience de travail canadienne avant son admission.

« Quand on n’a pas d’expérience de travail canadienne, on ne part pas du tout du même endroit », a souligné Scott McLeish, l’un des chefs analystes de Statistique Canada, démontrant l’importance d’avoir une expérience de travail dans le pays d’accueil.

« Et les travailleurs qualifiés, parce qu’ils parlent déjà le français ou l’anglais, ont déjà des outils pour arriver sur le marché du travail. »

Disparités

Sans surprise, les immigrants d’Europe et des États-Unis gagnent beaucoup plus que ceux de l’Afrique, du Moyen-Orient et de l’Asie, des régions desquelles proviennent beaucoup de réfugiés. Par exemple, un immigrant européen avait un salaire médian de 50 000 $ en 2015, contre 30 000 $ pour un homme venu d’Asie.

Les travailleurs qualifiés, parce qu'ils parlent le français ou l'anglais, ont dejà des outils pour arriver sur le marché du travail

 

Sans surprise non plus, les femmes immigrantes gagnent moins que les hommes. Et entre elles, les salaires varient beaucoup. Une femme venue d’Europe gagne 34 000 $, soit 10 000 $ de plus qu’une immigrante venue de l’Asie de l’Est.

Les facteurs expliquant ces disparités seraient notamment l’éducation, la capacité de parler l’une des deux langues officielles et la reconnaissance des diplômes acquis à l’étranger, indique le bulletin de Statistique Canada sur le revenu et la mobilité des immigrants, produit grâce à des données longitudinales, qui croisent des données sur l’immigration à celles de Revenu Canada.

Bons taux de rétention

Le Québec figure parmi les quatre provinces qui ont le meilleur taux de rétention des immigrants, tandis que les provinces de l’Atlantique font figure de cancres.

Pour calculer ce taux, on regarde si un immigrant arrivé dans une province déclare toujours y vivre cinq ans plus tard. « Globalement, on voit au Québec que la tendance est à l’amélioration des taux de rétention », note Victor Piché, professeur honoraire en démographie à l’Université de Montréal, spécialiste des migrants.

En ce qui concerne la réunification familiale, le taux de rétention pour l’intervalle 2010-2015 est stable à 92 % au Québec, et se classe tout juste après l’Ontario. Le Québec retient ses travailleurs qualifiés à 82 %, un taux stable qui le place en 4e position derrière les provinces de l’Ouest.

« On sait que l’économie ontarienne est un peu plus dynamique et forte que l’économie québécoise, c’est sûr que le marché du travail joue », explique-t-il. La langue est un autre facteur. « Ils ne parlent pas tous français et ne l’apprennent pas tous. Quelqu’un arrivé à Montréal peut aller à Toronto s’il a de la famille là-bas. »

Le Québec a moins de succès à intégrer les réfugiés. En légère baisse ces dernières années, le taux de rétention est de 78 %. C’est toutefois mieux que 76 %, il y a dix ans.

« Il faut faire attention, car [le taux de rétention] dépend beaucoup de la composition du groupe. Ces dernières années, il est fort probable qu’on ait accueilli des réfugiés libanais, et comme ils sont francophones, ils ont eu plus tendance à rester. »