Jonathan la tortue, 185 ans et apôtre de la lenteur

Jonathan «a un mode vie extrêmement détendu, avec très peu de stress».
Photo: Gianluigi Guercia Agence France-Presse Jonathan «a un mode vie extrêmement détendu, avec très peu de stress».

Il a raté de peu Napoléon lors de son exil à Sainte-Hélène, entre 1815 et 1821, il a posé il y a plus d’un siècle avec des prisonniers Boers et défie les lois de la nature : à 185 ans au moins, Jonathan la tortue est sans doute le plus vieil animal terrestre vivant et l’une des attractions de cette île de l’Atlantique.

« Mon coeur, comment vas-tu ? », lui demande Catherine Man, sa vétérinaire, lors de sa visite hebdomadaire.

Sur les pelouses de Plantation, la demeure géorgienne du gouverneur de l’île de Sainte-Hélène où il réside, Jonathan lui tend son cou, long et fripé. La jeune femme s’empresse de le caresser.

« C’est mon VIP, mon patient le plus important », raconte Catherine Man, seule vétérinaire de ce minuscule territoire britannique isolé, situé à mi-chemin entre l’Afrique et l’Amérique du Sud.

Jonathan, la tortue géante, est une « institution » et probablement l’habitant le plus connu de cette île de 4500 âmes.

Il figure sur les pièces de 5 cents et les tampons d’immigration de Sainte-Hélène.

Son statut d’attraction touristique lui vaut un traitement de faveur : ce sont les cuisines du gouverneur de l’île qui lui concoctent ses repas. Carottes, laitue, concombres, pommes et poires.

« Il a probablement des fruits et légumes de meilleure qualité que les habitants de l’île », où l’essentiel de la nourriture est importée par bateau, plaisante Catherine Man.

Les circonstances de l’arrivée à Sainte-Hélène de cette tortue géante originaire des Seychelles restent un mystère. Mais une chose est sûre, Jonathan a depuis longtemps dépassé sa « date d’expiration », qui est d’environ 150 ans, selon Catherine Man.

Un mode de vie « no stress »

Le secret de sa longévité ? « Les reptiles ont un métabolisme lent, ils respirent lentement, prennent leur temps pour manger, guérir… et vieillir », explique la vétérinaire franco-anglaise.

En plus, Jonathan « a un mode vie extrêmement détendu, avec très peu de stress. Il passe son temps sur les pelouses » de Plantation face à l’océan Atlantique « et peut-être que son caractère tranquille n’est pas pour rien dans sa longévité ».

Le centenaire est aveugle, a perdu de son odorat, mais son ouïe reste intacte et il aime toujours les « ladies », assure, espiègle, la gouverneure de Sainte-Hélène, Lisa Phillips.

« Je l’entends régulièrement sur la pelouse batifoler avec Emma (une femelle tortue). Mais je dois les surveiller quand ils passent à l’action parce que les tortues peuvent se retourner sur le dos et ne plus se relever. Ce n’était pas dans le descriptif de mon poste ! »

Il y a des années, Jonathan aimait se faufiler, à l’heure du thé, sous les tables installées dans les somptueux jardins de Plantation. « On voyait alors une table avancer avec des boissons dessus », raconte la gouverneure à l’AFP.

Quand Jonathan tirera sa révérence, le plan « Operation go slow » (Opération on y va lentement) sera activé. Sa carapace sera conservée et exposée. Sa nécrologie est déjà prête.