Les élèves actuels de Gilbert Sicotte plaident en sa faveur

Le professeur Gilbert Sicotte
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Le professeur Gilbert Sicotte

Les élèves du Conservatoire d’art dramatique de Montréal (CADM) se sont portés à la défense de leur professeur Gilbert Sicotte vendredi, le qualifiant « d’enseignant très exigeant », doté d’une « franchise parfois brusque », mais qui pousse les apprentis comédiens à se dépasser.

Cette semaine, une vingtaine d’anciens élèves de Gilbert Sicotte ont déclaré, dans un reportage de Radio-Canada, avoir été victimes ou témoins de harcèlement psychologique, d’abus de pouvoir et de violence verbale de la part de l’acteur entre 1991 et 2017.

Sans vouloir minimiser ou discréditer les allégations visant Gilbert Sicotte, les 32 étudiants du CADM qui suivent actuellement son enseignement ont dénoncé « la rapidité que certains auront eue à le mettre sur le bûcher du tribunal populaire ». « Gilbert Sicotte est un enseignant très exigeant, et ce, autant envers lui-même qu’envers ses étudiant(e)s. Tous le savent, son cours est difficile puisqu’il consiste à faire face à ses émotions », écrivent-ils dans une lettre obtenue par Le Devoir.

Jugeant ces allégations « très graves », la direction du CADM a suspendu temporairement M. Sicotte de ses fonctions, mercredi soir, le temps que lumière soit faite sur cette affaire.

Cette suspension n’a pas manqué d’« ébranler » ses étudiants, qui se disent « plus que perdants dans cette situation ». Ils espèrent « de tout coeur » qu’il bénéficiera du « doute raisonnable ».

Dans la foulée des allégations, Gilbert Sicotte, qui enseigne depuis plus de 25 ans au Conservatoire, s’est dit « troublé » et « complètement déstabilisé », en entrevue avec Radio-Canada.

« J’ai sans doute crié après quelqu’un qui n’écoute pas, qui n’apprend pas son texte, ça, c’est possible. L’enseignement du jeu est un enseignement sportif, c’est un sport d’émotions », a-t-il confié. « Je ne me suis jamais acharné sur personne », a-t-il ajouté.

L’acteur québécois est connu dans le milieu télévisuel pour ses rôles dans Les dames de coeur, Fortier et plus récemment Trauma.

Il s’est aussi illustré au cinéma dans Le vendeur et Paul à Québec — deux interprétations qui lui ont valu des prix au Gala du cinéma québécois.

Plaintes des téléspectateurs

Après sa diffusion, le reportage de Radio-Canada a fait l’objet de plusieurs plaintes de la part des téléspectateurs.

Le directeur général de l’information, Michel Cormier, a défendu la position du diffuseur public jeudi, affirmant que les informations révélées étaient d’intérêt public.

« L’intérêt public est d’autant plus pertinent que le Conservatoire est une institution publique subventionnée par le gouvernement, ce qui exige un niveau d’imputabilité important quant au climat dans lequel l’enseignement s’y déroule. »

Avec La Presse canadienne

10 commentaires
  • Maurice Cabana-Proulx - Abonné 18 novembre 2017 07 h 52

    La vie d'artiste

    Puisqu’il y a tellement de membres de l’UDA qui vivent sous le seuil de pauvreté et que même les vedettes doivent solliciter des rôles en passant des auditions, il se peut que la soi-dite humiliation puisse être un outil pédagogique pertinent. Aussi, le "jeu" est un travail épuisant qui exige qu'on aille au bout de soi-même; M. Sicotte en sait quelque chose. On peut mettre des gants blancs pour passer un dure message mais ça risque d'être inefficace.

    • Patrick Daganaud - Abonné 18 novembre 2017 13 h 48

      La soi-dite humiliation n'est jamais un outil pédagogique pertinent.

    • Jacques Tremblay - Inscrit 19 novembre 2017 09 h 59

      Nous avons tous rencontré un jour des profs un peu grognons mais la plupart du temps on se rendait compte que ces individus étaient aussi exigeant envers eux-mêmes qu’envers nous. Et cela expliquait en grand partie leurs compétences.
      Jacques Tremblay
      Sainte-Luce, Qc

  • Jacques Morissette - Inscrit 18 novembre 2017 09 h 13

    Devrait-il y avoir clonage dans la façon de livrer la marchandise?

    Bien d'accord avec les élèves actuels, il n'y a pas qu'une méthode et la cloner pour faire de la pédagogie. Alors que certains peuvent mieux apprendre et comprendre par la douceur, il y en a d'autres qui n'arrivent pas à bien assimiler la matière et les expériences, autrement qu'en se faisant un peu bousculer par l'éducateur et se sentir plus en symbiose avec les objectifs.

    • Patrick Daganaud - Abonné 18 novembre 2017 13 h 50

      IL ya TOUJOURS moyen d'aider à assimiler la matière et les expériences, autrement qu'en bousculant pour obtenir par la violence une symbiose avec les objectifs...

    • Jacques Morissette - Inscrit 18 novembre 2017 15 h 10

      Patrick, quand on le peut, je dis exactement comme vous. En contrepartie, il ne faut pas infantiliser les relations entre les gens. Quant à la question de la violence, ai-je besoin d'ajouter que je suis tout à fait d'accord avec vous. La violence est le non-dit de gens incapable de s'exprimer autrement. D'autre part, les contes de Walt Disney parlent parfois de trouver des solutions bien à soi, dans des situations impromptues d'adversité. Les êtres humains n'avancent pas sur des rails.

    • Jacques Morissette - Inscrit 18 novembre 2017 16 h 04

      Il y a aussi une question de génération. M. Sicotte a peut-être appris que c'est ainsi que l'éducation se fait. De ce point de vue, c'est peut-être cet événement qui lui fera prendre conscience qu'il y a d'autres façons de voir.

  • Marc Therrien - Abonné 18 novembre 2017 09 h 17

    Attention à la dérive totalitaire


    Il est heureux et rassurant que des personnes aient le courage de se lever pour faire contrepoids à cette vindicte populaire. On sait depuis longtemps que le trop plein d’émotions embrouille le jugement qui s’effectue par la faculté de raisonner. C’est alors la capacité de conceptualiser le problème en utilisant le bon mot pour chaque chose qui est affectée.

    Cette dérive de délation nous rapproche d’un régime totalitaire où la recherche d’une pureté morale installe un genre de terrorisme émotif qui devient inquiétant. La liberté d’être et de s’exprimer tel que l'on est rencontre la revendication du droit à ne pas être offensé. Des personnes dont l’estime de soi a été construite artificiellement par le renforcement positif à tout prix, des champions de rien, ne tolèrent pas la blessure narcissique. Le paradoxe souffrant que nous vivons actuellement est que ces personnes qui valorisent « l’interdit de juger » sont incapables de juger intelligemment une situation en fonction de son contexte particulier quand l’envie irrésistible de juger leur prend.

    Aussi, il y a quelque chose de totalitaire dans cette volonté d’aplatir les affects chez les « contrôlés » dont on pourraient observer un jour les effets suivants si on ne réussit pas à la contrecarrer : le retrait affectif, le défaut d’empathie, le visage fixe, le discours monotone, etc, Il faut arrêter cette dérive avant qu’elle nous conduise à créer des personnes qui ressembleraient à celles souffrant d’une schizophrénie aux symptômes négatifs marqués qui, selon leur sévérité, se manifestent par un affect émoussé indiquant une réduction significative de l'intensité de l'expression affective ou un affect abrasé quand cette expression affective devient absente.

    Marc Therrien

    • Solange Bolduc - Inscrite 19 novembre 2017 21 h 28

      M. Therrien, j'ai peine à croire que vous n'ayiez été un bon curé du bon vieux temps ! Non, mais, franchement, vos théories de psychologue «ramancheu» des causes désespérées, me vont en effet droit au coeur!

      De la théorie de psychologue à la petite semaine, j'en reviens !

      Je dois, selon votre diagnostique, souffrir «de schizophrénie aux symptômes négatifs marqués qui, selon leur sévérité, se manifestent émoussé..» discours beaucoup trop lourd pour mon petit cerveau ! Qui vous permet de faire tant de généralités: Pour un psychologue, on repassera !

      Vous avez certainement rassuré un grand nombre de défenseurs de l'autoritarisme de nos anciens religieux, d'hier! Bravo pour votre rhétorique apprise, certainement par coeur ! Non mais...encore !

  • Sébastien Giroux - Abonné 19 novembre 2017 03 h 17

    Robespierre

    Qui règne par la guillotine périt par la guillotine. Ainsi va le tribunal populaire. Malheureusement, Mr Sicotte aura été jugé avant nos nouveaux Robespierre.

    Pauvres petites victimes, elles furent bousculées. Il y a crime contre l'humanité!