Itinérance: Valérie Plante fait naître l’espoir

France Labelle compte sur la nouvelle administration municipale pour faire progresser le logement social et lutter contre le profilage social.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir France Labelle compte sur la nouvelle administration municipale pour faire progresser le logement social et lutter contre le profilage social.

Avec une nouvelle administration aux commandes de la ville, « l’espoir est permis », estime France Labelle, directrice générale du Refuge des jeunes de Montréal. Nommée membre de l’Ordre du Canada — plus haute distinction au pays — ce vendredi, elle revient sur 30 ans de politique en itinérance.

Difficile d’apprécier avec justesse le visage mouvant de l’itinérance, croit celle qui préside aussi le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM). Visible et localisée à l’époque des punks au centre-ville, elle se fait aujourd’hui plus diffuse et dissimulée dans Centre-Sud, Hochelaga-Maisonneuve, Pierrefonds, le Sud-Ouest ou Montréal-Nord.

« Si statistiquement les jeunes hébergés ne sont pas forcément plus nombreux, ceux en situation de précarité le sont. Leur mode de survie les conduit à être plus mouvants. Ils sont plus sans domicile fixe que sans abri », estime France Labelle.

Et ceux qui demandent refuge changent aussi, à l’instar de la population montréalaise : davantage de jeunes issus de l’immigration (20 %, nés ici ou à l’étranger) comptent parmi les quelque 600 hommes de 18 à 25 ans hébergés chaque année par l’organisme.

Les substances consommées sur la rue ont également évolué, la présence accrue de drogues de synthèse provoquant davantage de psychoses toxiques.

Si les données scientifiques manquent, une constante demeure : « l’écrasante majorité des jeunes accueillis est en grande détresse », conclut France Labelle.

Raison pour laquelle nombre d’organismes critiquèrent vertement l’exercice de dénombrement mené par la Ville de Montréal en mars 2015, qui avait conclu à la présence de 3016 personnes en situation d’itinérance dans la métropole.

« C’est sous-évalué, réaffirme Mme Labelle. Un portrait instantané des hébergements une nuit donnée, c’est un indicateur incomplet, pas un portrait global. »

Une conclusion pernicieuse, selon elle, puisqu’elle devrait servir de référence pour déterminer les services à financer. « Ce chiffre, c’est la pointe de l’iceberg, croit-elle. Il ne considère pas les personnes qui ne dorment pas dans les refuges. Ou qui en tout cas n’y dormaient pas ce soir-là. »

Le prochain dénombrement (voir encadré) se fera sous la gouverne de Projet Montréal. France Labelle attend avec bienveillance l’arrivée de Valérie Plante. « On a affaire à une équipe progressiste, avec un projet ambitieux en matière de logement social et de profilage social. L’espoir que ces préoccupations se traduisent en actions est permis. »

Se gardant de tomber dans le déterminisme, elle relève néanmoins que si « la pauvreté ne mène pas toujours à l’itinérance, l’itinérance est toujours affaire de pauvreté. Il n’y a pas de corrélation absolue, mais quand on regarde en amont, il y a une brisure quelque part, une maille du filet social qui a sauté ».

Elle voit l’éducation, l’accès à l’emploi —« avec de vraies mesures incitatives, pas six mois sous la contrainte » —, au logement social et au logement abordable comme autant de priorités. « On ne le dira jamais assez : l’urgence coûte beaucoup plus cher que la prévention. »

À regarder 30 ans en arrière, France Labelle conclut que c’est en matière de lutte contre la pauvreté que le bât blesse le plus. Elle espère également un engagement de la part de l’administration Plante.

Ça ne change pas une vie, mais…

« Pour son dévouement à la défense des droits des plus démunis ainsi qu’à la lutte contre la pauvreté et l’itinérance », indique le site officiel de la gouverneure générale du Canada, France Labelle rejoint donc l’Ordre du Canada.

« En 30 ans, j’ai porté tous les chapeaux : mère Teresa, emmerdeuse, empêcheuse de tourner en rond… Je reçois cette médaille comme la reconnaissance d’avoir dérangé. Je n’ai pas travaillé seule, je n’ai rien inventé, nous sommes nombreux à oeuvrer en vents contraires.

« Je parle avec et pour ceux qui n’ont pas voix au chapitre. Et je n’ai pas fini. Ce qui n’est peut-être pas une bonne nouvelle pour tout le monde ! »

Dénombrement des itinérants en 2018

En septembre dernier, la Ville de Montréal annonçait par voie de communiqué la tenue d’un dénombrement en 2018. Une décision qui « coïncide avec [celle] du gouvernement du Québec de participer au dénombrement ponctuel, coordonné par le gouvernement fédéral dans le cadre de sa Stratégie de partenariat de lutte contre l’itinérance. Plus d’une soixantaine de localités canadiennes ont démontré leur intérêt à procéder à un dénombrement ponctuel en 2018 et, au Québec, le ministère de la Santé et des Services sociaux vise un dénombrement dans plus d’une dizaine de localités. »

Source : Ville de Montréal