Tony Accurso nie avoir participé au système, mais avoue en avoir entendu parler

L’entrepreneur en construction Tony Accurso
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne L’entrepreneur en construction Tony Accurso

L’entrepreneur en construction Tony Accurso affirme avoir toujours confié « 100 % » de la gestion de ses entreprises aux présidents de celles-ci.

L’homme nie avoir participé à un système de collusion et de corruption dans l’octroi de contrats publics à Laval, mais avoue en avoir entendu parler à deux reprises.

Jeudi, l’ancien propriétaire des firmes Louisbourg et Simard-Beaudry a commencé son témoignage à son procès au palais de justice de Laval. Il fait face à cinq accusations, soit de complot afin de commettre des actes de corruption dans les affaires municipales, de complot en vue de commettre des fraudes, de fraude de plus de 5000 $, de corruption de fonctionnaires et d’abus de confiance. Il a plaidé non coupable à tous les chefs.

Entendu parler

Vêtu d’un complet bleu et d’une chemise blanche, l’homme d’affaires s’est présenté devant le jury très à l’aise, décochant même des sourires à plusieurs reprises.

D’entrée de jeu, son avocat l’a questionné sur sa participation à un système de ristournes à Laval. L’accusé de 66 ans a tout de suite juré ne jamais avoir trempé dans des magouilles. Il a cependant avoué avoir entendu parler d’un possible stratagème frauduleux à deux reprises, une première fois en 1997, puis une deuxième « environ » en 2004.

C’est son ami Claude Asselin, à l’époque directeur général de la Ville de Laval, qui l’a questionné à ce sujet lors d’un dîner ou souper, a-t-il affirmé.

« Il m’a demandé “As-tu entendu parler d’un système de ristournes à Laval ?” J’ai dit “non” », a-t-il soutenu.

La question de son grand ami l’aurait toutefois intrigué, si bien qu’il a demandé à ses deux bras droits, Frank Minicucci (Louisbourg) et Joe Molluso (Simard-Beaudry) s’ils avaient entendu parler de ce système. « Ils m’ont dit “non, Tony” », a-t-il raconté.

Quelques années plus tard, à nouveau interrogé sur le système par M. Asselin, M. Accurso a affirmé avoir réitéré ne pas être au courant.

« Je suis retourné voir Frank et Joe pour leur demander, et ils m’ont répété la même chose, qu’on ne donnait pas de ristournes, sur aucun contrat. Je leur ai dit “Ça existe-tu ?”, et ils m’ont dit que d’après eux, non », a-t-il souligné.

L’homme de 66 ans s’est dit conscient des conséquences liées à la participation d’une entreprise dans une telle activité.

« J’avais été surpris par la question de [Claude Asselin]… Si on se faisait pogner dans quelque chose de cette envergure-là, c’était fini », a-t-il dit, ajoutant que cela lui aurait fait perdre des appuis politiques et syndicaux.

Anecdotes

M. Accurso a insisté sur le fait qu’il a toujours délégué la gestion de ses entreprises à ses présidents-directeurs généraux, ne participant jamais à l’embauche d’employés et à la préparation de soumissions pour l’obtention de contrats.

Le témoignage de l’ancien entrepreneur a été ponctué de nombreuses anecdotes. Il a notamment raconté l’arrivée au pays de son père, qui vivait dans la misère en Italie et a réussi à bâtir son entreprise au Québec.

M. Accurso a également décrit son enfance et ses études à la New York Military Academy, le même établissement qu’a fréquenté le président américain, Donald Trump. «

 Ça ne veut pas dire que parce qu’on est allés à la même école on pense pareil », a-t-il blagué en s’adressant au jury. Il poursuivra son témoignage vendredi matin.

M. Accurso a été arrêté en 2013 par l’Unité permanente anticorruption (UPAC) lors d’une opération qui avait mené à l’arrestation de 37 personnes, dont l’ex-maire de Laval, Gilles Vaillancourt.

Dans sa déclaration d’ouverture au jury, le procureur de la Couronne Richard Rougeau a expliqué qu’il entendait démontrer que l’accusé a participé à un système « bien rodé » de corruption et de collusion dans l’octroi de contrats « qui était tellement simple » qu’il est étonnant qu’il n’ait pas été débusqué plus rapidement.